MA LE BRANCHE ET SPINOZA
Dieu, en tant que représentative des corps et participai par eux. Une chose qui est idéalement dans notre esprit a son objet hors de lui : or l 'étendue intelligible n a point son objet hors de Dieu ; elle est réellement et formellement en Dieu en ce sens que la substance divine est nécessairement représentative des corps. Telles sont les précisions que Malebranche a été amené à formuler à l'occasion des critiques d'Arnauld.
Mais, à propos de Spinoza, Malebranchc \:ut à soutenir des discussions beaucoup plus pénibles vers la fin de sa vie. A partir ^e septembre 1713 et pendant l'année qui suivit, il fut mis en demeure de s'expliquer sur la vérité du spinozisme et sur les rapports du spinozisme avec sa propre doctrine par Dortous de Mairan qui fut depuis membre de l’Académie Française et secrétaire perpétuel de l’Académie des Sciences. Mairan avait eu antérieurement des entretiens avec Malebranche sur des questions de mathématiques et de physique. C’est de Béziers qu’il lui écrit. Sa première lettre porte la date du 17 septembre 1713. Cette correspondance a été publiée en 1841 par Feuillet de Couches. Elle fut rééditée avec les corrections désirables par Victor Cousin dans ses Fragments de philosophie cartésienne. Elle comprend huit lettres : quatre de Mairan et quatre de Malebranche. — Mairan se sent attiré par le système de Spinoza ; et, comme d’autre part il désire garder les convictions philosophiques et religieuses que ce système ne peut manquer de ruiner, il appelle Malebranche à son secours. Il repousse les conséquences de la doctrine de Spinoza et il déclare en même temps qu’il ne peut pas résister à ses démonstrations.
«C’est pour sortir d’un état si fâcheux, dit-il à son correspondant, que j’ai l’honneur de vous écrire. Développez-moi, de grâce, les paralogismes de cet auteur, ou, ce qui suffît, marquez-moi le premier pas qui l’a conduit au précipice, s’il est vrai, comme je veux le croire, qu’il y soit tombé ; et marquez le moi, je vous prie, succinctement, et à la manière des géomètres. » Malebranche répond à la date du 26 septembre: « Je suis maintenant à la campagne, et je n’ai point le livre dont vous me parlez. J'en ai lu autrefois une partie, mais j’en fus bientôt dégoûté, non seulement par les conséquences qui font horreur, mais encore par le faux des prétendues démonstrations de l’auteur... La principale cause des erreurs de cet auteur vient, ce me semble, de ce qu’il prend les idées des créatures pour les créatures mêmes, les idées des corps pour les corps, et qu’il suppose qu’on les voit en eux-mêmes : erreur grossière, comme vous savez. Car, étant convaincu intérieurement que l’idée de l’étendue est éternelle, nécessaire, infinie, et supposant d’ailleurs la création impossible, il prend pour le monde ou l’étendue créée le monde intelligible qui est l’objet immédiat de l’esprit. Ainsi, il confond Dieu, ou la souveraine Raison, qui renferme les idées qui éclairent nos esprits, avec les ouvrages que les idées représentent. » La réponse de Malebranche où nous relevons ce passage est très courte. Il est visiblement gêné par la demande de son correspondant. Il aime peu les polémiques. Il n’y a pas à être surpris que ses explications aient été jugées insuffisantes par Mairan et soient demeurées inefficaces. — Le 19 novembre, Mairan revient à la charge. Il observe que l’horreur que l’on a pour les conséquences du système de Spinoza peut très bien exprimer un simple préjugé et devrait céder dans ce cas à l’évidence des démonstrations. Sur le fond même de la