‹ Étude de la philosophie de MalebrancheChapitre 38 sur 42 · MALEBRANCHE ET SPINOZA · texte numérisé non relu

MALEBRANCHE ET SPINOZA

Il peut être légitimé d’instituer les rapprochements qui portent sur les points que nous venons d’énumérer et de préciser ; mais il est obligatoire d’un autre coté de dire que Malebranche a repoussé très énergigiquement toute assimilation de sa doctrine avec celle de Spinoza. Dans la neuvième* Méditation chrétienne , à laquelle nous venons de faire allusion, ce que Malebranche veut établir, c’est la possibilité de la création et, parmi les arguments qui tendent à la contester, il s attaque surtout à celui qui, considérant que la matière n’est autre chose que l’étendue, et que l’étendue est un être nécessaire et éternel, prétendrait conclure que la matière est nécessaire et éternelle. Il distingue fortement entre l’étendue intelligible et l’étendue matérielle. L’étendue matérielle porte si peu au regard de Malebranche le caractère de la nécessité que la question même de son existence est réservée et mise' à part, et qu’il n’y a que la foi qui nous procure à cet égard une certitude. Cette étendue matérielle, qui n’est autre chose que la matière même dont le monde est composé, reste l’objet d’une création proprement dite. — Dans le huitième Entretien sur la Métaphysique, où il est question de Dieu et de ses attributs, Malebranche insiste sur la nature de l’immensité de Dieu et sur la nature de l’étendue intelligible en protestant contre l’erreur qui consisterait à attribuer à Dieu une étendue corporelle. On ne pourrait tomber dans cette erreur qu’en jugeant de Dieu sur l’idée de l’étendue, en d’autres termes sur l’idée des créatures et qu’en corrompant l’idée de l’Etre infiniment parfait. Dans un passage de cet entretien, il est fait des allusions très claires à Spinoza dont les conceptions, notamment en ce qui regarde l’étendue considérée comme un attribut de Dieu, sont qualifiées d’impies et d’extravagantes et désavouées avec énergie. On peut même dire que Malebranche est injuste

pour Spinoza en ce qu’il représente sa pensée d’une façon inexacte. Mais les différences qui séparent la pensée de Malebranche de celle de Spinoza sont parfaitement bien marquées : elles sont discernées et rendues par lui avec une exactitude irréprochable.

Si réelles qu’elles fussent, ces différences n’empêchèüent pas Arnauld d’entreprendre de montrer que, par sa conception de l’étendue intelligible, Malebranche faisait Dieu corporel. « L’accusation la plus atroce que je trouve dans le dernier livre de Monsieur Arnauld, écrit Malebranche, et sur laquelle aussi il appuie le plus, c’est l’erreur grossière qu’il m’impose que, selon mes véritables sentiments, Dieu est corporel. » (Première lettre contre la Défense de M. Arnauld.) Contre cette accusation d’ Arnauld, Malebranche s’efforce de restaurer le sens véritable de sa doctrine. Il se défend que l'étendue qui est en Dieu ait aucun rapport au lieu, qu’elle occupe en quelque sorte une place: si précisément elle a été appelée intelligible, c’est en ce sens qu’elle est l’idée que Dieu a des corps créés et possibles et qu’à ce titre elle est l’objet immédiat de l’esprit, lorsqu’il pense à des corps qui ne sont point et qu’il les regarde comme privés de couleur et des autres qualités sensibles. Ainsi l’étendue intelligible n’est que Y archétype des corps ou ce qu’il y a en Dieu qui représente les corps: elle n’est pas les corps eux-mêmes, dont l’existence, si elle est réelle, exige en outre un décret divin. Mais ce n’est pas une raison non plus pour accepter la rectification que propose Arnauld et pour dire que l’étendue intelligible ne doit être autre chose que l’étendue en tant qu’elle est idéalement, comme le dessin d’une maison qui est dans l’esprit de l’architecte. L’idéalité de l’étendue intelligible, comprise en ce sens, ne laisse pas entendre ce qui est la vérité, à savoir que l’étendue intelligible est la substance de

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