FORMES A PRÉDOMINANCE MOTRICE
Il existe, quoique rarement, des radiculites uniquement antérieures, c’est-à-dire dans lesquelles les symptômes sont d'ordre purement moteur. Le plus souvent on rencontre des formes mixtes ou sensitivo-motrices.
En 1898, Raymond a publié, sous le nom de monoplégie du membre inférieur droit (3), un exemple de ce type de radiculites avec confirmation anatomo-pathologique ultérieure. Voici brièvement résumée cette observation :
Femme de 47 ans ayant eu 12 enfants. Pas de syphilis, pas d'intoxication exogène, maissurmenage importantet pseudo-rhumatisme infectieux subaigu, peut-être de nature tuberculeuse.
Depuis 3 mois, affaiblissement progressif, puis paralysie flasque, totale et absolue du membre inférieur droit. Réflexes cutanés conservés. Atrophie musculaire de la cuisse et de la jambe. Réaction de dégénérescence dans tous les groupes paralysés.
Douleurs très pénibles, surtout à la région postérieure, sous forme d'élancements paroxystiques, empêchant le sommeil et arrachant des
(4) Desenine et EcGer, Soc. de neurol., 1 janvier 1904. (2) Baur, Même séance.
(3) Raymow», Cliniques, t. III, 4S98, lecon XXXI.
cris à la malade. Signe de Lasèque, Points douloureux sacrés, lombaires et le long du sciatique.
Anesthésie à la face antéro-interne de la cuisse dans le domaine du crural; hypoesthésie à la jambe dans le territoire du sciatique. Pas de troubles sphinctériens. Bulles et vésicules à la face antérieure de la cuisse, éléments d'érythème polymorphe.
Ultérieurement, les douleurs disparurent dans ce membre, l’anesthésie persista, la monoplégie resta flasque, atrophique, avec D. R., puis le membre inférieur gauche fut atteint à son tour, les sphincters furent intéressés et la malade mourut avec une escarre sacrée.
À l’autopsie, lésions des racines antérieures et postérieures sacrées et des 4 dernières lombaires, prédominantes à droite.
Ces lésions radiculaires sont primitives, inflammatoires, avec nodules périvasculaires embryonnaires, dilatation des vaisseaux, épaississement de la pie-mère, tuméfaction des cylindraxes, démyélinisation et sclérose. Castification d'aspect tuberculeux. Foyers secondaires de nécrobiose dans le cône médullaire. Dégénérescence des zones d'entrée des fibres radiculaires droites.
Il est à peine besoin d’insister pour faire ressortir l'intérêt de cette histoire clinique et surtout l'importance des constatations nécroptiques. Ges lésions motivent pleinement les symptômes radiculaires observés, expliquent par leur extension la marche de l'affection et justifient le diagnostic de méningo-radiculite lombo-sacrée vraisemblablement tuberculeuse.
Arnin-Decreis et Dumorarp (1) ont publié une observation de radiculite syphilitique prédominante sur les racines antérieures. La voici, très brièvement résumée :
Il s'agit d’un homme de 37 ans, entré à l'hôpital pour des troubles de la marche et des douleurs dans la fesse et la cuisse gauches.
Syphilis : chancre, roséole, plaques muqueuses, un an auparavant, traitée pendant 3 mois par des injections de calomel.
(4) Annn-Decteiz et Dumozarn, Soc, de neurol., 2 mai 1907.
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Deux mois avant son entrée, le malade souffre de violentes douleurs fessières et crurales, tant en avant qu’en arrière. Signe de La - SÈGUE de ce côté.
Puis il présente une énorme atrophie de tous les muscles antérieurs et postérieurs de la racine et du segment supérieur du membre. Force musculaire considérablement diminuée dans lesterritoires atrophiés. Réflexes rotulien et achilléen gauches très diminués relativement aux autres réflexes tendineux, qui semblent forts. Ni trépidation, ni signe de Barinski. Réflexes cutanés normaux. Modifications des réactions électriques (DR incomplète) dans tous les muscles du membre inférieur gauche.
Pas de troubles de la sensibilité objective. Pas de troubles sphinctériens. Pas de signe d’ArGyzL-RoBErTsoN ni aucun autre signe de lésion du système nerveux.
Aucune.lésion du bassin, du sacrum ni des articulations.
Etat général défectueux, amaigrissement, fièvre, sommet du poumon gauche suspect.
Lymphocytose céphalo-rachidienne.
Amélioration rapide, puis guérison complète par le traitement spécifique intensif.
Raymonp et Rose (1) ont présenté un malade qu’ils considèrent comme atteint de méningo-radiculite purement antérieure du plexus brachial. Voici le résumé de cette observation :
Homme de 45 ans, frappé depuis 3 ans de paralysie atrophique du membre supérieur gauche. Cette paralysie régresse partiellement. elle se limite au territoire radiculaire supérieur du plexus brachial, avec réaction de dégénérescence.
Un an et demi plus tard, le membre supérieur droit se prend surtout dans ses parties inférieures. L’atrophie est très marquée sur la main et l’avant-bras, territoire radiculaire inférieur, avec réaction de dégénérescence. Syndrome oculo-sympathique à droite.
Il n'existe pour ainsi dire aucun trouble de la sensibilité objective ;
(1) Raymonp et Rose, Soc. de neurolog., 9 janvier 1908,
en tout cas ils sont très légers, peu étendus et essentiellement transitoires. :
Douleurs à la pression des nerfs médian et radial à droite.
Lymphocytose rachidienne extrêmement intense. Aucun signe pouvant faire penser à une lésion de la moelle.
Le diagnostic de localisation, disent les auteurs, ne saurait faire le moindre doute. La topographie radiculaire de l’atrophie avec syndrome de Kzuweke et lymphocytose permet de conclure à une lésion intra-rachidienne des racines du plexus brachial par méningite localisée.
. L’étiologie de cette lésion ne semble pas attribuable à la syphilis, mais plutôt à une pachyméningite cervicale bacillaire. |
Fréquemment, au début ou au cours du tabès, on observe, à titre de complication, des parésies ou des paralysies particulières qui ne seraient, semble-t-il, autre chose que des radiculites antérieures. Les observations en sont assez nombreuses et nous ne relatons ici qu'un cas que nous avons pu étudier nous-mêmes et qui nous semble assez démonstratif à cet égard.
L.., 30 ans, employé de commerce, vient consulter à la Salpêtrière, dans le service du Prof. Deserine, en décembre 1906, pour des troubles de la marche.
Ant. héréd. — Père mort de paralysie après 15 ans de cécité.
Ant. pers. — Fièvre typhoïde et scarlatine dans l'enfance. Ictère à 15 ans. Syphilis à 21 ans : chancre, roséole, douleurs névralgiques importantes. Traité pendant 6 ou 8 mois par des pilules de protoiodure. Pas d’autres accidents pendant quelques années. Pas de signes d’intoxication éthylique. Marié depuis 5 ans : sa femme n’a eu ni enfants, ni fausses couches.
Il ya 4 ans, le malade commeuça à souffrir de douleurs à type fulgurant, d'abord légères et intermittentes, puis plus marquées et plus persistantes dans les membres inférieurs.
Ne
Il y a un an, il eut une paralysie transitoire des muscles externes de l'œil droit avec ptosis et diplopie, durant 3 mois et demi et traitée par liodure de potassium.
Depuis 15 jours, le malade éprouve de la difficulté pour marcher ;
la pointe du pied traîne sur le sol, et le force à stepper du pied gauche.
On constate une parésie manifeste des muscles jambier antérieur et extenseurs des orteils. Les péroniers sont aussi un peu atteints, ils ne peuvent résister à la torsion du pied. La plante du pied n’est que peu affaissée. Tous les autres muscles sont intacts, leur force est normale. Pas d’ataxie apparente. Les réflexes tendineux sont abolis aux membres inférieurs et aux membres supérieurs. Pas de troubles sphinctériens.
Le signe d’ARGYLL-RoBERTSON est positif.