‹ Étude de physiologie thérapeutiqueChapitre 21 sur 40 · C4H6 O1 2 3 4 + 12 O = 4 C O2 -|- 6 HO · texte numérisé non relu

C4H6 O1 2 3 4 + 12 O = 4 C O2 -|- 6 HO

Malheureusement, le fait de la diminution de l’acide carbonique dans l’air expiré pendant les premières heures qui suivent l’ingestion des boissons spiritueuses, semblait être contraire à cette théorie.

Aussi, Duchek (2) expliqua d’une autre façon le rôle de l’alcool comme aliment respiratoire : d’après lui, l’oxygène de l’air se fixerait d’abord sur l’hydrogène de l’alcool pour transformer celui-ci en aldéhyde, et comme ce dernier corps est très-combustible, il s’emparerait à son tour avec énergie de l’oxygène. Ce fait expliquerait l’augmentation de vapeur d’eau et la diminution d’acide carbonique dans les produits de l’expiration, après l’ingestion des spiritueux.

Mais nous savons que l’alcool ne se transforme pas en aldéhyde.

Legras (3) donne l’explication suivante : « De ce que l’on n’a retrouvé, dit-il, à côté de l’alcool aucun des produits de sa décomposition, faut-il en conclure qu’il n’est pas brûlé? Non assurément, car les sels pourraient nonseulement échapper aux recherches (on sait que les acétates sont transformés en carbonates très-peu de temps après leur entrée dans le sang), mais il se pourrait qu’il fût immédiatement converti en eau et en acide carbonique sans passer par des états intermédiaires. »

Enfin, Baudot (4), dans l’étude intéressante où il discute et contrôle les expériences favorables à la non-

(1) Bourchardat et Sandras, Annales de chimie et de physique, t. 21, mém. cité.

(2) Ueber das Verhalten des alcohols im thierischen organismus.

(3) Legras, Contributions à l'ctude de l’alrool , thèse de Paris, 1866.

(4) E. Baudot, dans Union médicale, t863 et 1864, mém. cité.

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destruction de l’alcool dans l’organisme, se demande pourquoi cet agent, substance ternaire comme les graisses, les fécules, les sucres, etc., si facilement oxydable, ne serait pas détruit et transformé, comme ces divers corps, par le travail intime de la nutrition. « Serait-ce que dans l’organisme vivant, dit-il, on rencontrerait des conditions moins favorables que dans les appareils industriels? Évidemment non; la machine animale développe, à tous les instants de la vie, une puissance d’oxydation incomparablement plus forte que celle de nos engins les mieux combinés et les plus délicats. »

Il admet donc que l’alcool est détruit dans l’organisme, qu’il remplit le rôle d’aliment respiratoire que lui avait attribué Liebig, mais il avoue qu’on ignore complètement par quels intermédiaires passe ce liquide avant d’arriver aux composés ultimes, éliminés par les sécrétions.

Telles sont les principales opinions qui ont été émises pour donner à l’alcool le titre d’aliment respiratoire. Voyons s’il le mérite réellement.

Nous savons que le propre de l’aliment respiratoire est de favoriser la combustion nutritive. A ce point de vue, il a deux influences principales :

1° Il augmente l’acide carbonique dans les produits de l’expiration ;

2° Il élève la température organique.

Nous allons étudier l’alcool concernant cette double action.

§ 2. Action sur la quantité diacide carbonique exhalée par la respiration. — Prout a démontré le premier que la quantité d’acide carbonique diminue après l’ingestion d’une certaine quantité d’alcool. Berzelius (I) attribua ce résultat à ce que, les inspirations devenant plus fréquentes sous l’influence des spiritueux en général, il doit en résulter, pour chacune d’elles, une diminution d’acide carbonique, bien que la proportion des gaz éliminés dans un temps donné reste la même.

(I) Berzelius, Journal de physiologie expérimentale, t. A.

Mais les expériences de Prout ont été confirmées, dans ces derniers temps, par Lehmann, Yierordt, Bocker, Hammond, Lallemand et Perrin. Ce dernier a même constaté, à la suite d’expériences nombreuses et très-concluantes, que l’ingestion d’alcool à des doses faibles et fractionnées, suffit pour déterminer dans l’espace d’une heure des variations de 24 à 51 p. 100 dans la quantité d'acide carbonique exhalé (1).

Il n’y a que E. Smith (2) qui ait trouvé, à la suite de l’administration des alcooliques, une augmentation d’acide carbonique. On comprend qu’en face des résultats si concordants des nombreux expérimentateurs que nous venons de citer, les observations de Smith paraissent si étranges qu’on ne doit leur attribuer^ aucune confiance ni aucune valeur.

§ 3. Action swy la chaleur animale. — Duméril et Demarquay (3), à l’aide de nombreuses recherches faites sur des chiens et des oiseaux, ont démontré que l’alcool, loin d’entretenir ou d’activer la calorification en véritable aliment respiratoire , abaissait la température animale. Il agit , du reste, à ce sujet, comme le chloroforme et l’éther.

S. Ringer et W. Richards (4), Smith (5) en Angleterre, M. Perrin en France, sont arrivés à des résultats analogues. Ce dernier n’a constaté qu’une diminution de 1° dans la chaleur organique, so.us l’influence d’un long régime alcoolique.

L’importance de ces résultats nous paraissait telle, que nous avons cru devoir reprendre et vérifier ces expériences.

(1) De l’influence des boissons alcooliques prises à doses modérées sur la nutrition, in Comptes rendus de l'Académie des sciences, 18G4.

(2) E. Smith, On tlie mode of action of alcohol in the trealment ol diseuses ( Lancet , 1861).

(3) Recherches expérimentales sur les modifications imprimées à la température animale par l’éther et le chloroforme, 1848.

(4) S. Ringer et W. Richards, The influence of alcohol on the temperutur of non febrile and febrile persons, in the Lancet, 1866.

(5) E. Smith, in the Médico-chirurgical Transactions , 1856 et 1859; Dublin medical Press, 1860; the Lancet, 1861.

60 de l’action physiologique

Nous avons expérimenté sur nous-même, et, pendant plusieurs jours , nous avons obtenu les températures suivantes, indiquées parle thermomètre placé dans l’aisselle droite (1) :

JOURS

À jeun 7 h.

du matin.

Pendant

la

digestion à l2 b.

2 heures soir.

Ingestion

d’eau-

de-yie

par

petites

doses

en 1 h.

4 heures.

5 heures.

j 1er mai 1869. .

gr-

j 2 idem

so

3 idem

4 idem

5 idetn

Le thermomètre éLait appliqué, dans chaque observation, pendant 20 minutes; au bout de 15 minutes environ après l'ingestion de l’eau-de-vie, l’influence de celle-ci sur notre température se traduisait par une descente de 5 à 8 dixièmes de degré, qui continuait et souvent augmentait pendant plus d’une heure.

Nous aurions été curieux d’étudier les modifications de la température qui surviennent sous l’influence d’une dose plus forte d’alcool, et de déterminer, avec le thermomètre, le refroidissement qui survient dans la dernière période de l’ivresse. Nous avons regretté de n’avoir pas pu faire ces observations intéressantes, pour lesquelles nuus attendions

(1) Nous avions recueilli ces observations depuis quelques mois, quand nous avons eu entre les mains le savant travail du Dr Godfrin , où nous avons trouvé relatées des expériences analogues à celles que nous avions entreprises, tendant également à démontrer le rôle de l’alcool comme dépresseur de la chaleur organique, et dont les résultats concordent avec les nôtres. Nous avons été heureux de voir nos idées partagées et défendues par ce distingué confrère, et la lecture de sa thèse n’a fait qu’augmenter nos convictions sur l’importance et l’utilité que nous attribuons aux spiritueux comme médicaments anticalorifiques el antidépci diteurs.

qu’un ivrogne se livrât par hasard à notre examen, quand nous avons trouvé dans la thèse du Dr Godfrin (1) une observation propre à nous éclairer à ce sujet.

Chez une femme qui s’était livrée à de copieuses libations et qui avait été apportée, la veille, à l’hôpital de la Pitié, présentant le dernier degré de l’intoxication alcoolique aiguë, le thermomètre fut appliqué dans l’aisselle et dans le vagin, pendant la journée, de 11 heures du matin à 4 heures 20 du soir, heure à laquelle la malade reprit connaissance. 11 donna les indications suivantes :

Heures.

Vagiu.

Aisselle.

Il 30'

Le tableau précédent nous montre une élévation graduelle de la température, à mesure que se fait l’élimination de l’alcool absorbé.

Nous trouvons également dans le même travail la relation de deux expériences faites par l’auteur et par le Dr Régnard, et dans lesquelles le thermomètre, appliqué au rectum, descendit, sous l’influence de ISO grammes d’eaude-vie ingérée par chacun des observateurs, et en une heure, de 1°1 pour le premier, et de 0°S pour le second.

La diminution de la chaleur organique, sous l’influence de l’alcool, a été constatée dans ces derniers temps par Cuny-Bouvier (2) sur des lapins, des chats, des chiens et sur l’homme.

Après avoir reconnu, au moyen du thermomètre, que sa température propre subissait habituellement une élévation graduelle de 0°1 à 0°2, entre 2 et S heures de l’aprèsmidi, cet observateur vit pendant la même période de la journée et après l’ingestion de 25 à 80 centimètres cubes

•1) Godfrin, loc. cir., p. 41.

(2) Arch. f. physiol,, II, 7, p. 370, 1809.

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d’alcool, la colonne thermométrique descendre de 0a2à 0Ü6.

Gomme on le voit, ces derniers résultats diffèrent peu des nôtres et de ceux de Godfrin et de Régnard.

On peut en conclure que l’alcool , même à faibles doses, produit un abaissement de la chaleur organique, abaissement, il est vrai, peu considérable à l’état physiologique, puisqu’il varie de 0°5 à 1°. Mais ce fait ne doit pas nous étonner; il en est de l’alcool, comme de tous les agents dépresseurs de la chaleur organique , dont l’action sur la température animale est d’autant plus marquée que celle-ci a atteint une élévation plus considérable ou plus anormale, comme on le constate dans certains états pathologiques, dans les pyrexies, par exemple.

On sait, en effet, que tandis qu’on obtient un refroidissement insignifiant chez les sujets sains, soumis à l’influence des préparations de digitale, ou de sulfate de quinine, à doses thérapeutiques, on voit par contre chez les fébricitants, la-température tomber de plusieurs degrés, après l’administration de ces médicaments antipyrétiques.

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