CONCLUSION
La doctrine de Malebranche a paru à beaucoup présenter avec la doctrine de Spinoza un air de parenté, et même plus qu’un air de parenté, une parenté effective. Issues l’une et l’autre du cartésianisme, il semble qu’elles se soient accordées dans une certaine façon de pousser à l’extrême diverses thèses cartésiennes, celles qui favorisaient le mieux leur commune tendance à ne point laisser exister et agir les êtres finis indépendamment de Dieu, à mettre en Dieu tout ce qui fait la réalité ou la puissance positive des êtres finis, de façon à devoir identifier bon gré mal gré Dieu et le monde. C’est une thèse assez courante, que la logique de son système aurait dû conduire Malebranche au panthéisme spinoziste, et qu’il n’a été retenu sur le bord de l’abîme que par sa foi chrétienne. — De son temps déjà, Malebranche fut accusé de spinozisme.
Un tel jugement est-il vrai? Est-il exact que les
deux doctrines en cause se ressemblent au point qu’on le prétend? C’est une question qui demande à être examinée de près. Pour en proposer une solution équitable il faut avant tout déclarer qu’aucun des deux systèmes n’a contribué à la formation de l’autre. La thèse d’une dépendance historique, unilatérale ou réciproque, de l'un par rapport à l’autre est donc à écarter purement et simplement. En conséquence, il ne reste qu’à considérer uniquement et d’une manière absolue les rapports mutuels qui peuvent se rencontrer entre les deux. Dès lors bornons-nous à voir sur quels points on peut avec vraisemblance, sinon avec vérité, les rapprocher.
Chez Spinoza, la notion de l’unité de substance entraîne l’affirmation de l’unité de cause. « Toute chose, dit-il en effet, déterminée à telle ou telle action, y a été nécessairement déterminée par Dieu, et si Dieu ne détermine pas une chose à agir, elle ne peut s’y déterminer elle-même. » ( Éthique . I. Proposition 26.) Chez Malebranche, l’unité de cause est affirmée directement et pour elle-même et, selon la lettre de la doctrine, la pluralité des substances est formellement maintenue. Mais que sont des substances qui ne persévèrent dans leur existence que par une création continuée, qui n’ont par elles mêmes aucune indépendance à l’égard de Dieu et aucune puissance propre? La notion de l’unité de cause doit entraîner l’affirmation de l’unité de substance. On peut donc tirer de la notion de l’unité de substance et de la notion de l’unité de cause conférées l’une avec l’autre un premier élément de rapprochement.
On en rencontre un second dans la conception de l’Etre infini. Si le Dieu de Spinoza est la substance absolument infinie, le Dieu de Malebranche est aussi, comme il dit, « l’être sans restriction, tout être, l’Être infini et universel. » L’aversion que Malebranche