Conversations chrétiennes. Édition de 1702. P
PHILOSOPHIE ET RELIGION
Ainsi, pour Malebranche, « il faut que la foi nous conduise à l’intelligence ». En adoptant cette formule, il se sépare nettement de Descartes, qui n’aurait jamais admis une pareille doctrine. Par là même il insinue qu’il y a un genre d'intelligibilité dont peuvent se réclamer les mystères chrétiens ; et cette intelligibilité est double. — D’une part les dogmes révélés servent à rendre compte de faits ou apparemment contradictoires ou naturellement inexplicables. C’est ainsi, observe encore Malebranche dans les Conversations chrétiennes , que « le mystère de la Trinité s’accommode parfaitement avec la raison quoique en lui-même il soit incompréhensible: je veux dire que, en le supposant, on peut accorder ensemble des faits qui se contredisent et justifier la sagesse de Dieu, nonobstant le désordre de la nature et la permission du péché, ce qu’on ne peut faire assurément par toute autre voie». (Cinquième Entretien 1). En ce premier sens l’intelligibilité des mystères consiste en ce qu’ils peuvent être des principes d’explication métaphysique. — Mais Malebranche va plus loin et soutient qu’il y a un autre genre d’intelligibilité des mystères qui, sans les supprimer comme mystères, puisque notre raison ne les aurait pas découverts et qu’elle est incapable de scruter dans leur fond les manifestations de la puissance de Dieu, fait néanmoins qu’ils sont explicables et qu’ils peuvent être l’objet d’une interprétation rationnelle. « Il est permis d’expliquer même les mystères, pourvu qu’on le fasse selon l’analogie de la foi et qu’on suppose comme incontestables les dogmes reçus dans l'Eglise. Les Pères en ont ainsi usé. Il n’y a point de plus grand mystère que celui de la Trinité ; et saint Augustin a composé quinze livres sur ce sujet, saint Hilaire douze, saint Thomas et tous les théologiens