‹ Étude de physiologie thérapeutiqueChapitre 16 sur 40 · XI. — Action sur la circulation · texte numérisé non relu

XI. — Action sur la circulation

§ d. — C’est par l’intermédiaire du bulbe que la respiration et la circulation subissent l’influence alcoolique.

D’après les expériences de L. Lallemand, Perrin et Duroy, la circulation, d’abord excitée par l’alcool, est bientôt ralentie, quand on force et qu’on augmente la dose de ce liquide. Tandis que, dès le début, les battements du cœur augmentent de fréquence (jusqu’à 216 pulsations par minute chez le chien), au bout de quelque temps, ils deviennent irréguliers et se ralentissent considérablement.

Quand la dose d’alcool administrée est suffisante pour déterminer la mort, on remarque que la circulation ne se suspend qu’après toutes les autres fonctions (Orfila). Le cœur est toujours Xultimum moriens (Lallemand, Perrin et Duroy).

Il résulte des observations de Poiseuille et des expériences de Ilering que l’introduction de l’alcool dans le sang détermine un ralentissement notable du torrent circulatoire (2).

Ayant introduit du prussiate jaune de potasse dans la veine jugulaire d’un cheval, Hering reconnut que tandis qu’il faut à cette substance de 2o à 30 secondes pour parcourir tout le trajet circulatoire, elle n’apparaît qu’au bout

(1) Parchappe, De l'action toxique de l’étlier sulfurique, dans les Annales médico-psychologiqucs, t. 11.

(2) Voyez : Cl. Bernard, Leçons sur les effets des substances toxiques et médicamenteuses. Paris, 1857.

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de 40 à 45 secondes dans l’extrémité supérieure de la veine, quand on a injecté auparavant dans le sang une certaine quantité d’alcool.

Ajoutons que A. Samson (1), étudiant les effets des anesthésiques sur une patte de grenouille, placée sous le microscope, a constaté que l’alcool, comme le chloroforme et l’éther, produit toujours d’abord un accroissement de l'afflux sanguin, puis, au bout de peu de temps, le ralentissement du cours du sang dans la patte de l’animal.

§ 2. — Nous avons voulu étudier l’action de l’alcool à petites doses sur la circulation, au moyen de l’appareil si ingénieux de Marey.

Nous avons expérimenté sur un certain nombre d’hommes bien portants, sur chacun desquels nous avons appliqué le sphygmographe. Après avoir pris le tracé du pouls normal, nous faisions avaler au sujet une certaine quantité d’eaude-vie, et, quelques minutes après, sans déranger ï appareil , nous prenions un second, un troisième, un quatrième tracé.

Comparant alors les divers tracés obtenus, nous avons pu étudier les modifications que l’alcool, ingéré dans l’estomac, détermine dans les caractères du pouls, comme le montrent les tableaux suivants :

NM. — Homme de 23 ans, bien portant et à jeun. Pouls normal , 68.

Pouls, 5m après l’ingestion de 30 gr d’eau-de-vie, 68.

(i) A. Samson, On lhe action of anasihcsics and on the administration of chloroform. [Med. Times and Gaz. 1864.)

N° 2. — Homme de 23 ans bien portant et à jeun. Pouls normal, 60.

Pouls, 5“ après l’ingestion de 30 gr. d’eau-de-vie, 64.

10“ après, 64.

jN° 3. — Homme de 20 ans.

Pouls normal, 68.

Pouls, 5“ après l’ingestion de 50 gr. d’eau-de-vie, 72.

Pouls, 10"* après, 63.

N 1 4, — Homme de 27 ans.

Pouls normal, 68.

50 1»E l’action physiologique

Pouls, 5m après ringeslion de 30 gr. d’eau-de-vie, 68.

Pouls, 1 0"' apres, u8.

D’après les travaux remarquables de Marey, nous connaissons aujourd'hui le rôle considérable que joue la tension artérielle dans les caractères du pouls. Nous allons, suivant les préceptes donnés par cet auteur, interpréter la signification des tracés précédents.

Si nous examinons tout d’abord dans chaque groupe les divers tracés se rapportant à un seul sujet , nous trouvons dans quelques-uns des caractères particuliers et dignes d’intérêt :

Les tracés n° 1 et n° 2 ont été pris sur des hommes trèsimpressionnables, d’un tempérament nerveux très-accentué, qui n’avaient pas l’habitude de l’eau-de-vie, et qui étaient très-facilement excités, disaient-ils, sous l’influence des spiritueux et du café.

L’ingestion de 30 grammes d’eau-de-vie a fait monter le nombre des pulsations par minute de 68 à 72 pour le premier, et de 60 à 68 pour le second.

Dans les tracés du n° 3, on voit le pouls, après être monté à 72, descendre à 68, sous l’influence d’une assez forte dose d’eau-de-vie (50 grammes).

Quant au n° 4, la fréquence du pouls n’éprouve aucune modification.

Si nous jetons maintenant un coup d’œil général sur l’ensemble des tracés sphygmographiques, nous voyons que l’alcool à faible dose (20, 30 ou 50 grammes d’eau-de-vie ordinaire) offre, quelques minutes après son ingestion, une action manifeste sur les caractères du pouls.

Cette action consiste dans :

1° La diminution de la tension artérielle, qui se révèle

dans chaque pulsation par une ligne ascendante presque verticale, par une ligne descendante plus oblique et plus allongée, souvent en zigzag et formant une ligne brisée plus ou moins irrégulière, enfin par le sommet de la courbe qui devient plus aigu.

2° La fréquence, puis le ralentissement des battements du cœur, phénomènes qui dépendent de la dose d’alcool ingérée.

Depuis que ces expériences ont été faites, un médecin allemand, Zimmerberg (1), a, comme nous, recherché l’influence de l’alcool sur la pression du sang. Il a employé, à cet effet, un kymographion mis en communication avec la carotide et a reconnu un abaissement assez considérable de la pression sanguine (15 à 19 p. 100) , consécutivement à l’injection d’alcool dans la jugulaire et à l’ingestion de ce liquide dans l’estomac.

Les résultats de ces expériences faites sur des chats, des chiens et sur l’homme furent à peu près identiques.

L’auteur observa en outre une diminution des contractions du cœur.

Nous avons été heureux de voir les résultats intéressants de ces expériences venir confirmer nos propres observations.

On peut maintenant dégagerde ces faits cette conclusion importante et inattendue, que Y alcool, loin d' être un excitant du cœur , modère et affaiblit les contractions de cet organe. Ce n’est qu’au début de l’administration de ce liquide, et sous l’influence de doses très-faibles, que se manifestent une énergie plus grande et une fréquence plus considérable des battements du cœur.

Maintenant, à quoi faut-il attribuer cette influence? L’alcool agit-il directement sur le muscle cardiaque ou bien modifie-t-il ses contractions par l’intermédiaire du système nerveux, soit par les ganglions du cœur, soit par le bulbe et les pneumogastriques?

(1) H. Zimmerberg, Recherches sur l'influence de l'alcool sur l'activité cardiaque. Diss. inaug. Dorpat, 18G9. Analyse in Arch. yén. de méd.y 6e série, t. 18.

DE l’action PHYSIOLOGIQUE

Zimmerberg a, croyons- nous, résolu celte importante question. D’après cet auteur, le ralentissement et l’affaiblissement clu cœur sous l’influence de l’alcool tiennent principalement à l’excitation des extrémités centrales des nerfs vagues, car leur section ramène la pression sanguine à l’état normal. Il faut tenir compte en même temps d’une certaine influence due à l’action directe de l’alcool sur la substance cardiaque, car l’injection d’alcool dans les jugulaires, même après la section des pneumogastriques, détermine immédiatement et momentanément l’abaissement de la pression sanguine dans le système circulatoire.

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