Des vraies et des fausses idées, ch. u. p
3. V. surtout Des vraies et des fausses idées, ch. v, p. 197-203.
LA CONTROVERSE AVEC ARNAULD
vant et la perception d’une chose comme aperçue; toute perception est une modalité sans doute, mais une modalité essentiellement représentative. Par conséquent, les expressions qui servent à marquer la présence ou la réalité de l’objet de la connaissance ne doivent rien signifier qui ne soit enveloppé dans la connaissance, telle que je la découvre en moi ; un objet est présent à mon esprit quand mon esprit le connaît; une chose est objectivement dans mon esprit quand je la conçois, que d’ailleurs elle existe ou non hors de moi. « Or cette manière d'être objectivement dans l'esprit est si particulière à l'esprit et à la pensée, comme étant ce qui en fait particulièrement la nature, qu’en vain on chercherait rien de semblable en tout ce qui n’est pas esprit et pensée. Et c’est, comme je l’ai déjà remarqué, ce qui a brouillé toute cette matière des idées , de ce qu’on a voulu expliquer, par des comparaisons prises des choses corporelles, la manière dont les objets sont représentés par nos idées ; quoiqu’il ne puisse y avoir sur cela aucun v^ai rapport entre les corps et les esprits. 1 » C’est donc un artifice que de séparer la pensée de son objet afin de se demander comment il se fait que l’on pense quelque chose ; car « on ne peut penser qu’on ne pense à quelque chose, et penser à rien, ce n’est point penser du tout ; c’est-à-dire qu’il n’y a point de pensée qui n’ait son objet 2. »
Mais n’est-ce point l’idée qui est l’objet immédiat de la pensée ? Cette formule que répète tant Malebranche est ambiguë ; elle est susceptible d’être prise, pour certains cas, dans un bon sens. En effet notre pensée ou perception est essentiellement réfléchissante sur elle-même, non pas seulement en ce que