FIÈVRE TYPHOÏDE
Au-dessous de 20 ans, 63 cas, I l morts ou 17.46% An-dessus de 20 — 67 — 46 — 23.88
— de 30 — 48 — 9 - 50.
de 40 — 7 - 5 - 74 42
de 50 — 5 — 4 — 80.
876 cas,
431 morts ou
(1) Murchison, T réalisé on the [evers of (ireat Brilain. London, 48(42.
422 applications
Ii refuse toute qualité alimentaire à 1 alcool, qu il considère simplement comme un stimulant; il lui attribue pourtant une certaine influence comme ralentissant les déperditions organiques.
On voit, d’après les chiffres donnés par Murchison, que les résultats pratiques sont loin d’être en faveur de la méthode de Todd ; malheureusement on sait combien il faut se défier des statistiques, surtout quand elles ne sont pas faites, comme celle-ci, avec toutes les précautions désirables.
Les malades traités par Todd et par Murchison étaientils soumis à la même hygiène? Recevaient-ils les mêmes soins dans les hôpitaux différents où ils étaient traités par l’un et par l’autre? Enfin, les épidémies de typhus et de fièvre typhoïde observées par les deux praticiens avaientelles lieu en même temps, et offraient-elles la même intensité, la même malignité? Nous n’en savons rien ; ce sont autant de raisons pour nous rendre réservé sur les conclusions que Murchison a tirées de l’examen comparatif des chiffres que nous avons cités plus haut.
De son côté, Benett (1), comparant les résultats de sa médication dans la pneumonie aux résultats obtenus par Todd dans le traitement de la même maladie, arrive à des conclusions conformes à celles de Murchison.
En effet, sur 129 pneumonies aiguës, dont 105 simples et 24 compliquées, traitées du 1er octobre 1858 au 31 janvier 1865, c’est-à-dire en six ans et trois mois, il constata 125 guérisons.
Or, Todd avait eu une mortalité beaucoup plus considérable, représentée environ par 1 mort sur 9 malades.
§ 5. En France, nous avons vu que le professeur Béhier fut un des plus ardents promoteurs de la doctrine de Todd; avant lui, Trousseau avait, il est vrai, appelé l’attention sur les bons effets du vin de Maiaga dans certains cas de fièvre typhoïde; Aron avait même donné de l’eau-de-vie
(1) Benett, On tlie ireatmcnl of pneumonia by restoratives, in the Lancet, 1865.
dans les fièvres et les pneumonies typhoïdes des vieillards ; mais aucun d’eux n’avait employé la médication alcoolique suivant les préceptes de la médecine anglaise.
Tandis que Flint(l), en Amérique, employait la médication alcoolique dans la pneumonie aiguë et en obtenait les meilleurs résultats, dès 1862, Béhier appliquait la méthode de Todd sur 47 malades (2). Il prescrivait 80 à 120 grammes, ou même ISO, 200, 300 grammes d’eau-de-vie ordinaire étendus de 80 à 120 grammes d’eau édulcorée (une cuillerée à bouche toutes les deux heures).
Dans quelques cas, il ajoutait à cette préparation l’acétate d’ammoniaque, sous l’influence duquel il n’y eut aucun changement appréciable dans l’action de l’alcool.
Sur 36 pneumonies ainsi traitées, il obtint 29 guérisons. Quant aux 7 insuccès, ils ne doivent pas (Béhier le dit luimême) être mis sur le compte de l’alcool, mais doivent être attribués à l’état déjà grave que présentaient les malades lors de leur entrée à l’hôpital.
Ces 7 malades se décomposaient de la manière suivante :
3 phthisiques.
1 bronchite capillaire généralisée.
3 pneumoniques parvenus au troisième degré.
Parmi les autres malades, 11 offraient surtout des formes ataxo-ad yn ami q ues.
Comme Todd, Béhier (3) a vu « l’alcool faire cesser le délire, faire tomber le pouls, abaisser la respiration et déterminer souvent une transpiration abondante, malgré laquelle les forces se relevaient ». Jamais il n’a observé le moindre signe d’ivresse.
La plupart des malades traités par le savant clinicien de la Pitié étaient d’un âge avancé; pourtant quelques-uns avaient de 21 à 30 ans. Aussi Béhier pense qu’il y a là en-
(1) Flint, Clinical reports on pneumonia, in North American mcdicochirurrjical Review, 1861.
(2) Béhier, Conférences de clinique médicale. Paris, 1864, p. 367 et suiv. — Note sur l’emploi interne de l’alcool, dans le Bulletin (jéncral de thérapeutique, 4865.
(3) Loco citato, p. 687.
APPLICATIONS
core matière à expérimentation, à laquelle il offre pour élément les faits qu’il a observés.
11 tire de ces observations les conclusions suivantes :
1° L’emploi des excitants n’est pas toujours aussi dangereux qu’on pourrait le croire ;
2° Bien qu’il nuise lorsqu’il est pris avec abus et en grande quantité à la fois, l’alcool potable n’est pas nécessairement dangereux quand il est bien manié et prescrit à doses fractionnées ;
3° Le soutien qu’il donne au système nerveux, très-notablement relevé par son emploi méthodique, fait très-rapidement cesser le délire qui existe dans les affections aiguës ;
4° Nul effet grave ne résulte de cette pratique, laquelle, au contraire, soutient les forces des malades, empêche l’amaigrissement et hâte la convalescence.
§ 6. Sous l’empire des idees nouvelles, Monneret (1), suivant l’exemple de Stokes, avait employé le vin à hautes doses (1/2 litre à 1 litre en 24 heures) dans les fièvres typhoïdes adynamiques. Il s’en était bien trouvé et avait remarqué que, sous l’influence des spiritueux, les troubles abdominaux s’amendaient et diminuaient, et que les hémorrhagies, soit intestinales, soit nasales, devenaient moins fréquentes.
Béhier tenta le traitement de Todd dans la fièvre typhoïde; il n’en obtint aucun succès. «Il est vrai, dit-il, que les formes étaient très-graves et la maladie déjà fort ancienne (2). » C’est pourquoi, sans doute, il a été beaucoup moins heureux que Tweedie (3).
Plus récemment, Terrier (4) justifia les doses énormes employées par les médecins anglais (50 à 100 grammes
(1) De l'emploi du vin dans le traitement de la fièvre typhoïde, in Revue de thérapeut. méd.-chir., t. 10, 1862, p. 485.
(2) Loco citato , p. 608.
(3) Lancet, 1860.
(4) Terrier, Emploi des alcooliques dans les maladies aiguës. Revue de thérapeutique, 1866, p. 369.
d’eau-de-vie ou de rhum par bouteille de Bordeaux, ou 1, 2 ou 3 bouteilles de Bordeaux en 24 heures), en montrant que les alcooliques ont beaucoup moins d’activité sur l’homme affaibli ou déprimé par la fièvre que sur l’homme sain.
D’après lui, les symptômes produits seraient bien différents dans les deux cas : tandis qu’à l’état normal se manifeste l’alcoolisme^aigu avec tousses dangers, on voit chez le fébricitant le délire s’apaiser, la céphalalgie disparaître, le pouls se ralentir, la langue, de sèche, devenir humide; à ces phénomènes se joint une augmentation des sécrétions rénales et cutanées.
Avec Stokes, Todd, Pursell et Beale, il signale les bons effets de l’alcool dans tous les états typhiques, où ce médicament lutte énergiquement contre la dépression des forces.
Dans les commentaires thérapeutiques du Codex, Gubler (1), tout en insistant sur les mauvais effets de l’alcool dans la fièvre inflammatoire, franche et intense, caractérisée par une combustion exagérée se traduisant dans les appareils et dans les sécrétions par une dénutrition rapide et une abondance d’urée, reconnaît toutefois à ce médicament une influence favorable sur les fièvres adynamiques caractérisées par l’enrayement dans les oxydations organiques et par le refroidissement. Il fait ressortir combien, dans ce cas, l’alcool peut rendre de services considérables, «soit en se comportant comme un aliment respiratoire et en ralentissant la dénutrition, soit en rendant agissantes des forces radicales à l’état latent, soit en rendant à chaque instant au système nerveux la force qui lui manque. »
Enfin, Jaccoud (2), reconnaissant ce qu’il y a d’exagéré et d’exclusif dans les principes formulés par Todd, dans le traitement d’ailleurs si complexe et si variable de la pneumonie, et suivant l’exemple de son maître Béhicr, n’admet
(1) Page CGC et suiv.
(2) Leçons de cliniquc'médicale, par S. Jaccoud. Paris, 1807, p. 78 et suiv.
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d’abord qu’une seule indication véritable de l’alcool chez les pneumoniques : c’est Y adynamie.
« Donner de l’alcool dans l’adynamie fébrile, dit-il, c’est venir directement au secours du malade que la fièvre consume, c’est lui fournir un aliment excessivement combustible, à décomposition très-rapide, dont la combustion limite nécessairement la dépense de l’organisme fébricitant. En d’autres termes, la combustion cxagéréqqui est le fait de la fièvre est entretenue en partie aux dépens de l’alcool absorbé, au lieu d’être alimentée tout entière par la substance organique elle-même. »
Mais dans son traité de pathologie interne, le savant médecin de l’hôpital Lariboisière étend considérablement les indications de la médication alcoolique dans divers états morbides, où son utilité s’explique par l’action spéciale de l’alcool, qui détermine souvent un abaissement momentané de la température, qui stimule le système nerveux, qui présente à la combustion fébrile un élément facilement combustible, qui restreint par là la consomption organique et devient un agent d'épargne (1) .
Jaccoud préconise l’emploi des spiritueux, non-seulement dans la pneumonie, mais encore dans la fièvre typhoïde, dans U variole, dans la scarlatine, dans l’érysipèle, en un mot, dans toutes les pyrexies à cycle continu et déterminé, dans lesquelles le praticien se trouve en face des mêmes indications.
Quant à nous, qui expérimentons depuis deux ans la médication alcoolique, dans notre service du Val-de-Gràce, où nous avons administré les spiritueux dans un certain nombre d’affections fébriles (fièvres typhoïdes, varioles, pneumonies franches, rhumatismes articulaires aigus, etc.), nous espérons que les heureux résultats constatés à la suite de nos essais paraîtront suffisants pour faire entrer dans la pratique une méthode thérapeutique trop longtemps regardée comme peu efficace ou trop dangereuse, et dont l’importance et l’innocuité nous semblant aujourd’hui parfaitement démontrées.
(1; Traité de pathologie interne , 1871, t. 2, lr<! partie, p. 70.
Y. — De l'alcool considéré comme excitant du système
nerveux.
§ i. C’est principalement comme excitant général du système nerveux que l’alcool est préconisé habituellement en thérapeutique. A ce titre, tous les cliniciens vantent ses heureux effets pour combattre cette série de troubles divers que Brown rapportait à l 'asthénie et Pinel à Y adynamie et que Trousseau considérait comme représentant l’affaiblissement uniforme et simultané de tous les systèmes de l’économie (1).
Grâce à l’excitation prompte, vive et instantanée que l’alcool détermine vers le système cérébro-spinal, et que personne ne peut mettre en doute, résulte une influence plus grande de ce système sur les appareils qu'il anime.
On s’accorde pour reconnaître l’utilité des spiritueux dans certains états torpides, où leur ingestion est rapidement suivie d’un réveil soudain des formes vitales et d’un surcroît d’exaltation et d’énergie des diverses fonctions organiques. D’où leurs indications généralement acceptées dans les syncopes, les pertes de connaissance, qui résultent d’un affaiblissement généfal de l’organisme, ou qui surviennent à la suite d’une forte hémorrhagie ou d’une perturbation violente du système nerveux (commotion, état de torpeur ou de somnolence) ; dans tous les états d’atonie, de langueur et d’épuisement, dans les affections a frigore , dans la période de dépression ou de concentration (Gubler); dans l’algidité, soit consécutive à l’action prolongée du froid, suit due à un arrêt subit dans les oxydations organiques et dans les échanges respiratoires (choléra), enfin dans l’adynamie survenant pendant le cours ou le déclin d’une affection longue et profondément débilitante (pneumonie, fièvre typhoïde, etc.).
§2. Outre l’adynamie, Trousseau admet qu’un autre état peut être avantageusement combattu par les alcooliques :
(1) Trousseau et Pidoux, Traité de matière médicale et de thérapeutique, t. 2, 7e édit., p. 706.
A IMPLICATIONS
nous voulons parler de Y ataxie, caractérisée, dans certaines maladies, par du délire, de l’agitation, de l’insomnie, des troubles nerveux pinson moins intenses, et qui dans d’autres se rapproche singulièrement de la malignité , si bien que pour l’illustre clinicien de l’Hôtel -Dieu, ces deux états peuvent être confondus ensemble.
Il est vrai qu’avant Trousseau, les auteurs avaient insisté sur la valeur de l’alcool contre le délire de la pneunomie et avaient noté que ce symptôme si grave pouvait, dans certains cas, se dissiper sous l’influence d’une simple dose d’eau-de-vie; mais on 11e s’expliquait pas nettement cet effet surprenant.
Van Swieten et Chomel avaient donné le précepte de donner de l’alcool aux ivrognes atteints de maladies aiguës, pour combattre le délire si commun chez eux. Cette pratique avait été suivie par leurs successeurs, et on en avait reconnu les excellents résultats, sans déterminer nettement la tolérance et les effets de l’eau-de-vie dans ces cas.
Il n’y a guère que dans ces derniers temps que des recherches nouvelles, ayant déterminé les conditions étiologiques du délire, ont montré que l’on de\ait attribuer cet état à des lésions organiques différentes et même opposées, des centres nerveux. O11 sait en effet que le délire n’a pas nécessairement pour cause un état congestif ou inflammatoire des organes centraux de l’innervation, mais qu’il peut être dû à l’anémie célébrale.
C’est ainsi que Trousseau (1) put considérer dans la pneumonie plusieurs sortes de délires, dont quelques-uns sont, d’après lui, justiciables de la médication alcoolique.
Il fut un des premiers à insister sur l'utilité du musc, des toniques et des excitants dans le délire ataxique ou nerveux ; cas où, le cerveau étant privé de la quantité de sang nécessaire à son fonctionnement normal, l’alcool rend des services incontestables par l’afflux sanguin qu'il détermine vers l’encéphale.
Après lui, Béhier appela l’attention sur le délire nerveux
(t) Locn cilato, p. 248.
de l’érysipèle et sur l’action curative déterminée par les spiritueux contre cette complication.
Plus récemment, Guider (1), tout en signalant comme dangereuse l’administration des alcooliques, quand on soupçonne une phlegmasie ou une congestion cérébrale, par exemple dans le délire qui s’accompagne de rougeur de la face, de diminution des pupilles, d’injection des sclérotiques, indique leur utilité, au contraire, dans le délire nerveux, où la face est pâle, la pupille moyenne ou largement dilatée.
Aussi, l’on s'accorde aujourd’hui pour prescrire ou défendre les alcooliques dans les maladies aiguës, à tenir compte de l'état général, de l’excitation circulatoire et surtout de la chaleur morbide que le malade présente. Lorsqu’avec le délire on constate un pouls petit et faible, une respiration lente et difficile, la dépression des forces, le refroidissement de la peau, on recourt aux spiritueux avec confiance, car dans cescas, ils remplissent une double indication en faisant cesser du meme coup le délire et l’adynamie.
Quant à « la fièvre inflammatoire franche et intense, caractérisée non-seulement par l’accélération du pouls et l’exaltation de la température, mais encore par l’excès de la combustion respiratoire, la dénutrition rapide etl’extrôme abondance de l’urée et des produits de la dénutrition dans la sécrétion rénale» (Gubler), on la considère comme une contre-indication formelle de l’emploi des préparations alcooliques.
§ 3. L’utilité de ces préparations contre l’adynamie et contre le délire nerveux est trop évidente pour qu’on puisse la mettre en doute. A titre de stimulants généraux, elles rencontrent darrs une foule de maladies des indications certaines que nous sommes le premier à reconnaître et à utiliser.
Mais nous croyons que la médication alcoolique comporte d’autres indications, sur lesquelles nous nous faisons un devoir d’appeler ici l’attention des praticiens.
Il y a un fait qui nous a frappé depuis longtemps à pro-
( \)Loco citato, p. C33.
APPLICATIONS
pos des propriétés que l’on attribue généralement aux agents excitants, c’est que l’on considère l’excitation déterminée à la suite de leur application sur l’organisme ou de leur introduction dans l’économie comme s’étendant nonseulement aux fonctions animales (sensibilité, intelligence, volonté), mais encore aux fonctions organiques (nutrition, calorification, circulation, etc.).
Ainsi, Barbier (d'Amiens) (1) considère les stimulants comme déterminant l’excitation de toutes les fonctions, même de la nutrition (augmentation de la masse du sang, plénitude du pouls, rougeur delà face, complexion pléthorique, tendance aux maladies inflammatoires et aux hémorrhagies).
Les médicaments excitants sont, d’après Trousseau (2), « des agents capables de susciter une sorte de fièvre caractérisée par un surcroît d’énergie dans l’impulsion du cœur et par la fréquence de ses battements, par l’augmentation de la chaleur delapcan et par les modificationsnombreuses dans les phénomènes intimes de la nutrition, qui accompagnent ordinairement ce que, dans le langage pathologique, on est convenu d’appeler fièvre inflammatoire éphémère. »
Pour le savant clinicien de lTIôtel-Dieu, toute la question de la médication excitante se réduit à ceci : apprécier les circonstances dans lesquelles il est bon de stimuler le système nerveux et de susciter la fièvre vasculaire ou angéioténique (3) .
« Jamais, dit-il, quand une fièvre vasculaire se montre avec énergie, que le pouls est plein, que les sécrétions se font régulièrement, jamais il ne nous viendra à l’esprit de recourir à des médications excitantes, quand bien même il nous serait possible de ne découvrir aucune lésion locale importante; et, au contraire, nous n’hésiterions jamais à donner des excitants énergiques, si en même temps que l’auscultation nous permettait de constater une péripneu-
(1) Traité de matière médicale et de thérapeutique, 2e édit , 1824 t. 1, p.235.
(2) Loc. cit., p. 70(4.
^3) Loc. cil., p. 88ti.
munie fort étendue, nous \oyions le pouls petit et faible, la respiration lente, la peau refroidie et les forces musculaires déprimées. »
§ 4. Nous n’aurons pas de peine à faire ressortir combien cette façon d’envisager les excitants, adoptée par les thérapeutistes les plus éminents, est en désaccord avec les faits physiologiques. Nous avons vu que l’alcool (et il partage cette propriété avec toutes les substances stimulantes) , tout en excitant les fonctions animales, déprime les fonctions organiques, et les nombreux faits que nous avons invoqués pour expliquer cette influence opposée des spiritueux sur les deux systèmes de la vie de relation et de la vie végétasive ont dû paraître suffisants au lecteur (nous l’espéront du moins), pour lui montrer l’erreur qui, depuis plusieurs années, s’est enracinée dans la thérapeutique à propos de la médication excitante, parce que dans l’appréciation des effets médicamenteux des agents stimulants, on a négligé de prendre continuellement pour guides leurs effets physiologiques.
11 faut considérer avant tout, dans les stimulants, des nervins , des hypersthénisants céphalo-rachidiens (Giacomini) (1), c’est-à-dire des agents qui impressionnent spécialement le système cérébro-spinal, qui n’interviennent dans le fonctionnement des actes végétatifs qu’indirectementpar leur action sur les nerfs vaso-moteurs sympathiques, et qui, loin d’exciter la nutrition, de favoriser les oxydations organiques, d'augmenter la combustion fébrile, déterminent la contraction du système vasculaire, produisent l’anémie et le refroidissement des organes, restreignent la production du calorique dans l’économie.
On nous objectera sans doute que l’alcool peut déterminer la fièvre, que son ingestion à dose modérée est suivie de toutes les apparences d’une fièvre légère, artificielle et passagère (accélération de la circulation, augmentation de la chaleur cutanée, coloration des téguments); si bien qu’un
(I) Giacomini, Traite ! philosophique et expérimental de matière medicale et de thérapeutique. Traduit de l’italien. Paris, 1842.
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certain nombre d’auteurs (1) ont cru devoir recourir à certaines théories pour expliquer la fièvre alcoolique.
Mais, ce qui constitue la fièvre, ce n’est point la stimulation du système cérébro-spinal, pas plus que l’excitation des grandes fonctions de l’économie (circulation, respiration, etc.); c’est l’élévation de la température, qui se lie intimement à la combustion plus active, à la transformation plus complète des éléments organiques.
L’alcool n’est pas un agent pyrogène [ftebererrengen], puisque, comme nous l’avons vu, il ne détermine pas dans l’économie d’élévation de température. En réalité il n’y a pas de fièvre alcoolique, mais il y a une excitation alcoolique, ce qui est bien différent.
§ 5. C’est à titre ch excitant général que l’alcool a été préconisé dans la période algide du choléra, d’abord par Magendie, en 1832, puis par J. Guyot en 1849 et en 1860 (2).
Quand le pouls est imperceptible, que la circulation participe à la torpeur qui s’étend dans les principaux appareils et que le sang stagne dans les vaisseaux, les excitants (rhum, eau-de-vie, café, thé) sont prescrits avec succès pour combattre ces symptômes menaçants; leur emploi peut réveiller les fonctions engourdies et languissantes. Mais c’est à tort que 3. Guyot a considéré l’alcool comme un spécifique du choléra.
On pourrait peut-être rapportera l’excitation que cet agent détermine vers les centres nerveux l’heureuse influence qu’il a présentée dans l’empoisonnement consécutif à la morsure de serpents venimeux (de la Géronnière, Paterson).
Quant aux guérisons de tétanos rapportées par un certain nombre d’auteurs à l’emploi des préparations alcooliques, nous n’avons pas besoin d’y insister, vu l’obscurité qui règne encore sur la nature de cette singulière affection, et l’incertitude et l’insuccès avec lesquels on a dirigé contre elle les moyens curatifs les plus énergiques.
(1) Barrel de Pontevès, Des neifs vaso-moteurs cl de la circulation capillaire. Thèse de Paris, 1864. — Gingeot, loc. cil.
(2) Union médicale, 1849 et I8G0.