‹ Étude de la philosophie de MalebrancheChapitre 3 sur 42 · VIE ET OEUVRES · texte numérisé non relu

VIE ET OEUVRES

égale valeur. C’est en effet une copie très complète et très soignée qui a pour auteur M,. de Quens lui-même. Toutefois les conditions faites à M. Ollé-Laprune sont telles qu’il ne peut les accepter. En mai 1874, une vente aux enchères demeure également sans résultat. Finalement le précieux manuscrit, cède à un prix raisonnable, est acquis par la Bibliothèque nationale. C’est là que le Père Ingold, de l’Oratoire, vint en chercher le texte pour en faire l’objet de la publication depuis si longtemps attendue. Il laissa de côté les analyses des différents ouvrages de Malebranche qui sont d’une médiocre utilité et qui risquent d’être fastidieuses. Mais il retint toute la partie biographique et documentaire et il la livra au public. Telle est l’origine du volume édité chez Poussielgue en 1886 et qui a pour titre : « La vie du R. P. Malebranche, prêtre de l’Oratoire, avec l’histoire de ses ouvrages, par le P. André, de la Compagnie de Jésus, publiée par le P. Ingold, de l’Oratoire. » Évidemment, ce livre ne rend pas inutile la lecture d’autres notices, surtout de l’éloge du P. Malebranche par Fontenelle : mais il est désormais le document par excellence auquel il faut recourir quand on veut bien connaître l’histoire de Malebranche et de ses écrits.

Nicolas Malebranche naquit à Paris le 5 août 1638. 11 était le dernier des nombreux enfants de Nicolas Malebranche, secrétaire du roi, qui avait été sous Richelieu le seul trésorier des cinq grosses fermes, et de Catherine de Lauzon dont un frère fut vice-roi du Canada, intendant de Bordeaux, puis conseiller d’État. De complexion faible et de conformation défectueuse, il fut élevé à la maison paternelle et entouré des soins les plus attentifs de sa mère, femme d’un sens très

délicat et d’une piété très élevée. C’est seulement après avoir achevé ses humanités qu’il alla chercher au dehors le complément de son éducation. A seize ans, il fît sa philosophie au collège de la Marche sous la direction d’un zélé péripatéticien, M. Rouillard, depuis recteur de l’Université de Paris. Pas plus que Descartes, il ne retira grand fruit de la philosophie du collège. En quittant la Marche, bien décidé déjà à recevoir les Ordres, il fit sa théologie en Sorbonne sans être beaucoup plus satisfait. On lui offrit alors un canonicat à Notre-Dame. Il le refusa. Le 18 janvier 1660, il choisit lui-même et fixa définitivement le cadre do sa vie en entrant dans la Congrégation de l’Oratoire.

Nous touchons ici à la première circonstance importante et on peut dire décisive de son existence. Fondé en 1611 par Pierre de Bérulle, depuis cardinal, l’Oratoire de France était alors gouverné par le P. Bourgoing. Rien de plus libéral, rien de plus favorable au développement autonome de chaque personnalité que cet Institut religieux caractérisé d’ailleurs par la plus haute piété. Bossuet a très bien défini l’esprit qui y régnait dans son oraison funèbre Su P. Bourgoing. C’est une société qui n’a « d’autres liens que la charité, d'autres vœux solennels qud ceux du baptême et du sacerdoce ». C’est une « Compagnie où une sainte liberté fait le saint engagement, où l’on obéit sans dépendre, où l’on gouverne sans commander, où toute l’autorité est dans la douceur et où le respect s’entretient sans le secours de la crainte ». En somme Malebranche trouvait là un sentiment vif de la liberté individuelle, un grand amour de la science désintéressée, un goût tout particulier de la méditation, et un éloignement assez sensible pour les contingences trop souvent profanes de l’action. Il y rencontrait aussi une orientation philosophique qui devait plus tard être le principe inspirateur de sa propre doctrine. Le car-

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