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III. — Utilité de l'alcool comme antidéperditeur

§ I. Après ce que nous avons dit de l’action si évidente de l’alcool comme modérateur de la désassimilation, nous n’avons pas de peine à faire comprendre son utilité et, le rôle important qui lui est assigné en hygiène, comme aliment d’épargne ou antidéperditeur.

C’est à juste titre qu’il a sa place marquée dans les nombreux approvisionnements destinés aux armées en campagne, aux populations exposées à la disette ou à la famine, et surtout aux places fortes menacées d’un long siège et d’un cruel investissement.

Tout en faisant la part de la pernicieuse influence qu’il possède certainement quand il est distribué sans précaution et sans mesure, au milieu des armées et des populations assiégées, toujours trop enclines à un usage immodéré des boissons excitantes (1), nous ne pouvons méconnaître son utilité et les services importants qu’il peut rendre en qualité d’antidéperditeur.

On s’est beaucoup ému, surtout dans ces derniers temps, des pernicieux effets causés par l’abus des boissons alcooliques; on a surtout insisté sur les nombreux cas d’alcoolisme qui ont été relevés dans les hôpitaux pendant le siège de Paris.

C’est à l’usage immodéré des spiritueux qu’on a rapporté en partie la mortalité excessive qui a frappé la population

(1) J eannel, Communication à l’Académie de médecine sur les moyens de répression de l ivroyncrie dans l’armée. 1871.

a l’hygiène. 93

et l’armée investies dans la capitale, pendant 5 mois d’un hiver rigoureux et terrible et au milieu des plus dures privations.

On a même été jusqu’à attribuer à l’alcoolisme le grand nombre d’insuccès enregistrés par la plupart des chirurgiens dans leurs opérations à la suite de blessures légères et peu graves (1).

Nous nous demandons si la mortalité d’une population en proie au froid, à la faim, au découragement et aux émotions les plus douloureuses et les plus accablantes, n’aurait pas été encore plus grande, si cette agglomération de soldats campés dans la neige sous les murs de Paris, mal vêtus et mal nourris; si la population civile elle-même composée en grande partie de vieillards, de femmes et d’enfants engourdis par le froid et soumis à une alimentation rationnée considérablement (300 grammes de pain, 20 à 30 grammes de viande de cheval par jour), avaient été privées de toute boisson alcoolique et de toute liqueur spiritueuse.

§ 2. Tout en déplorant les nombreux cas d’ivresse dont nous avons eu l’exemple sous nos yeux, et l’abus des boissons spiri! ueuses auquel se livraient certains individus, au milieu des privations et des souffrances communes, nous n’avons pas ressenti aussi complètement, nous l’avouons, ce sentiment d’horreur et d’indignation qui a poussé la plupart des médecins et des hygiénistes à une guerre acharnée contre l’alcool, pendant les tristes phases du siège de Paris.

Comme on le verra plus loin dans la partie de notre travail où nous étudions l’emploi de l’alcool en thérapeutique, les nombreuses observations que nous avons prises à cette époque sur les malades auxquels nous avons administré largement les spiritueux et les excitants, montrent les résultats satisfaisants que nous avons alors obtenus de l’emploi de la médication alcoolique.

Ajoutons que les boissons spiritueuses, qui n’ont jamais

(|j Verneuil, De la gravité des lésions traumatiques et des opération< chirurgicales chez les alcoolique s . (C ommunicution a l Académie de médecine.) Paris, 1871.

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manqué à la population parisienne pendant le siège de 1870-71, ont été une précieuse ressource, principalement dans la dernière période de l’investissement. Combien de personnes, surtout dans la classe pauvre, réduites alors à un régime indigeste et insuffisant, composé de pair* grossier et malsain et de poisson salé ou de conserves dégoûtantes, ont pu résister à la maladie et à la famine, grâce aux vins généreux et aux boissons aromatiques (café, thé) dont elles faisaient usage ! Combien d’estomacs délicats ne pouvaient alors supporter d’autres nourritures ! Nous connaissons une pauvre mère qui put sauver son nouveau-né et l’allaiter pendant les cinq dernières semaines du siège, tout en ne se nourrissant que devin chaud. Pour bien des vieillards, cette boisson constituait toute l’alimentation, c’était la principale pour tout le monde.

Il y a quelques années, on voyait la syphilis partout et on considérait le virus vénérien comme la source des maladies les plus variées et des infirmités les plus différentes, qui venaient se présenter dans les asiles et dans les hôpitaux à l’œil investigateur du clinicien.

Maintenant c’est l’alcoolisme qui domine la scène morbide, comme condition étiologique des affections dont l’origine reste obscure ou inexpliquée. Les alcoolophobes ont remplacé les syphilophobes. N’y a-t-il pas un peu d’exagération parmi les accusations terribles et multipliées qui sont formulées chaque jour contre l’alcool?

Nous posons la question sans y répondre. Il serait peutêtre un peu trop téméraire de vouloir résoudre ici l’important problème que la science discute encore en ce moment.

Le procès de l'alcoolisme a commencé depuis plusieurs années et se continue encore aujourd’hui. Avant de prononcer la condamnation d’une boisson aussi usitée et aussi répandue que l’eau-de-vie, oe serait suivre, croyonsnous, une mauvaise méthode que de dédaigner les avantages qu’elle présente et les services qu’elle rend et qu’elle peut rendre encore pour montrer avec plus d’évidence ses dangers et ses inconvénients.

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