Des vraies et des fausses idées, ch. xi, p
ce qu’elles ont de singulier que notre esprit en forme des idées générales, dites intelligibles. Mais, de toute façon, que l’on considère les choses matérielles comme universelles ou comme particulières, il n’y a aucune raison de dire qu’elles ne peuvent pas être aperçues par notre esprit. Tel que l’emploie Malebranche, ce mot « intelligible » est plein de mystères; il suffit de le ramener à son vrai sens pour dissiper tous ces prestiges ’.
L’intelligibilité attribuée aux êtres représentatifs ne leur confère aucunement le droit de se substituer aux corps réels, et rien n’est plus fictif que les idées prises pour des êtres de cette sorte. C’est ce qui apparaît avec évidence, dès qu’au lieu de poser des questions chimériques on se consulte attentivement soimême1 2. A l’aide de cette consultation de soi-même, Arnauld pose, sous le titre de définitions et d’axiomes, de véritables thèses qui, tout en soutenant sa critique contre Malebranche, résument sa propre pensée 3.
Il n’y a, selon lui, aucune raison de distinguer l’idée et la perception d’un objet, dès que l’on entend par perception ce que l’esprit conçoit, soit par la première appréhension qu’il a des choses, soit par les jugements qu’il en fait, soit par ce qu’il en découvre au moyen de raisonnements. Seulement ce que Ton peut en principe appeler également perception ou idée a deux rapports, l’un à l’âme qui en est modifiée, l’autre à la chose aperçue en tant qu’elle est connue par l’âme : le mot de perception peut exprimer plutôt le premier rapport, le mot d'idée le second* En d’autres termes, je ne peux avoir de perception qui ne soit tout ensemble la perception de mon esprit comme aperce-
1. Des vraies et des fausses idées, ch. xi, p 234-235 ; ch. xiv, p. 251. — Défense de M. Arnauld, 5e partie, p. 513.