HISTORIQUE DE L'ÉTUDE DES LEVURES DU VACCIN
Pendant longtemps, la lymphe vaccinale a été considérée comme dépourvue d'éléments organisés et l’on préconisait une Iymphe limpide et transparente pour la vaccination. C’est en novembre 1867 que les Archives de Vircow publient le premier travail où il soit question des éléments microscopiques de ce liquide. Dans cet article, Hazzrer et Zur | CXIIT] ! décrivent des cellules à noyaux qu'ils avaient rencontrées dans la Iymphe de veau fournie par l’Institut de vaccination de Hambourg. Ces auteurs annoncent une série de cultures qui détermineront l'importance que ces formations peuvent avoir dans le processus de la maladie et au point de vue de la nature du virus variolique. À peu près en même temps, paraît le travail de KEBEr : « Sur les éléments microscopiques de la Iymphe vaccinale [CXXI]. » Nous
1. Les chiffres romains entre crochets renvoient aux numéros de la bibliographie.
A0 reproduisons ici les passages les plus intéressants de ce mémoire : « Les études faites récemment de différents côtés au sujet de l'existence de très petits éléments animaux et végétaux de contage me permettent de présenter ma série de recherches microscopiques sur la Iymphe vaccinale….. Jusqu'aujourd’hui, aucun résultat posiuf n'a été donné par les découvertes, faites par plusieurs auteurs, de corps organisés dans le sang et dans les pustules des malades... et récemment encore ErseLt [XC] disait : « Il ya des humeurs contagieuses sans cellules, comme la lymphe vaccinale..….. » La lymphe vaccinale examinée dans une goutte d’eau au microscope présente un certain nombre de cellules en forme de petits grains de7àa1i4u ( à lin.) contenant des noyaux libres
plus petits, de dimension 0,7 à 2,8 p en à = lin.) et des molécules punctiformes de grandeur presque impossible à mesurer. Ces formations organiques sont en quantité très variable dans la lymphe, mais ne manquent Jamais. Ces cellules ont une très mince membrane presque imperceptible et un aspect spécial du contenu qui les différencie tout à fait du fin granulé des cellules de pus et de mucilage..…. »
Keger tient ces formations cellulaires pour le propre vecteur du virus vaccinal, mais il pose sans la résoudre la question de leur nature : débris du réseau de Malpighi modifiés par le milieu ou corps organisés vivants ?
Dans un deuxième article, Hazrier et Zur [CXIIT bis] déclarent avoir trouvé d'actifs microcoques et les spores d’un Leplothrix (Mycothrix). Donnant le résultat de ses cultures, HALLIER croit pouvoir assimiler ce microcoque
de la vaccine à une Sporidie, puis à un Cladosporium ;
th = il hésite ensuite entre les genres Sporidesmium, Tilleha, Monilia, Pleospora, Oidium, Eurotium, Aspergillus, Stemphylium, Ustilago, Torula et encore d’autres champignons qu'il explique comme étant des formes de . développement des microcoques du vaccin 1. Il signale que par aspiration de ces cultures, il prit un catarrhe bronchique avec expectoration de ces mêmes microcoques.
En 1872, Conx (Virchow’s Archiv) [LXII] revient sur ces recherches : « J'ai pu constater avec certitude dans la lymphe de vaccine et de variole certaines différenciations de forme microscopique ou de développement. La+ préparation de lymphe fraîche se montre, ainsi qu'il a été observé déjà, ordinairement riche et presque remplie de corps en boule qui, ordinairemerit petits, sont privés de mouvements propres, mais présentent un mouvement moléculaire et ne paraissent pas différer beaucoup, par leur pouvoir réfringent, du sérum. En réalité, ils ne peuvent être vus, par ceux qui n’y sont pas habitués (comme par exemple pour les systèmes de stries de Pleurosigma), qu'avec l'immersion et un bon éclairage.
« Leur grosseur ne peut être mesurée facilement avec un micromètre ; elle est souvent plus petite que 1, mais il se trouve aussi dans la Iymphe de nombreux corpuscules plus gros, très réfringents, dont ils se laissent difficilement différencier, qui seraient comme des
formes de résistance ou des figures de développement
1. Cette hypothèse est à rapprocher des curieuses théories de cet auteur au sujet des transformations des champignons. À ce sujet, voir Ant. MAGNIN [CXXXIX], et l'historique de la thèse de BeauveRIE [IX].
ASE des plus petits. Je les tiens pour des cellules dont la membrane se présente comme un anneau clair et entoure un contenu qui paraît plus noirâtre.
« Examinés peu après la préparation, ils sont ordinairement simples, plus rarement disposés par paire en 8; mais déjà après un temps assez court, le nombre des doubles cellules augmente ; bientôt on voit des séries ou chaînes de quatre éléments appendus les uns aux autres... ; apparemment, ces anneaux ne sont pas fortement unis, mais se touchent de très près. »
Conn considère ces corpuscules de la lymphe vaccinale comme étant des Schizomycètes qui se reproduisent sans formation mycélienne, par simple division cellulaire et peut-être aussi par formation de cellules durables. Il propose le nom de Wicrosphæra.
Pendant plusieurs années, les recherches sont faites du côté bactéries ou protozoaires, et ce n’est qu’en 1888 que paraît l'important travail de L. Preirrer {CL}, qui a pour litre : Die bisherigen Versuche zur Reinzuchlung des Vaccine Contagiums und die. Antiseplik der Kuhpockenimpfung *.
L'auteur, après un historique complet, énumère les diverses formes bactériennes trouvées dans la lymphe, puis il donne la première description détaillée du champignon qu'il nomme Saccharomyces vaccinæ, groupant sous ce nom plusieurs espèces de levures que, seules, des cultures pures pouvaient caractériser. Voici cet article, seule étude des levures du vaccin qui ait été
1. En 1887, Tennorr [CLX VIII] avait cité deux levures dans la lymphe vaccinale sans en donner de description.