‹ Étude De La Nutrition Chez Le NourrissonChapitre 26 sur 49 · seulement de sels · texte numérisé non relu

seulement de sels

Tous les auteurssont donc d’accordsur ce fait,à savoir : que l'assimilation des nourrissons est beaucoup plus active que chez l'adulte et que cette hyperassimilation porte surtout sur les matières albuminoïdes.

Mais il y a encore une autre particularité dans l’assimilation du nourrisson.

Lorsque,chez l’adulte,on fait l'analyse quantitative de l’azote des fèces et des urines, on trouve un chiffre qui correspond sensiblement à celuide l'azote ingéré. Or, chez le nourrisson, les choses se passent autrement ; si on additionne l'azote des fèces et celui des urines,on n'arrive pas à la quantité d'azote ingéré par le lait. C’est au moins le résultat des travaux de Camerer, de Lance et de BENDix.

Il y aurait donc, chez l'adulte, « équilibre d’azote » (Stickstoffgleischgewicht), alors que chez le nourrisson, on trouverait un « déficit d'azote. (2) »

Que devient l'azote ainsi disparu ?

CAMERER, dans son premier travail sur l'assimilation des nourrissons (3), pense que l'azote « qui manque » se perd en s’éliminant sous forme d’ammoniaque par le poumon et par la peau; il décrit même ce phénomène sousle nom pompeux de « perspiratio insensibilis» .

(:) Micuez, Sur le lait des femmes et l’utilisation, ete. L'Obstétrique. (2) Stüickstoffdéfizit.

(5) Camerer. Stickstoffwechsel des Saüglings.

nou

Bieperr trouve une autre explication; pour lui, une partie des matières albuminoïdes serait décomposée par les bactéries de l'intestin du nourrisson ; de l'azote libre se dégage ou des gaz azotés prennent naissance et l'azote est éliminé sous forme de gaz intestinaux.

Quelques années après son premier travail, CAMERER, reprenant l'étude des échanges nutritifs chez le nourrisson, conclut qu'il y a de l’azote perdu par la « perspiratio insensibilis » et montre qu'une autre partie de l'azote serait employée par l'intestin beaucoup plus actif dans le jeune âge que chez l'adulte. En définitive il s’ensuivrait, d’après ces auteurs, que, loin d’assimiler plus d'azote que l’adulte, le nourrisson assimile moins, puisque tout ne reparaît pas dans les excreta; ce qui manque est perdu pour l’organisme et éliminé par la peau, le poumon et les gaz intestinaux. Benpix (1), dans un travail remarquable, s’attacha à démontrer l'inanité de ces théories.

Les expériences de Vorr et de Perrenxorrer (2) chez l’homme, celles de PrLuGGer et de Léo (3) chez le lapin démontrent d’une façon péremploire que les pertes d’azote sous forme d'ammoniaque par la peau et le poumon n'existent pas. Certes la peau et le poumon éliminent de l’ammoniaque, mais en quantité si infinitésimale qu’on ne peut la faire entrer en ligne de compte.

Quant aux gaz.intestinaux, c’est une hypothèse purement gratuite de BiEDERT, ne s'appuyant sur aucun fait positif.

« C'est qu'il n'y à pas de déficit d'azote, » dit BeNDix,

1) Bexnix, Jahrb. für Kinderheilk., 1896, t. XLIII, p. 23. >) Cités par Lance in Jahrb. für Kinderheïlke., 1895, t. XXXIX. 3) Léo, cité par Hammarsren dans Lehrb, der physiolog. Chemie.

EE Nues

ét si tout l’azoté ne reparaît pas, c’est que «/'azote est resté dans le corps où il a été complètement utilisé pour l'accroissement des cellules de l'organisme ». | |

Bennix va même plus loin; persuadé que tout l'azote qui ne reparaît pas dans les fèces et les urines est utilisé pour l'accroissement des cellules, il cherche à suivre l'azote dans l'organisme et se demande ce qu’il devient exactement.

Dans son expérience n° 1, sur le nourrisson R..., âgé de trois mois et demi, BenDix calcule que l'enfant a « retenu » 0 gr. 924 d’azote dans les 24 heures, c’està-dire que l’analyse des fèces et des urines démontrait un « déficit » de 0 gr. 924 d'azote sur l'azote contenu dans Le lait ingéré dans les 24 heures; dans les 6 jours que dure l'expérience, l'enfant a donc « retenu » 5 gr. 50 d'azote; — de plus l'enfant R... augmente en moyenne de 41 gr. de poids par 24 heures.

Que sont devenus ces 5 gr. 50 d'azote?

‘ Si nous prenons, avec Vorr, le représentant de l'azote en tissu organique et particulièrement en chair, voici le calcul, chez l'adulte :

La chair contient 3.4 0/0, c'est-à-dire 0.34 dixièmes de son poids d'azote. 10 gr. de chair — 0.34 d'azote; 30 gr. de chair — ungr. d'azote.

Donc chaque gramme d’azole qui manque dans les fèces et l'urine représente 30 grammes de chair d’adulte (Monk).

Mais les tissus du nourrisson sont plus riches en eu que ceux de l'adulte.

Benpix avait entrepris une série d'analyses de tissu musculaire chez le nourrisson, pour voir son contenu en

azote, d’après les expériences de Lance, de Vierorpr, on peut donner pour la chair de nourrisson la proportion de 2.24 0/0 d'azote ; ou,en d’autres termes, un gr. d'azote — 44 gr. de chair de nourrisson.

Or l'expérience I montre que l'enfant R... a retenu pendant 6 jours Q gr. 924 d'azote en moyenne toutes les 24 heures; à ces 0 gr. 924 d'azote répondent donc 39 gr. de chair musculaire.

Les chiffres réels s’approchent sensiblement de ce chiffre théorique; l'enfant a en effet augmenté en moyenne de 41 grammes.

Celte théorie de l’utilisation de l’azote disparu se vérifie encore,dit Bexnix, chez les animaux,par des expériences directes.

SoxaLer trouve en effet qu'un bœuf adulte garde 24 à 36 0/0 de l’azote total donné en nourriture; il utilise donc 24 à 36 0/0 seulement.

Or le veau en utilise, dans les mêmes conditions, 74 0/0.

L'organisme en croissance prélève donc avec avidité l'azote de la nourriture et l’emploie à édifier ses muscles, ses nerfs, son système lymphatique, etc.

Ainsi voilà une notion que Bennix introduit pour la première fois dans l’étude des échanges nutrilifs du nourrisson : il n’y a pas de « déficit » de perte d’azote, comme le croyaient CamErER, BIEDERT,mais rétention el utilisahion de celui-ci. Et alors que cette rétention est nulle ou minime chez l'adulte, elle est énorme chez le nourrisson.

Nous avons longuement insisté sur la théorie de BEx- Dix puisque, le premier, cet auteur a donné une explica-

Le

tion rationnelle de l’utilisation de l'azote chez le nourrisson.

Et c'est justement à cause de l'importance de ces travaux quenous revenons.un peu sur les chiffres de Bexix, afin de montrer que ses calculs sont enlachés de quelques erreurs, ce sont ces erreurs qui expliquent comment une autre utilisation de l'azote et des autres matières nutritives a pu échapper à Bennix. EL d’abord, les chitfres de Benpix sur la rétention alimentaire sont trop petits; la quantité d'azote utilisée est beaucoup plus grande que ne le pense Benpix. Dans les fèces, on {rouve de l'azote qui ne provient pas seulement du lait ingéré, mais aussi des substances qui ont déjà servi à La nutrition, tels la bile, les cellules muqueuses de l'intestin, le suc pancréatique.

D'autre part, Benpix n’a tenu compte, que de l'azote ; l'utilisation de Feau, des graisses, des hydrales de carbone n’est pas entrée en ligne de compte dans ses calculs.

Or ces critiques enlèvent aux chiffres de Benpix beaucoup de leur valeur. Il le reconnaît lui-même quand il écrit :

« En effet, l’amaigrissement et l’embonpoint d'un enfant peuvent tenir uniquement à la perte ou au gain d’eau dans les muscles.

« On sait depuis longtemps que des veaux atteints de gastro-entérite dépérissent visiblement, bien que le poids resle le même. L’autopsie nous donne l'explication de ce fait étrange : les muscles, en même temps qu'ils ont perdu de la graisse et des matières azotées, ont gagné en eau.

« Ce phénomène se rencontre d’ailleurs aussi chez l'homme; on voit, inversement, des convalescents qui,

NT

après avoir été affamés par un régime débilitant, continuent à maigrir malgré la suralimentation.

« C'est qu’à mesure que l'azote s’assimile à la chair, l’eau des tissus s’en va, d'où amaigrissement. »

Il y a enfin dans le travail de Benpix une autre cause d'erreur : l’auteur prend, en effet, comme type d’homologation, la chair, mais il n’y a pas que la chair qui se forme dans l'organisme, mais aussi des nerfs, des ganglions, etc. Le pourcentage en azote est-il le même dans le muscle, le nerf, le ganglion Iymphatique?

Aussi Benpix n'a-t-il vu qu'un des côtés du problème; il y a, ilest vrai, rétention d’azote pour l'édification des cellules en voie de croissance ; mais si l'assimilation des matières alimentaires est plus grande chez le nourrisson que chez l’adulte, c’est parce que celui-là perd proportionnellement beaucoup plus de chaleur que l'adulte ; et l'excès d’alimentation est précisément destiné à fournir cet excès de calorique dépensé.

C'est à Vigrorpr qu’on doit les premières nolions précises sur la calorimétrie des nourrissons.

Un adulte, dit Vrgrorpr, qui fournit un travail mécanique très modéré, dépense, en 24 heures, 2400 calories environ, dont tout au plus 100 calories en énergie mécanique ; le restant des 2300 calories se répartissent d'après ses calculs de la facon suivante : 270 calories environ se perdent par le poumon, la plus grande quantité de chaleur — 2000 calories — est perdue par les téguments.

La perte du calorique par les téguments s'élève donc à 85 0/0 environ de toute l'énergie disponible.

On voit quelle est l'importance des téguments ; la structure de la peau est la même chez l'adulte et le nourrisson

AA QU es

et ne peut déterminer des différences sensibles dans la perte du calorique aux deux âges ; quel est donc le facteur qui régit le rayonnement de la chaleur? C’est, dit Vieronpr, la surface de la peau. Aussi s’adonne-t-il particulièrement à l'étude de l’étendue en surface des téguments.

Les nombreuses mensurations entreprisespar VIERORDT et son élève Merx sur des hommes très différents les uns des autres leur démontra qu’on peut déduire la surface de la peau d’un individu dont on connaît le poids.

La formule trouvée est la suivante :

et LEO QU moe

formule ou S exprime la surface en centimètres carrés, P, le poids exprimé en grammes.

Grâce à celte formule, nous pouvons donc calculer la

surface des téguments; d'autre part, nouspouvons doser,

en analysant le lait, la quantité de matière alimentaire, el, par conséquent, la quantité d'énergie calorique reçue par le nourrisson; d’où la possibilité de calculer les rapports entre ces deux facteurs.

Les premières expériences furent faites par Rugner sur des jeunes chiens, le résultat fut frappant, car il constata que la quantité d'énergie calorique dépensée est drectement proportionnelle à la surface des téquments.

Quand on pratique des mensurations directes ou lorsqu'on se sert de la formule déjà mentionnée, on recon-

nait que le nourrisson à égalité de poids possède une surface de téguments plus étendue.

Et puisqu'il y a proportionnalité directe entre la surface des téguments et la perte de chaleur, il s'ensuit que

le nourrisson perd proportionnellement plus de chaleur que l'adulte.

Les expériences directes ont prouvé l'exactitude de ces calculs. |

LANGLOIS, puis plusrécemment Bonnior et LamBLina (1) ont entrepris des études de calorimétrie directe chez le nourrisson. |

Des chiffres obtenus par ces auteurs, il résulte qu’un nourrisson âgé de 18 mois environ perd pour chaque kilogramme de poids 100 calories environ en 24 heures.

Un enfant âgé de 10 ans ne perd que 60 calories ; et l'adulte moyen au repos 30°à 40 calories à peine.

Donc par kilogr., un nourrisson de 6 mois dépense un nombre de culories double — plus que double même — de celui qui suffit à un adulte.

Mais aussi la surface des téguments est proportionnellement plus développée, c’est-à-dire que, pour un kilogr. de nourrisson, il faut plus de téguments que pour un kilogramme d’adulte.

Un exemple fixera les idées:

Un enfant qui pèse 13 kilogr. nécessite une surface tégumentaire de 10.9 décimètres carrés pour chaque kilogr. ; l'adulte, avec 65 kilogr., ne nécessile que 3.1 décimètres carrés à peine pour un kilogr.

En somme, le besoin alimentaire est donc proportionnel à la surface absolue des téguments, et ceci à lout âge ; et comme chez le nourrisson celte surface est proportionnellement plus grande, le besoin alimentaire est, de ce fait, plus grand aussi.

(1) LaweuxG, Nord Medical., 1898.

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Le nourrisson est donc forcé de consommer relativement plus d'aliments que l'adulte, en partie parce qu'il en tire les matériaux de sa croissance, mais surtout et avant tout, pour parer à l'énorme déperdition d'énergie calorique qui se fait à la surface — proportionnellement si grande — de ses téguments.

D'ailleurs, l'aliment naturel du nourrisson — le lait — est admirablement organisé pour concourir à ce double but : donner à l’enfant des matériaux albuminoïdes pour le développement de ses tissus et lui fournir des substances aptes à donner par leur combustion beaucoup de calorique : d’où la grande teneur du lait en graisse, cette merveilleuse source de chaleur.

Chez l'adulte, la dépense en calories est proportionnellement moindre ; aussi l'alimentation moyenne fournitelle surtout des hydrates qui pourvoient à l'énergie calorique; dans l'alimentation du nourrisson, le rôle prépondérant dans l'apport thermique appartient, au contraire, aux graisses.

Cette prépondérance des corps gras vise un double but : l’un direct, l’utilisation comme source de chaleur; l'autre indirect, non moins important. Par l'apport thermique immense des graisses, les matières albuminoïdes sont épargnées ; elles ne sont pas ou peu brûlées; dès lors elles peuvent rester dans l'organisme et servir à l’édification des tissus en voie d’accroissement.A partir dusevrage, l'apport thermique des graisses va en s'affaiblissant, tandis que celui des hydrates de carbone va en augmentant, jusqu'à devenir prépondérant, comme chez l'adulte.

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