‹ Étude de la philosophie de MalebrancheChapitre 41 sur 42 · MALE BRANCHE ET SB1N0ZA · texte numérisé non relu

MALE BRANCHE ET SB1N0ZA

ou qui n’a nul objet, ni en Dieu ni en moi, hors de ma pensée; et par conséquent il ne faut plus dire, comme vous avez lait ailleurs, que nous n’avons point de démonstration de l’existence des corps, et qu’il nous serait impossible de nous assurer qu’ils existent sans la révélation qui nous l’apprend. Il faut trancher le mot, et dire qu'il est démontré qu’il n’y a point de corps et que la révélation nous trompe à cet égard. » En présence de cette insistance de Mairan, Malebranche, à la date du 6 septembre 1714, fournit encore quelques explications dans une lettre qui devait être la dernière de cette série de communications épistolaires. Car cette fois il est visible qu’il est fatigué du débat: il veut clore la discussion et il ne s’en cache pas. Il se borne à réitérer l’expression de sa pensée essentielle. L’idée de l’étendue est infinie ; mais son ideatum peut très bien ne pas l’être. Peut-être même n’y a-t-il actuellement aucun idéat. Quand je n’aurais point de corps et qu’il n’y aurait rien de créé que mon âme, Dieu, par ses idées efficaces, pourrait me faire voir et sentir comme je vois et sens. Sans doute il faut affirmer d’une chose ce que l’on connaît être renfermé dans son idée; mais le principe suppose que la chose existe et n’en prouve pas l’existence. Le principe cartésien, que tout ce que l’esprit aperçoit immédiatement est nécessairement, est bon dans les mathématiques pures qui ne consistent que dans les idées; mais il n’est pas le premier principe dans la physique. — Ainsi se termina, un an environ avant la mort de Malebranche, cette polémique très spéciale qui pose, mieux que toute autre donnée historique, la question des rapports de sa philosophie avec le spinozisme.

Très longtemps, les objections de Mairan ont paru décisives à plus d’un philosophe. Mais, malgré une première impression résultant de certaines apparences favorables àMairan, on a le droit de considérer que les réponses de Malebranche ne sont pas des expédients purs et simples pour se tirer d'embarras. Dans un article de l’Année Philosophique (Ve année), article qui a pour titre Spinozisme et Malebrancliisme , M. Pillon a mis en lumière avec beaucoup de bonheur le caractère réellement original de la doctrine de Malebranche. Cette doctrine marque avec force ce qu’on pourrait appeler l’idéalité de l’étendue intelligible et l’impossibilité d’en déduire l’existence réelle. A y prendre bien garde, l’usage que fait Malebranche du mot idée se réfère avant tout au sens platonicien de ce terme, sens en vertu duquel il signifie modèle ou archétype. Aussi, s’il fallait à tout prix choisir entre les deux termes de l’alternative que Mairan pose devant l’esprit de Malebranche, en le condamnant à tomber dans le spinozisme ou à aboutir à l'immatérialisme, ce serait le second qui serait le plus conforme à la logique de la pensée do Malebranche. D’autre part, en même temps qu'on peut agréer certaines des explications de Malebranche, on est en droit de relever des défauts dans le système spiuoziste. La notion de mode y affecte un caractère équivoque. Le mode qui, étant objet des sens ou de l’imagination, ne devrait avoir d’existence qu’en nous, y est cependant rapporté à l’attribut comme une détermination en soi de cet attribut. On peut penser qu’il y a là une donnée contradictoire. Il nous faut donc faire état des réponses de Malebranche et nous demander jusqu’à quel point elles expriment

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