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I. — Emploi de l'alcool en médecine et en chirurgie

§ 1. Nous ne voulons point présenter une énumération complète des nombreuses affections dans lesquelles, à tort ou à raison, a été préconisé l’alcool ; nous nous contenterons de faire une excursion rapide dans le vaste champ de la pathologie et dans le riche domaine de la clinique, pour réunir les faits les plus remarquables et les observations les plus probantes, capables de constituer le rôle thérapeutique de l’agent que nous étudions.

Quant aux propriétés, encore fort contestées et souvent bien énigmatiques, qu’on lui attribue dans des affections dont on ignore la nature, et qui découragent le clinicien par leur résistance à toute intervention thérapeutique et leur constante incurabilité, nous les mentionnerons simplement et ne les discuterons pas.

Mais, avant d’entrer en matière, nous croyons utile de faire une simple profession de foi sur la méthode qui nous semble préférable dans l’étude d’une substance médicamenteuse.

Il y a deux assises sur lesquelles l’action thérapeutique d’un médicament doit être établie :

1° h' expérimentation physiologique ;

2° L 'observation clinique.

1° La première , l’expérimentation physiologique , doit précéder tout essai thérapeutique ; elle doit partout et toujours renverser et remplacer V empirisme, qui a dominé si longtemps la pratique médicale, et dont nous trouvons encore des traces dans l’application des substances médicamenteuses que nous soumettons maintenant au contrôle expérimental.

En faisant connaître les effets de ces substances sur l’organisme sain, elle a acquis, il faut le reconnaître, dans ces derniers temps, une importance bien considérable. Ses principes sont les suivants :

a) Le médicament agit de la même manière sur l’organisme sain et sur l’organisme malade.

b) L’action curative de telle ou telle substance résulte de son action physiologique (1).

2° Quanta la seconde, V observation clinique, elle contrôle les résultats de la première, elle les met en pratique et les utilise sur l’homme malade ; elle les approprie aux besoins et aux exigences de tel ou tel organe atteint dans son fonctionnement, ou les dirige contre les atteintes et les ravages de tel ou tel élément morbide qui frappe l’économie.

Toutes les deux sont utiles et indispensables, et nous croyons que c’est d’elles que dépend l’avenir de la thérapeutique.

Le lecteur voudra bien nous pardonner ce court préambule, en songeant qu’il précède l’étude d’un médicament tel que l’alcool, aussi différemment compris et jugé par les thérapeutistes et les cliniciens.

§ 2. « Il est assez d’usage, dit Béhier (2), de rapporter à Arnauld de Villeneuve la découverte de l’alcool et le premier emploi de ce liquide à titre d’agent hygiénique et thérapeutique. Cependant rien n’est moins démontré que cette as-

(1) Voyez Gubler, Commentaires du Codex, 1867, et Cl. Bernard, Leçons de pathologie expérimentale, 1872.

(2) Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, t.2, p. 592.

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sertion. Ainsi Morewood prétend que les Chinois ont préparé l’alcool bien longtemps avant que cette substance fût connue dans le reste de l'Asie ou en Afrique. En outre, Albucasis , médecin arabe du XIIe siècle, a été signalé comme ayant obtenu, le premier, de l’esprit-de-vin, tandis que d’autres attribuent cette découverte à Raymond Lulle, qui vivait au XIIIe siècle. »

Quoi qu’il en soit, c’est Arnauld de Villeneuve qui rapporta d’Espagne, où il vivait en 1285, la connaissance de l’alcool et de ses usages ; clans son traité intitulé : De conservadâ juventute et retardandâ senectute, il contribua surtout à généraliser l’emploi thérapeutique de ce liquide, en le préconisant contre le cancer de la bouche, la gravelle, l’hydropisie, etc.

11 le considérait également comme un excellent modificateur des plaies. A. Paré (1), Guy de Chauliac en firent un très-grand usage. Mais il est probable que les Arabes avaient employé l’alcool avant eux.

L’hygiène n’avait pas profité encore des propriétés réputées toniques , excitantes et alimentaires de l’alcool ; vers le milieu du XVIe siècle, les distillateurs s'étant emparés du précieux produit, débité jusqu’alors par les apothicaires, l’usage des boissons alcooliques se généralisa et fut introduit dans l’alimentation journalière.

Ainsi, destinée bizarre, l'alcool fut prescrit comme remède avant d’être utilisé comme boisson alimentaire.

A une époque plus rapprochée de nous, quand la doctrine de Broussais régnait en souveraine et contribuait encore à exagérer les accidents qu’on avait constatés à la suite de l’abus des spiritueux, la médication alcoolique fut bannie pendant quelque temps de la pratique médicale, à cause des dangers, singulièrement exagérés, dont elle semblait menacer l’économie.

Il ne fallut rien moins que les courageux essais et les remarquables travaux de Todd, suivis des résultats heureux et imprévus que donna la médication alcoolique entre les

(1) A. Paré, éd. Malgaigne, t. 2.

mains d’illustres praticiens anglais, pour ramener un peu la confiance vers un médicament si abandonné et si redouté.

La terreur que causaient les irritants était alors si grande que plusieurs années s’écoulèrent avant que les idées anglaises pussent franchir le détroit, pour être acceptées et appliquées par les médecins du continent. En France, ce fut surtout Béhier (1) qui contribua à démontrer les bons effets de la médication alcoolique dans certaines affections internes.

En même temps que l’alcool prenait pied dans la thérapeutique médicale, il recevait dans le domaine chirurgical le rang qu’il n’aurait jamais dû perdre.

Aujourd’hui, il constitue, comme nous le verrons bientôt, un des topiques les plus utiles et les plus avantageux pour le pansement des plaies.

En médecine, son usage tend à s’étendre de plus en plus, quoiqu’encore trop restreint, parce qu’on n’a pas assez tenu compte des effets physiologiques de cette substance, pour formuler nettement ses indications thérapeutiques.

IL — Usages de l'alcool à l'extérieur.

§ 1. 11 n’y a qu’à se reporter à l’étude que nous avons faite de l’action de l’alcool sur la peau, pour comprendre la valeur de ce liquide comme révulsif.

C’est ainsi qu’il sert utilement à provoquer une stimulation réflexe dans les cas de syncope, d’asphyxie, de réfrigération par le froid, à la suite des commotions physiques et morales des hémorrhagies (Ilirtz).

Les frictions alcooliques sont utiles contre la débilité chez les jeunes enfants, l’épuisement dans la convalescence des maladies longues et torpides; mais elles peuvent produire des troubles sur le système nerveux : Hirlz cite un cas où des fomentations devin aromatique ont déterminé, chez un enfant, un hébétement qui ne s’est jamais dissipé (2).

D’après cet auteur, les fomentations vineuses chaudes,

(1) Conférences cliniques faites à la Pitié, 1861-62.

(2) Hirtz, article Alcool, dans le Nouveau Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques.

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faites sur la région épigastrique, seraient un excellent moyen pour calmer les vomissements incoercibles qui surviennent chez certaines personnes, sous l’influence de causes inconnues. Beaucoup de praticiens emploient les lotions de vin sinapisé pour réveiller l’action cutanée dans les exanthèmes répercutés.

C’est encore à titre de révulsif que l’alcool a été employé contre les tumeurs synoviales du poignet (Houzelot, Nélaton) (1), où il a produit des guérisons complètes; contre l’hypertrophie des mamelles (Brodie); contre les épanchements articulaires chroniques, les engorgements indolents, les arthrites goutteuses (Béhier), les entorses, les ecchymoses, les foyers sanguins traumatiques.

§ 2. Comme réfrigérant , l’alcool, mélangé à l’eau froide, sert en lotions et en ablutions, pour produire l’abaissement de la température et le resserrement des capillaires d’une région enflammée, comme dans les brûlures au premier degré (Walœus). Les contusions, les érysipèles (Lanzoni, Harris, etc.) , l’intertrigo, l’érythème, la rougeur qui entoure les vésicatoires sont combattus avec succès par ce moyen.

§ 3. Nous ne ferons que mentionner :

Les observations de Nélaton (2), d’après lesquelles ce chirurgien a pu prévenir ou enrayer le développement des furoncles par l’application d’alcool à ZiO degrés sur la partie menacée ; les 14 cas de guérison de fissure à l’anus obtenus par le Dr Chapelle (d’Angoulême), par l’application du mélange suivant :

Alcool 50 grammes.

Chloroforme 10 —

l’emploi si général du vin aromatique, vanté par Ricord, dans le pansement des chancres et des ulcères syphilitiques; les injections d’alcool plus ou moins dilué, essayées par Laugier, Dupierris, Ad. Richard, dans l’hydrocèle ; les trois cas d’ascite obtenus par Warre, Lhomme et Jobert, par l’introduction de vapeurs vineuses dans la cavité péritonéale.

(1) Journal des connaissances médico-chirurgicales, 1861. p. 319.

(2) Nélaton ( Gazelle des hôpitaux, 1853, p. 387).

Citons encore les gargarismes fortement alcoolisés employés par Lanzoni contre les douleurs de dents, et l’usage satisfaisant qu’on a fait de l’alcool concentré pour cautériser un nerf dentaire douloureux, ou pour arrêter une hémorrhagie de l’alvéole.

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