‹ Étude de physiologie thérapeutiqueChapitre 19 sur 40 · XIV. Action de l'alcool sur la nutrition · texte numérisé non relu

XIV. Action de l'alcool sur la nutrition

Le point le plus intéressant et le plus controversé que présente l’étude du rôle physiologique de l’alcool est sans contredit l’influence de cette substance sur la nutrition. L’alcool est-il ou n’est-il pas un aliment? Tel est le problème que nous devons chercher maintenant à résoudre.

Avant l’apparition du mémoire de L. Lallemand, Perrin et Duroy, l’influence des spiritueux dans l’alimentation, et

(1) Du rôle de l'alcool, etc., p. 116.

de l’alcool. 55

notamment dans la production de la chaleur animale, ne faisait de doute pour personne.

Il y avait, en effet, de grandes raisons pour attribuer à l’alcool des propriétés nutritives :

1° Les exemples bien constatés de personnes soumises au seul régime des spiritueux, et vivant pendant longtemps, sans perdre l’embonpoint ou la santé.

Ainsi Swediaur (1) parle d’individus qui ont subsisté pendant une longue période, rien qu’en prenant du vin et des liqueurs alcooliques.

Anstie cite l’exemple d’un homme de 83 ans qui, pendant vingt années consécutives, ne prit chaque jour qu’une bouteille de gin avec un morceau de pain gros comme le doigt.

2° L’obésité si fréquente chez les grands buveurs.

3° La nature même de l’alcool, corps facilement inflammable, par conséquent disposé à subir l’action de l’oxygène et à être brûlé dans l’économie.

h° La consommation considérable des spiritueux dans les pays septentrionaux, où l’homme a besoin de suppléer, par une production exagérée de chaleur naturelle, à ses pertes considérables en calorique, sous l’influence de l’abaissement de la température atmosphérique.

M. Perrin (2) refuse tout pouvoir nutritif à l’alcool et remarque que les propriétés que l’on assigne ordinairement aux substances alimentaires ne se trouvent pas dans ce liquide.

D’après cet auteur, l’alcool «ne peut être un aliment :

1° Parce qu’il existe et séjourne inaltéré dans le sang;

2° Parce qu’on ne retrouve, ni dans l’organisme, ni dans l’exhalation pulmonaire, ni dans l’état de la calorification, aucune trace de sa transformation ou de sa destruction;

3° Parce qu’il est éliminé en nature par toutes les voies d’excrétion ;

4° Parce que les phénomènes qu’il suscite, à haute dose

(1) Is alcohol food? in the Brilish medical Journal, 1832.

(-2) M. Perrin, Réponse à M . E. Baudot, dans Union médicale, 1803, p. 587.

56 DE l’action physiologique

ou à dose faible, son accumulation dans la substance nerveuse, et enfin son action toxique et pathogénique bien connue, montrent en lui un modificateur des fonctions nerveuses et protestent contre le rôle alimentaire qu’on lui prête. »

Pour M. Perrin, l’alcool agit principalement comme dispensateur des forces nerveuses et comme régulateur et modérateur par excellence du mouvement de nutrition. D’un côté, il produit'une stimulation générale, il excite les forces, et empêche la fatigue de se manifester; d’un autre côté, il exerce une influence modératrice sur la désassimilation et sur l’usure des éléments organiques.

Tel est le rôle que la théorie qui considère l’alcool comme inaltérable dans le sang, attribue à cette substance dans la nutrition. Nous ne cherchons pas, pour le moment, à savoir si ce rôle est réel. Mais nous avons vu qu’une grande partie de l’alcool absorbé ne se retrouvait pas dans les sécrétions, quelles que soient les précautions que l’on ait prises pour y constater sa présence. Cet alcool, qui se dérobe dans le sang à nos investigations, doit subir nécessairement quelque altération, comme nous l’avons démontré plus haut. Nous croyons que de la nature de cette altération dépend, en grande partie, le rôle que l’on doit faire jouer à l’alcool comme substance alimentaire.

Page 1