FORMES SENSITIVES
De même qu’on décrit des névrites et des névralgies, de même on peut distinguer des radiculites et desradiculalgies. Dans ces dernières, la lésion est moins profonde, les symptômes traduisent lirritation et non la destruction des éléments nerveux, les douleurs sont très vives, il existe des bandes radiculaires d’hyperesthésie, on note parfois des crampes musculaires, les autres signes sont peu marqués. La radiculalgie n’est d’ailleurs souvent que le premier stade de la radiculite.
Cripaucr le premier a bien décrit ces radiculalqies en rapport avec des lésions étroitement localisées des méninges rachidiennes. En 1896 (1), il publiait un cas de névralgie radiculaire idiopathique avec hyperesthésie du territoire de la 8& cervicale, opéré et guéri.
(4) A. CnipauLr, Presse médicale, 19 fév 1896.
En 1902 (41), après 9 années de recherches, il publiait les 6 observations suivantes, que nous ne reproduisons ici que très résumées.
OBSERYATION I. — Homme, 34 ans, à antécédents rhumatismaux. souffre de crises douloureuses revenant toutes les 5 ou 10 minutes. Hyperalgésie des territoires radiculaires des 7° et 8° cervicales droites. Dépression psychique secondaire avec idées de suicide. Morphinisation. Intervention chirurgicale. Résection intradurale de la 8° racine cervicale. On constate autour de l'insertion médullaire de cette racine l'existence d'adhérences entre la dure-mère et l’arachnoïde et entre l’arachnoïde et la pie-mère, Guérison immédiate complète, maintenue depuis 8 ans et demi.
Opservariox II. — Homme, 52 ans. Syphilitique traité insuffisamment, ayant présenté, en 1895, des accidents méningés diffus. Ces accidents s'améliorèrent assez rapidement par le traitement spécifique et des ponctions lombaires, mais laissèrent à leur suite une hyperalgésie fessière en selle avec crises douloureuses revenant spontanément ou sous l'influence des efforts de la défécation. En 1897, rechute de la méningite, l'hyperalgésie s'étend au membre inférieur droit (régions postérieure de la cuisse et interne de la jambe). La ponction lombaire reste blanche, l'injection épidurale de cocaïne sans effet.
OsservarTioN III. — Homme, 52 ans, traumatisme rachidien de la région dorsale, Un an plus tard, crises douloureuses dans la paroi latérale droite du thorax. Hyperalgésie de toute la paroi au-dessous de la 6° côte. Atrophie du membre inférieur droit. Intervention, laminectomie. Ouverture de la dure-mère sans section de racines. On constate des adhérences de la dure-mère à l'os et à la pie-mère. Soulagement'à la suite durant 4 mois; disparition des crises, mais persistance de l'hyperalgésie. Récidive un an après.
Ossenvaniox IV.— Homme, 35 ans, syphilis traitée. Pas de signes de tabès. Souffre depuis 2 ans de crises douloureuses à la partie interne du bras, de l’avant-bras et de la main gauches. Hyperalgésie
(1) A. Currauur, Bullelin médical, 23 mars 1902, n° 26, p. 298. Soc. de neurologie, 6 février 1902.
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en bande radiculaire interne. Traité sans succès par courants continus, pointes de feu, refuse l'intervention, devient morphinomane.
Ogservarion V. —Homme, 48 ans, rhumatisant chronique. Depuis 2 ans crises douloureuses dans le côté gauche du cou et des épaules. Hyperalgésie dansle territoire des 4° et 5° cervicales. Pas d’atrophie musculaire. Morphinomane. Idées de suicide. Intervention : adhérences intra-arachnoïdiennes autour des racines, 4°, 5e et 6 cervicales postérieures gauches. Plaque scléreuse de la pie-mère. Résection des racines. Amélioration, disparition des douleurs.
OgsErvarion VI.— Homme, {8 ans, syphilitique, a depuis plusieurs années des crises de douleurs périombilicales avec scoliose de défense. Hyperalgésie dans le territoire des 8°, 92 et 10° dorsales droites. Injections épidurales etrésection des nerfs intercostaux sans résultat. Morphinomanie. Dépression psychique. Intervention : laminectomie. Os friable. Racines englobées dans traînées scléreuses de l’arachnoïde et de la pie-mère. Résection des 8°, gt et 10° racines dorsales. À la suite, crise violente de sciatique double, puis diminution des crises et amélioration.
Toutes ces observations semblent des plus démonstratives. Ea sus des symptômes cliniques si nets, elles apportent à l'interprétation pathogénique de l’affection les constatations anatomo-chirurgicales les plus précieuses.
Les faits de ce genre ne sont pas exceptionnels. Il est probable que, l’attention attirée sur eux, leur constatation deviendra fréquente. Nous ne doutons pas qu'un certain nombre de névralgies fixes et rebelles, dont la cause échappait bien souvent, présentent des caractères semblables et reconnaissent la même origine.
Dans le premier volume de ses leçons cliniques, Raywonn a publié une observation (1) qui peut être considérée comme un cas de radiculite sensitive.
(1) Rayon», Cliniques, t. 1, 1896. Leçon du 22 mars 1895,
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Il s'agit d’une femme qui peu à peu est prise de douleurs rachidiennes cervico-dorsales et de douleurs vives, paroxystiques dans le membre supérieur gauche. Ces douleurs entravent les mouvements et s'accompagnent d’une très légère parésie. Il n’y a pas d’amyotrophie ni de troubles des réactions électriques. On constate une anesthésie absolue, limitée au territoire du plexus brachial et de l’œdème de la main. Progressivement, les douleurs et la parésie s'amendent, seule l’anesthésie radiculaire persiste. Pas de troubles oculo-pupillaires.
Discutant l’origine et la nature de ces troubles,qui ne sauraient être périphériques, l’auteur conclut à l’existence d’une lésion intra-rachidienne uni-latérale, atteignant les racines sensitives et respectant les racines motrices du membre. Il explique l’absence de troubles oculo-pupillaires par le passage des filets sympathiques dans la voie radiculaire antérieure respectée, et admet, dans ce cas, comme hypothèse la plus vraisemblable, celle d’une hémipachyméningite rhumatismale. :
Gilbert Bauer (1) a publié un cas analogue, dans lequel l’autopsie a montré une pachyméningite cervicale tuberculeuse.
Minazué, en 1905 (2), réunissait et faisait connaître six observations cliniques de névralgies radiculaires, presque toutes avec troubles de Ja sensibilité objective. Les voici très brièvement résumées :
OBsERvATION [, — Homme, 32 ans; douleurs cervicales postérolatérales gauches ; 15 jours après une angine phlegmoneuse. Dimi-
nution de la sensibilité sous tous ses modes dans le territoire des premières racines cervicales gauches.
O8BseRvaTION IT. — Homme alcoolique : douleur dans tout le ter- (4) Gisenr-Bazzer, Des paralysies radiculaires sensitives du plexus brachial
{Bullelin médic., 1896, p. 903).
(2) Minazuié, Gazette médicale de Nantes, At juillet 4905, pp. 503-543.
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ritoiré externe du membre supérieur avec hypoesthésie. Douleur parpression de la région latérale du rachis cervical. Atrophie du court abducteur du pouce. Pas de douleurs à la pression des nerfs du bras.
OBservaTioN III. — Femme, 42 ans : douleurs du cou, du rachis ct du bras gauche depuis 7 à 8 ans. Ces douleurs sont lancinantes et paroxystiques, durent quelques secondes, partent du cou et parcourent tout le bord externe du membre supérieur jusqu’au pouce. Hyperesthésie douloureuse de toute cette bande externe. Pas de troubles moteurs ni trophiques. Réflexes normaux.
Ogservarion IV.— Homme, 50 ans ; douleurs sur la bande médiane du bras et de l’avant-bras et sur l’index et le médius, avec hyperesthésie tactile et anesthésie thermique correspondante. Pas de troubles moteurs. Réflexes normaux.
Ogservarion V. Homme, 37 ans : depuis 18 mois crises douloureuses dans la main droite durant 3 ou { jours. Engourdissement des 3 derniers doigts. Diminution de la sensibilité sous tous ses modes dans ces doigts et dans la bande interne de l’avant-bras et du bras. Pas d’atrophie musculaire. Reflexes radial et tricipital diminués. Inégalité pupillaire, la pupille droite, correspondant au côté malade, est plus dilatée que la gauche. Signe de Rorerrson bilatéral. Aortite. Pas de Romberg. Réflexes des membres inférieurs normaux. Syphilis à 20 ans.
Ogsenvarion VI. — Après influenza, douleurs du bord interne du bras, de l’avant-bras et des deux doigts internes. Pas de troubles sensitifs objectifs. Douleurs spontanées el provoquées juxta-rachidiennes.
L'auteur, à la suite de ces faits, insiste sur la notion de ces points douloureux fixes, spontanés ou provoqués par la pression, le long du rachis, dans des zones correspondantes aux racines intéressées. Il attire aussi l'attention sur ce caractère différentiel, à savoir : que dans les radiculites tous les modes de sensibilité sont atteints au même degré, alors
que dans leslésions médullaires on observe souvent la dissociation à type syringomyélique.
Forme acroparesthésique. — Dans certaines formes cliniques, qualifiées d’acroparesthésiques, les douleurs se localisent surtout aux extrémités des membres. Desenine et Eacer (1), Baur (2) ont montré dans ces cas l'importance de l'étude objective de la sensibilité qui seule parfois révèle la cause de l’algie, en dénotant l’existence de zones permanentes d'hyperesthésie à topographie radiculaire.