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X. Effets successifs de l'alcool sur les différentes parties

du système nerveux.

§ 1er. — Dans un chapitre précédent, nous avons esquissé l’ordre suivant lequel l’alcool envahit successivement les dif-

(1) Lallemand et Perrin, mém. cité.

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fé rentes parties des centres nerveux; nous avons tracé à grands traits sa marche progressive à travers Taxe cérébrospinal, et nous avons vu qu’exerçant ses premiers effets sur le cerveau, il portait successivement le. trouble dans les fonctions du cervelet, de la moelle épinière, puis de la moelle allongée.

Il nous reste maintenant à démontrer que les effets constatés chez l’homme pendant l’ivresse et chez les animaux soumis à l’action de l’alcool, s’expliquent parfaitement par le mode de fonctionnement habituel du système nerveux.

§ 2. — Nous avons vu que les phénomènes initiaux de l'intoxication alcoolique chez l’homme et chez les animaux sont : les troubles de l’intelligence et l’incertitude des mouvements. Ces résultats indiquent que le cerveau et le cervelet sont en premier lieu atteints par l’alcool ; car nous n’avons pas besoin de nous appesantir sur le rôle que tous les physiologistes font jouer au cerveau, comme centre des facultés intellectuelles, et sur la faculté plus discutée, sans doute, mais admise par Flourens, Magendie, Bouillaud, Andral etLonget, dévolue au cervelet, comme centre d’équilibre et de coordination des mouvements.

En nous reportant encore au tableau de l’alcoolisme aigu, nous voyons qu’à la première période en succède une seconde, dans laquelle, aux troubles de l’intelligence et de la coordination des mouvements, s’ajoutent des désordres de la sensibilité et de la motricité : ces derniers sont assez caractéristiques pour indiquer que la moelle épinière est à son tour impressionnée.

Il y a donc propagation de l’influence alcoolique de l’encéphale à la moelle; mais comment expliquer cette propagation ? Peut-on admettre que la vapeur d’alcool voyage à travers les divers étages de l’axe cérébro-spinal, et porte ainsi son action de l’un à l’autre? Ce serait bien étrange et bien merveilleux assurément, comme l’a démontré Bouisson (1), pour les anesthésiques en général : aussi nous

(1) Bnuisson, Mémoire sur V éthérisation considérée dans certains cas de médecine legale. Paris, 1847.

de l’alcool. h 3

ii insisterons pas sur cette action plus que problématique.

Dirons-nous que l’impression est générale et simultanée, mais que les déterminations qu’elle sollicite sont successives et progressives, comme l’admet Perrin, pour le chloroforme et l’éther (1)?

Une expérience récente de Cl. Bernard (2) va nous donner à ce sujet des aperçus intéressants :

« Une grenouille est liée par le milieu du corps, à la hauteur du sacrum. La ligature interrompt complètement la circulation du train antérieur au train postérieur. Les deux parties de l’animal ne communiquent plus entre elles que par les nerfs lombaires, qui transmettent dans les membres postérieurs l’influence de la moelle épinière et du cerveau.

« Dans ces conditions, quand on anesthésie l’animal dans le train antérieur, les nerfs sensitifs, qui se distribuent aux membres postérieurs, sont atteints par l’agent anesthésique, par influence; c’est-à-dire que le chloroforme n’a été mis en contact qu’avec leur origine dans la moelle épinière, et cependant ils ont été anesthésiés dans toute leur étendue périphérique.

« Changeons maintenant le lieu de cette ligature ; plaçonsle un peu plus haut, immédiatement sous la naissance des membres antérieurs, à la hauteur de la bifurcation de l’aorte. Aux autres points de vue, l’expérience reste disposée de la même manière; la ligature embrasse toutes les parties molles du corps, sauf la moelle épinière, qui continue à faire communiquer ensemble les deux parties du corps que la ligature a divisées, tandis que les communications par le système circulatoire ont été interceptées.

« Introduisons alors du chloroforme dans la partie antérieure, qui se trouve maintenant réduite à la tête et à la région supérieure de la poitrine. Le chloroforme ne touchera que la partie antérieure de la moelle, et n’atteindra pas la partie postérieure située au-dessous de la ligature.

(]) Traité d'anesthésie chirurgicale, p. 210. (2) Loco citât o, p. 334.

« Cependant l’anesthésie se produit encore, non-seulement dans la tête et les pattes de devant, qui reçoivent du chloroforme, mais aussi dans le tronc et les pattes de derrière, qui sont innervés par des nerfs sensitifs, partant de !a région de la moelle épinière où le chloroforme n’a pu arriver. Ces nerfs sensitifs n’ont donc pas subi le contact de la substance anesthésique, même à leur extrémité dans la moelle épinière; les centres nerveux seuls ont été touchés, et les nerfs sensitifs de la région postérieure du corps, restés complètement à l’abri de l’action directe du chloroforme, n’ont pu être atteints que par l’influence des centres nerveux, qui leur a transmis l’anesthésie.

« Cette expérience semble donc conduire a cette conclusion, que le cerveau anesthésie par influence la moelle épinière et, par suite, les nerfs sensitifs, qui en émergent. »

Nous ne ferons que mentionner les conclusions que Marcet (1) a tirées de ses expériences faites sur certains animaux (chiens et grenouilles) :

1° L’alcool agit sur les centres nerveux principalement, mais non exclusivement, par l’intermédiaire de la circulation.

2° Il exerce une action légère, non douteuse, sur les centres nerveux, par l’intermédiaire des nerfs, indépendamment de la circulation.

3° L’influence transmise par les nerfs peut être de deux sortes :

a) Elle peut donner naissance à un choc (suspension temporaire du mouvement et de la sensibilité, avec conservation de la respiration);

b) Elle peut n’avoir d’autre effet que d’abréger la vie.

Pour ce physiologiste, l’alcool agirait d’abord sur le

cerveau (cessation des mouvements volontaires); sur la moelle allongée et la moelle épinière (arrêt de la respiration); enfin, sur le grand sympathique (arrêt des battements du cœur).

Il n’y a que deux explications qui nous paraissent satis-

(1) Marcel, On chronic alcoltolic intoxication, etc. London, 1853.

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faisantes pour rendre compte de cette manifestation de troubles successifs que l’alcool détermine d’abord dans le cerveau, puis dans la moelle épinière :

1° Celle de L. Lallemand et Perrin, qui consiste à envisager l’action de l’alcool comme générale et instantanée sur les éléments du système nerveux, et à attribuer les effets successifs ainsi produits à ce que la moelle épinière a, par rapport au cerveau, une excitabilité moins prompte et moins énergique, sous l’influence des agents médicamenteux ou toxiques introduits dans le sang;

2° Celle de Cl. Bernard, qui admet une action par influence, analogue à celle du fluide électrique, exercée parle cerveau sur la moelle épinière.

Il faut attendre de nouvelles recherches pour se prononcer sur la valeur relative de ces deux explications; pour le moment, l’une et l’autre méritent d’être prises en considération.

§3. — Il s’agit maintenant de déterminer dans quelle direction se propage l’influence de l’alcool dans la moelle épinière.

D’après Lallemand et Perrin, cette propagation a lieu de bas en haut, et remonte de la queue de cheval vers le bulbe. Ils ont observé, en effet, que, chez les animaux alcoolisés, les troubles de la sensibilité et de la motilité commencent toujours par les membres postérieurs et ne s’étendent que consécutivement aux membres antérieurs.

Ce fait a été démontré récemment par Cl. Bernard poulies anesthésiques.

Mais il y a dans la moelle deux appareils distincts : l’ appareil sensitif et Y appareil moteur; quel est le premier atteint par l’alcool? Lallemand et Perrin, se fondant sur la succession des phénomènes constatés chez les lapins qu’ils soumettaient à l’influence de l’alcool, avaient reconnu que les différentes propriétés de la moelle étaient toujours atteintes dans l’ordre suivant : 1° sensibilité ; 2° motricité ; 3° pouvoir excito-moteur .

Ces physiologistes en conclurent que les faisceaux postérieurs et les racines qui en émergent étaient alcoolisés

h(\ I)E l’action physiologique

avant les faisceaux antérieurs. Déjà Flourens et Longet étaient arrivés aux memes conclusions, après avoir expérimenté avec l’éther.

Cl. Bernard (1), étudiant le mode d’action des anesthésiques sur le système nerveux, avait observé que l’insensibilité, avant d’être complète, atteignait successivement : les racines antérieures ou la sensibilité récurrente; la peau, la racine postérieure; le faisceau postérieur de la moelle.

De nouvelles expériences faites en 1869 par le célèbre professeur du Collège de France l’ont conduit à admettre que l’agent anesthésique atteint en premier lieu l’extrémité centrale du nerf sensitif, bien que l’anesthésie se manifeste toujours par son extrémité périphérique; résultats qui, comme on le voit, sont conformes aux observations de Lallemand et de Perrin sur les animaux alcoolisés. Nous rapporterons les conclusions de ces derniers observateurs :

« Consécutivement à l’atteinte du système sensitif, le système moteur est impressionné, et la motricité est abolie ; puis, en dernier lieu, la moelle perd ses propriétés excitomotrices.

« Les nerfs sont affectés en même temps que la partie du centre nerveux dont ils émergent; tous restent excitables sous l’influence de l’électricité. » (Voyez l’expérience, p. 35, dans le mémoire cité : Du rôle de l'alcool et des anesthésiques dans H organisme.)

§ 4. — Ce n’est qu’en dernier lieu que l’alcool agit sur le bulbe, dont l’intégrité, comme on le sait, est nécessaire à l’entretien et au mécanisme des grandes fonctions organiques de la respiration et de la circulation.

Là encore il se comporte à la façon des anesthésiques, qui n’agissent sur la moelle allongée qu’après que la moelle épinière a perdu tout principe de sensibilité et de mouvement, comme l’ont démontré les belles expériences de Flourens.

(I) Cl. Hernard , Leçons sur les effets des substances toxiques et médicamenteuses. Paris, 1857.

Nous sommes encore à nous demander pourquoi les effets de ces agents, transportés par la circulation dans toutes les directions, se révèlent en dernier lieu dans la moelle allongée, et nous trouvons les mômes explications que nous avons invoquées pour la moelle épinière; à moins que nous n’admettions, avec Parchappe (1), que le bulbe a une plus grande force de résistance que tous les autres organes nerveux contre toutes les causes de destruction, et qu’il possède un degré de vitalité plus considérable que le cerveau et que la moelle.

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