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IX. — De r emploi de ï alcool dans la variole

Pendant le terrible hiver de 1 87 0-7 3 , chargé du service des varioleux au Val-de-Grâce, nous avons été à même d’employer, chez plusieurs malades, la médication alcoolique, et nous avons pu nous convaincre de l’utilité des spiritueux dans certaines formes de varioles graves ou anormales.

11 y a d’abord un fait qui nous a frappé dans ces cas: c’est l’influence évidente de l’alcool sur la marche de la température.

On sait que le tracé thermométrique de la variole simple, sans phénomènes menaçants et sans complications, présente deux ascensions, dont la première commençant le 1er jour de la maladie progresse graduellement jusqu’au 3e ou 4e jour, c’est-à-dire jusqu’au moment de l’éruption, et dont la seconde, survenant au bout de deux ou trois jours, indique la période de suppuration, qui se termine lentement, graduel-

APPLICATIONS

lement et irrégulièrement vers le 19e jour. (Ilirtz.) (Voy. courbe 15.)

Grâce à l’administration des préparations alcooliques dès le début de la maladie, on peut refréner la chaleur fébrile, qui, lorsqu’elle devient excessive et atteint 41°, peut être une cause de mort (Voy. courbe 17).

En même temps, si l’on a soin de continuer l’emploi des spiritueux, on peut diminuer et même supprimer presque complètement le fastigium qui correspond à la période de suppuration. Sous l’influence de ce traitement excitant et réparateur, la durée de cette période peut être abrégée, et la convalescence arrive plus rapidement (Voy. courbe 16).

Nous ne pouvons nous étendre sur ces résultats importants constatés dans un grand nombre d’observations (près de 300) que nous avons recueillies dans nos salles.

Ajoutons que nous nous sommes bien trouvé de l’emploi des spiritueux à hautes doses contre le délire coïncidant, pendant l’invasion ou la période d’éruption de la maladie, avec une chaleur fébrile excessive (Voy. courbe 18). Nous avons eu la satisfaction de voir ces faits également constatés par S. Jaccoud, dont le traité de pathologie interne présente plusieurs tracés thermométriques qui viennent à l’appui de nos propres observations (1).

Dans les cas de varioles hémorrhagiques primitives accompagnées d’adynamie considérable etde dépression des forces caractérisée par les pétéchies et les effusions sanguines coïncidant presque toujours avec une éruption lente et difficile, nous avons administré avec succès les spiritueux et les excitants à hautes doses (eau-de-vie en potion, thé au rhum, vin chaud, vins généreux), ainsi que les affusions et les douches froides, et c’est, en grande partie à ce traitement que nous rapportons la faible mortalité que nous avons constatée (10 décès sur 16 malades), dans des cas considérés ordinairement comme fatalement mortels (Voy. courbe 19) .

Quant aux varioles hémorrhagiques secondaires accompagnées généralement de complications thoraciques (broncho-pneumonie, engouement pulmonaire) et caractérisées

(1) Loc. cit., t. 2, p. 670.

par le ratatinement et la teinte noirâtre des pustules, l’apparition de nombreuses taches ecchymotiques à la surface des téguments avec tendance au collapsus et, pendant la convalescence, par l’apparition de nombreux furoncles et d’énormes abcès superficiels ou intramusculaires, la médication alcoolique appliquée dans ces cas nous a semblé donner les meilleurs résulats.

Sur 56 malades atteints de varioles hémorrhagiques secondaires, nous n’avons eu à enregistrer que 18 décès.

Nous ne saurions trop insister sur ces faits, qui démontrent jusqu’à l’évidence l’opportunité des agents excitants appliqués au traitement d’affections longues et débilitantes et d’autant plus dangereuses et meurtrières qu’elles frappent des individus souffreteux, mal nourris et affaiblis par les fatigues et les privations, ainsi que se présentait la population parisienne pendant l’investissement de la capitale.

Mentionnons ici l’heureux emploi que nous avons fait à la même époque des préparations spiritueuses, dans certains cas de scarlatine et de rougeole, soit pour lutter contre l’adynamie, soit pour modérer la chaleur fébrile.

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