VI. — De P alcool considéré comme antipyrétique
§ 1 . La fièvre est essentiellement une combustion (1).
Donc, traiter la fièvre, c’est combattre la chaleur morbide, c’est atténuer et restreindre sa redoutable et pernicieuse action, c’est enrayer ses principales sources de production: les oxydations intra-organiques et les réactions chimiques, qui se passent dans l’intimité des éléments et dans la profondeur des tissus.
Telles sont les indications principales qu’un praticien judicieux ne manque pas de remplir, par l’emploi ries divers agents antipyrétiques , dont l’influence anticalorifique peut être attribuée soit à des modifications chimiques qu’ils éprouvent eux-mêmes au sein de l’économie et s’accompagnant de l’absorption d’une certaine quantité de chaleur (ex.: acide oxalique se dédoublant en acide carbonique et hydrogène, d’après Berthelot), soit au ralentissement et à la diminution des oxydations organiques, que leur présence dans le sang ou dans les tissus imprime aux éléments vivants (ex. : acide arsénieux); phénomènes qui, dans tous les cas et quelle que soit leur nature, se traduisent extérieurement par un abaissement de la température et par une diminution des résidus éliminés par les sécrétions.
Ces agents peuvent être rangés sous la dénomination d’antipyrétiques directs ou chimiques.
§ 2. — De plus, sous l’influence de l’élévation de la température et de réchauffement du liquide sanguin et des tissus, se manifestent chez le fébricitant une série de phénomènes, que l’on a eu tort de rapporter, selon nous, à une excitation du système nerveux, car on constate alors de la prostration, de l’abattement, de la perte des forces, de la diminution des facultés intellectuelles, sensitives et motrices, phénomènes qui indiquent suffisamment la dépression du système cérébro-spinal; en même temps la dilatation du réseau vasculaire, la rougeur des téguments, la
(1) Voy. Nouveau Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, t. 14, article Fièvre, par Hirtz.
APPLICATIONS
congestion des parenchymes et des tissus, la diminution de la tension artérielle, dont dépendent l’accélération des battements du cœur et la vitesse du pouls, sont des signes suffisants pour indiquer la paralysie du système vasomoteur.
D’après cela, surgit contre l’état fébrile une indication thérapeutique inattendue : c’est d’exciter le système nerveux , de façon non-seulement à réveiller l'activité des fonctions cérébro-spinales plus ou moins émoussées et engourdies, mais encore à ranimer l’excitabilité des vasomoteurs, à déterminer la contractilité des éléments vasculaires, à ramener à son degré habituel et à son état normal la tension artérielle diminuée, à régulariser et à modérer la progression du sang dans l’appareil circulatoire.
Tels sont les effets que déterminent chez le fébricitant les agents connus sous le nom à' excitants ou de stimulants , dont le principal représentant est l’alcool, et que nous n’hésitons pas à ranger parmi les antipyrétiques indirects ou circulatoires , à côté de certaines substances qui n’agissent sans doute pas différemment, comme la dir/itale, le veratrum viride , etc.
§ 3. Enfin, on peut rattacher l’influence antipyrétique de l’alcool et des agents excitants, non-seulement aux modifications qu’ils déterminent dans le système vasculaire, mais bien à l’excitation elle-même qu’ils produisent dans le système nerveux.
Si l’on tient compte, en effet, dans l’explication des effets dynamiques et physiologiques des substances médicamenteuses, du principe, universellement admis aujourd’hui, de la transmutation des forces , l’excitation imprimée par l’alcool à l’appareil cérébro-spinal et aux fonctions qu’il gouverne, devant s’accompagner fatalement de dépense de force et par suite de consommation de chaleur, il doit en résulter nécessairement un certain refroidissement dans l’organisme soumis à cette excitation.
§ 4. C’est à l’influence de l’alcool sur la chaleur fébrile que nous croyons devoir attribuer les succès constatés après son emploi, par ïodd, Béhier, Gingeot, dans la
pneumonie aiguë, Béhier dans le rhumatisme articulaire aigu, Stokes et Monneret dans la fièvre typhoïde, Legras dans l’érysipèle, J. Guyot, Ilérard, Burdel et Godfrin contre les accès de fièvre paludéenne, Manassein dans la septicémie (1).