IV. Action de l'alcool sur le saïuj
L’alcool détermine dans le sang des modifications physiques, chimiques et physiologiques.
§ 1er. Effets physiques. — Dans cette intéressante étude, trois procédés ont été employés :
a) Le premier consiste à soumettre du sang tiré d’une veine à l’action de l’alcool, en mélangeant les deux liquides à l’air libre. C’est ce qu’a fait Scliultz (1), qui a constaté que l’alcool versé dans du sang frais amène sa coagulation, après lui avoir communiqué une coloration noirâtre, due à ce que la matière colorante des globules se dissout dans le sérum.
De leur côté, Monneret et Fleury (2) ayant mélangé parties égales d’alcool et de sang tiré d’une veine, virent le' mélange former un liquide noirâtre, mais ils ne remarquèrent pas de coagulation.
L. Lallemand, Perrin et Duroy ont contrôlé ces expériences, et ont conclu de leurs recherches, que les résultats différents obtenus précédemment dépendent du degré de concentration de l’alcool employé. Tandis que 20 grammes d’alcool à 28°, versés dans 60 grammes de sang au sortir de la veine, déterminent immédiatement la formation d’un coagulum, la même expérience faite avec de l’alcool à 21° ne produit qu’une coagulation légère, et avec de l’alcool à 16° il ne se forme pas de coagulation (3).
Nous avons vérifié nous-même cette action de l’alcool sur le liquide sanguin. Nous avons remarqué, comme les observateurs précédents, que la coagulation est d’autant plus rapide et plus parfaite, que l’alcool employé est plus concentré.
b) Le second procédé consiste à injecter une certaine
(J) Schultz, De ali mentor um concoctione expérimenta nova ; accedif. oratio de phynologia veterum et recemiorum comparatts , etc. In-4°, Uerolini, 183-4.
(2) Compendium de médecine pratique, l. S, p. 200.
(3) Loc. cit., p. 44 et suiv.
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quantité d’alcool dans un vaisseau, et à examiner le liquide sanguin, après avoir sacrifié l’animal soumis à l'expérience.
Les résultats varient encore suivant les observateurs.
Contrairement aux expériences de Fr. Petit (1) et de Royer-Collard (2), qui indiquent la coagulation du sang et la mort rapide à la suite d’injection de liquides alcooliques dans la veine jugulaire d’animaux vivants, Magendie ne constate aucun accident après l’injection, dans la veine jugulaire d’un chien, d’eau-de-vie additionnée de son volume d’eau.
Avant lui, Orfila (3) avait reconnu, après une expérience semblable, que le sang, fluide et rougeâtre dans le ventricule gauche, offrait plusieurs caillots d’un aspect gélatineux dans les cavités droites du cœur.
Nous savons maintenant à quoi nous devons attribuer ces différences; les expériences de Lallemand, Perrin et Duroy nous ont éclairé à ce sujet. Il en résulte que la mort immédiate ne se produit pas, quand on prend la précaution d’injecter dans les veines de l’alcool assez dilué pour que la propriété qu’il possède de coaguler l’albumine du sang soit annihilée. Dans ce cas, le sang reste limpide et conserve à peu près sa coloration normale.
c) Reste le dernier procédé qui a été le plus souvent employé, c’est l’examen du sang à la suite de l’ingestion d’alcool dans l’estomac.
L’autopsie des individus morts cà l’état d’ivresse avait indiqué depuis longtemps que le sang devient noir et acquiert une fluidité spéciale, caractéristique de tous les genres d’asphyxie. Quelques observateurs, entre autres Magnus lliiss (4), avaient indiqué, comme effet de l’alcool sur le sang, la richesse de ce liquide en globules graisseux. Les expériences de Lallemand, Perrin et Duroy ont confirmé ces faits (5).
(1) Fr. Petit, Lettre d’un médecin des hôpitaux du roi. 1710.
(2) Royer-Collard, Compendium de médecine pratique, l. a.
(3) Orfila, Traité de toxicologie , 4e édit., t. 2.
(4) Magnus Hiiss, Cronischc AlcOhols-Krankhcil. Stockholm, 1832.
(5) Loc. cit., p. 39.
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Chez un chien alcoolisé, « le sang veineux, disent-ils, avait perdu sa couleur habituelle ; sa surface était parsemée d’un grand nombre de points brillants, ayant l’aspect de parcelles miroitantes de cholestérine. A la loupe et au microscope, on reconnaissait qu’ils étaient constitués par des globules graisseux.
« Le sang tiré de l’artère crurale avait conservé, les qualités apparentes du sang artériel : il était d’une belle couleur vermeille, mais il contenait aussi des globules graisseux qu’on voyait nager à la surface.
« Ce n’est que lorsque la respiration est très-difficile, que le sang artériel perd sa couleur vermeille et prend une cofloration foncée, analogue à celle du sang veineux. »
§2. Effets chimiques. — Maintenant, quelle est l’influence de l’alcool sur les divers gaz contenus dans le sang ? Sa présence influe-t-elle sur la proportion de l’oxygène et de l’acide carbonique? A-t-il une action spéciale sur le globule sanguin? On comprend combien la solution de ces questions doit jeter de lumière sur le rôle, encore bien obscur, qu’on assigne à l’alcool dans les échanges si nombreux et si importants s’exerçant entre le globule sanguin et le milieu dans lequel il baigne. Une pareille étude est digne des recherches approfondies et des minutieuses investigations de la physiologie expérimentale et surtout de la chimie organique ; pourtant elle est à peine commencée.
En effet, d’après les travaux les plus récents des savants allemands et français, « les globules rouges se composent de deux parties : une matière fondamentale ou stroma, une matière colorante, l’ hémoglobine, toutes deux albuminoïdes. Dans le stroma, on trouve : a) du 'protoplasma , analogue à celui des globules blancs; b) la globuline (Lecanu, Schmidt); c) le protagone , découvert en 1866 par O. Liebreich, matière grasse et phosphorée, qui se trouve non-seulement dans la substance nerveuse et les globules rouges, mais encore dans le plasma du sang (1). »
Or, on admet que les globules de graisse, constatés par
(1) Godfrin, loc. cit., p. 43, en note.
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Magnus Hüss et Perrin, dans le sang des animaux 'alcoolisés, se produisent par le doublement du protagone en acide oléique, phosphoglycérique, etc.
§ 3. Effets physiologiques. — D’après Bœcker (1), l’alcool cimenterait en quelque sorte l’oxygène et les globules, d’où résulterait une combinaison assez stable pour soustraire les tissus de l’organisme à l’action destructive de l’oxygène. Les globules, chargés de porter ce dernier gaz dans l’intimité des tissus, subiraient ainsi une véritable paralysie, enrayant complètement leurs fonctions (Jung) (2).
Bouchardat (3) admet que l’alcool, dans le sang, subit l’action comburante de l’oxygène, et que les globules sanguins, étant ainsi privés de ce gaz vivificateur, sont asphyxiés et perdent leur couleur vermeille.
Quant à Maurice Perrin (Zi), il pense que l’alcool « exerce une sorte d’action de présence ou catalytique, en vertu de laquelle il y a diminution dans la quantité d’acide carbonique exhalé par la respiration », ce qui indiquerait un ralentissement dans l’activité de l’oxydation intravasculaire et par suite dans la production de la chaleur animale.
On voit, par ces quelques citations, combien l’action de l’alcool sur les éléments du sang est peu démontrée.
Pour nous, nous croyons que l’alcool joue un certain rôle dans les échanges qui s’opèrent continuellement entre les globules sanguins et le sérum, leur milieu nourricier et réparateur. Nous insisterons sur ce fait, que les auteurs ont à peu près négligé complètement.
Considérons, en effet, le globule sanguin. C’est grâce au pouvoir osmotique de ses parois qu’il peut renouveler ses matériaux, s’assimiler ceux qui sont propres à sa nutri-
(1) Bœcker, Frank's Magasin, t. 4, p. 762.
(2) E. Jung, Des effets physiologiques et thérapeutiques de l’alcool thèse de Paris, 1869.
(3) Bouchardat, Action comparée des boissons alcooliques sur les animaux.
(4) M. Perrin, De l’influence des boissons alcooliques à doses modérées sur la nutrition ( Gazette médicale de Paris, 1865, p. 62).
tion, rejeter les détritus qui proviennent de l’usure et de la désassimilation de ses éléments.
D’après cela, on conçoit que les résidus des réactions intimes qui se passent dans le globule sanguin doivent traverser les parois de celui-ci plus difficilement de dedans en dehors, quand le sérum renferme un certaine quantité d’alcool, puisque alors le courant osmotique tend à se faire plutôt de dehors en dedans (Graham, Dutrochet).
Ainsi, d’après ce simple phénomène physique, on s’expliquerait comment l’alcool peut enrayer la nutrition et la vitalité des globules sanguins, en déterminant dans leur intérieur un arrêt et un entassement des matériaux devenus impropres à leur fonctionnement, et en enrayant du même coup le pouvoir attractif et électif qu’ils exercent sur les matériaux utiles et réparateurs contenus dans le sérum.