‹ Étude de neuropathologie sur les radiculitesChapitre 6 sur 20 · FORMES RÉGIONALES · texte numérisé non relu

FORMES RÉGIONALES

On peut, d’après le siège des lésions, faire une classification plus clinique des radiculites, leurs symptômes particuliers et leur diagnostic variant de ce fait aux différents étages de l’axe cérébro-spinal.

Radiculites cervicales.

La localisation sur les racines cervicales est fréquente ; elle intéresse dans chaque cas un nombre variable de racines et se traduit par des symptômes sensitifs et moteurs dans les territoires cervical et brachial, auxquels leurs fibres se distribuent.

Par leur étendue, les radiculites diffèrent notablement entre elles ; les unes dépendent de la lésion d’une seule racine, les symptômes objectifs sont peu marqués, car on sait qu'un même muscle reçoit ses fibres d’au moins deux racines et que chaque champ périphérique de sensibilité radiculaire, bien que tirant son innervation principale d’une

racine déterminée, est tributaire également des deux voisines. Les autres traduisent l'atteinte d’un plus ou moins grand nombre de racines ; les troubles objectifs sont à leur maximum quand la radiculite est généralisée.

F. Baupoix et Piocer (1) ont publié un cas de névrite radi-

culaire du plexus cervical à type Ducexne-Ere. Voici cette observation résumée :

Une femme de 34 ans présente, 10 jours après un accouchement, des signes d'infection puerpérale : frissons violents, fièvre, courbature, insomnie, céphalée, crampes et phlébite de la jambe droite. En même temps, elle éprouve des douleurs aiguës dans la région cervicale, le bras et l’avant-bras gauches. Ces douleurs durent 3 jours, irradient de la racine vers l’extrémité du membre avec exaspérations nocturnes violentes, sous forme d’élancements.

Hyperesthésie des régions intéressées. Réflexes correspondants abolis.

Paralysie de certains groupes musculaires du membre supérieur gauche : deltoïde, biceps, brachial antérieur, long supinateur entièrement paralysés et atrophiés, grand pectoral atrophié, moignon de l'épaule aplati, creux sus et sous-épineux, trapèze et rhomboïde atteints. Muscles de l’avant-bras et de la main intacts. Pas de troubles pupillaires.

Evolution : après une paralysie transitoire du voile du palais, la malade était, deux mois et demi plus tard, en voie de guérison, les douleurs étaient moins vives, la motilité reparaissait.

Discutant le diagnostic, les auteurs éliminent successivement l’atrophie musculaire progressive, la pachyméningite cervicale, la poliomyélite, la syringomyélie et les névrites périphériques. Se basant sur la topographie des troubles moteurs, ils montrent qu’il ne peut s’agir que d’une localisation radiculaire à type Ducnenne-Ere, intéressant surtout les 5° et 6° cervicales et un peu les 3°, 4° et 7° adjacentes. L'origine en serait ici l'infection puerpérale.

(1) FE. Baupoix et Piocer, Ann.médico-chiruwrg. du Centre, 19 juin 1904, p.315.

Desenine, Leenvnandr et Noreno (1) ont présenté, sous le nom de névrite radiculaire cervico-dorsale, un cas de lésion très étendue, atteignant les fibres des racines cervicales, de la 2e à la 8, et intéressant, à un moindre degré, celles des sept premières dorsales du côté droit. Voici brièvement résumée cette observation :

Femme de 32 ans : pas de syphilis connue : 2 fausses couches de jet de 3 mois.

Début de l'affection à l’âge de 30 ans par douleurs très vives, sensations d’arrachement, au moment de l’éternuement, dans la moitié droite du cou et le bras correspondant, puis insensibilité de la peau de ces régions et disparition de ces douleurs. Elancements et engourdissement de la main droite qui s’affaiblit et devient malhabile.

On constate une anesthésie complète de la moitié droite du cuir chevelu en arrière de la ligne biauriculaire, de la nuque, du cou, de l'épaule et de la partie externe du bras, de l’avant-bras et de la main; au-dessous il y a de l'hypoesthésie du reste du membre supérieur et du thorax jusqu’à la 7° côte. L'anesthésie existe pour le tact, la douleur et la température ; les sensibilités osseuse et articulaire sont atteintes.

La force musculaire est diminuée dans le membre supérieur, les reflexes tendineux y sont totalement abolis.

La sensibilité, la motilité et la réflectivité sont normales partout ailleurs, au membre supérieur gauche et aux deux membres inférieurs. Pas de troubles des sphincters, Pas d’atrophie musculaire, pas de contractions fibrillaires, aucun trouble trophique. Pupilles égales, pas de signe d'ArGyYLL-ROBERTSON.

Depuis sa présentation, c'est-à-dire depuis plus de deux ans et demi, cette malade a été revue à plusieurs reprises. Une amélioration momentanée ne s’est pas maintenue. Malgré un traitement intensif et régulier, les douleurs ont persisté quelques mois, puis les troubles moteurs et sensitifs se sont un peu étendus. L'anesthésie complète a remplacé l'hypoesthésie, au membre supérieur et au thorax du côté droit. Elle a réalisé un syndrome d’hémiplégie spinale fruste et à ses troubles radiculaires a associé des lésions pyramidales.

(4) Drsgrine, Lernuanpr el NokEero, loc, eil.

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Lorrar-Jacos (4) a montré un exemple typique d'hyperesthésie tactile douloureuse à topographie radiculaire chez un tabétique à la période préataxique.

Il s'agissait de phénomènes douloureux dans des territoires cutanés nettement définis (de la 4° à la 7° cervicale), bilatéraux mais non symétriques, occupant les deux moitiés du cou, les deux épaules et la partie externe de la racine du bras droit. La limitation schématique des symptômes et leurs analogies avec ceux des radiculites permettaient de leur attribuer la même origine qu'aux autres phénomènes qui trahissent la lésion des racines dans le tabes.

Une observation de Lorrat-Jacor et de Larcxer-Lavas- TINE (2) concerne une femme de 23 ans atteinte de radiculite sensitivo-motrice des 6e, Te et 8° cervicales. La symplomatologie se résume d’une part en douleurs avec hypoesthésie cutanée, de l’autre en parésie avec atrophie musculaire. Il n’y a pasde lymphocytose céphalo-rachidienne. La cause est ici vraisemblablement une pachyméningite bacillaire d’origine pottique.

Larocue (3) a publié deux observations inédites de névralgie radiculaire du membre supérieur.

La première concerne une femme névropathe et arthritique qui éprouve des douleurs dans l'épaule gauche, le bras, l’avant-bras et la muin. Ces douleurs occupent la partie postéro-externe du membre. Elles sont comparées à des sensations d'arrachement ou de broiement.

Points douloureux juxta-apophysaires à un cent. en dehors des 5e et 6° cervicales.

Hypoesthésie de toute la bande antéro-externe du membre et de

(1) Lorrar-Jaco8, loco cit.

(2) Lorrar-JacoB et LAIGNEL-LAVASTINE, Soc, médic. hopit., T déc. 1906. (3) E. Larocur, loco cit.

Ep er

la région adjacente du thorax, Réflexes tendineux normaux. Pas d’atrophie musculaire, Pas de troubles pupillaires. Amélioration.

La seconde observation se rapporte à une femme de 57 ans, rhumalisante, qui ressent de vives douleurs dans le membre supérieur gauche avec sensation de froid.

Apophyses des 7° et 8° cervicales douloureuses.

Hypoesthésie de la bande externe de tout le membre et d’une région voisine du thorax. Réflexes olécranien et radial un peu exagérés. pas d’atrophie musculaire mais parésie à cause de la douleur. Pupilles normales. Amélioration puis guérison en / semaines par l’iodure de potassium et l’aspirine.

Dans ses conclusions, l’auteur insiste sur les caractères propres de ces névralgies radiculaires, leur localisation, les points douloureux apophysaires, les altérations de la sensibilité objective et l'absence de troubles moteurs et trophiques. |

Parmi nos observations personnelles, la suivante se rapporte à un cas de radiculites de la région cervico-brachiale.

Elle parait affecter une forme uniquement sensitive. Elle se caractérise par des douleurs et de l’anesthésie dans les territoires radiculaires de la 2° à la 6° cervicale.

A. M..., 28 ans, vient consulter à la Salpêtrière, en juillet 1906, pour des douleurs cervico-brachiales du côté droit.

Antécédents.— Pas de maladie importante dans l'enfance ou l’adolescence. Mariée depuis 4 ans, n’a pas eu d'enfants ni de fausse couche. Depuis 3 ans douleurs pelviennes, nécessitant souvent un alitement prolongé (salpingite et métrite).

Le début de l'affection actuelle remonterait à 3 mois; il se serait caractérisé par des douleurs dans la moitié droite de la tête, de la nuque et du cou. Peu à peu ces douleurs, en même temps qu'elles augmentaient d'intensité, s'étendaient à l'épaule et au menibre supérieur correspondant.

Elles affectaient le type d’élancements, de piqûres et de tiraillements particulièrement pénibles.

Simultanément, et même antérieurement, étaient apparues des

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