DE L ACTION PHYSIOLOGIQUE
cool peut être « immédiatement converti en eau et en acide carbonique, tout en se transformant quelquefois, d’abord en un produit intermédiaire, l'acide acétique » .
Quelque temps après, Duchek (1) avait publié le résultat de ses expériences faites sur les chiens, et d’après lesquelles il avait admis que l’alcool subissait une série de transformations (aldéhyde, acide acétique, acide oxalique, acide carbonique), et passait ainsi graduellement par divers degrés d’oxydation.
§ 2. — Aussi, cette oxydation de l’alcool dans nos tissus était-elle admise par tous les physiologistes, parmi lesquels nous nous contenterons de citer Wœhler, Tiedemann et Gmelin, Longet, Béclard, quand apparut l’important mémoire de L. Lallemand, M. Perrin et Duroy, couronné par l’Académie des sciences en 1861 , et destiné à battre en brèche les théories de Liebig, de Bouchardat et de Duchek, et à leur substituer une théorie nouvelle fondée sur de nombreuses expériences. Ces habiles observateurs ont consigné leurs résultats dans les conclusions suivantes :
« On constate la présence de l’alcool en nature :
« a) Dans les principaux liquides et solides de l’économie, principalement dans le sang, dans le cerveau et dans le foie, d’où on l’extrait, par la distillation, dans les proportions suivantes :
«b) Dans les produits de l’expiration pulmonaire, dans les sueurs et dans les urines.
« 2° Les liquides et les solides des animaux alcoolisés ne renferment ni aldéhyde, ni acide acétique, ni acide oxalique, par conséquent aucun des produits intermédiaires à l’oxydation de l’alcool, comme l’avait admis Duchek.
« L’alcool passe inaltéré à travers l’organisme et est éli-
Sang. .
Foie. .
Cerveau
(I) Praq., Vicrteljahrsrhrifl ' für die praktisclie Heilkunde, 1853. — L'bcr dus Ycrhalten des Alkohols im thierischen Orgamsmus.
de l'alcool. 23
miné en nature par les sécrétions (poumons, peau, reins) » (1).
§ 3. Cette nouvelle théorie fut acceptée avec étonnement, mais avec enthousiasme, par le monde savant, et le rôle de l’alcool sur la nutrition fut complètement rejeté, malgré tous les travaux antérieurs qui avaient été entrepris pour le démontrer.
Cependant les expériences de Lallemand et Perrin n'étaient pas assez rigoureuses pour ne pas rencontrer de contradicteurs ; déjà Racle (2), auquel iis avaient communiqué leurs travaux pour sa thèse de concours d’agrégation publiée avant l’apparition de leur mémoire, avait été frappé des conclusions si absolues qu’il y avait rencontrées.
Peu de temps après, Gallard (3) avait appelé l’attention sur la faible quantité d’alcool constatée dans les sécrétions, comparativement à la quantité qui avait été absorbée.
En 1863, E. Baudot (4), dans un travail très-intéressant publié dans Y Union médicale , contesta la valeur et la légitimité des conclusions que les savants professeurs du Valde-Grâce avaient tirées de leurs expériences.
Il compare la quantité d’alcool recueillie dans les sécrétions à la quantité d’alcool absorbée, ainsi que l’indique le tableau suivant, où sont consignés les résultats des principales expériences de Lallemand et Perrin :
lre
expérience :
: Alcool ingéré, 120gr.~
-Alcool recueilli, ü
id.
ld.
Id.
2 centim. cub.
id.
Id.
Id.
2 grammes.
id.
Id.
Id.
traces.
id.
Id.
Id.
traces.
Il constate que l’aréomètre est suffisant pour déceler la présence de l’alcool dans l’urine, et même pour en mesurer la quantité, quelque minime qu’elle soit : sur vingt-deux expériences qu’il institue sur plusieurs sujets auxquels il
(1) Loc. cit., p. 230 et 231.
(2) Racle, Étude sur l'alcoolisme.
(3) Gallard, Union médicale, nouv. série, t. 10, p. 170.
(1) E. Baudot, Union médicale, 1863, 4e trimestre, p. 273, 357,374 et 390.
24 l>E l’action physiologique
lait ingérer une certaine quantité de vin, et en employant l’aréomètre pour déterminer Ja richesse de l’urine en alcool, deux ibis seulement il trouve ce liquide en quantité appréciable, Ogr. 75 d’une part et 10 grammes de l’autre ; le premier de ces chiffres correspondait à l’ingestion de 4 litres de vin, le second à l’ingestion de 305 centimètres cubes d’alcool.
Dans les vingt autres expériences, l’alcoomètre ne décèle môme pas la présence de ce liquide ; on en constate des traces seulement dans quelques produits avec la liqueur d’essai (solution de bichromate de potasse dans l’acide sulfurifique employée par Lallemand et Perrin.
Mais Baudot va plus loin, trop loin selon nous, en concluant de ses expériences que l’alcool est un aliment, sans pouvoir déterminer quelles sont les altérations qu’il subit dans l’organisme.
La réponse de M. Perrin ne se fit pas attendre. Dans son long plaidoyer, l’habile physiologiste, négligeant l’objection capitale faite par son contradicteur, à savoir la faible quantité d’alcool éliminée par. la voie rénale et par les autres sécrétions, soutient que l’alcool ne peut être un aliment, parce qu’il ne possède pas les propriétés qu’on assigne ordinairement aux substances alimentaires, et rattache tous les effets des spiritueux dans l’économie à leur action sur le système nerveux (1).
Aujourd’hui la question est à peu près jugée, grâce aux recherches récentes qui ont été entreprises en Allemagne. Strauch (2) confirma les expériences de Lallemand, Perrin et Duroy, en démontrant de nouveau la présence de l’alcool en nature dans les divers organes (cerveau, poumons, foie, rate, rein) et dans le sang.
En 1806, parut le mémoire de Schulinus (3) qui, ayant
(1) M. Perrin, Réponse à M. Em. Baudot ( Union médicale, 1863 4e trimestre, p. 582).
(2) Strauch, Dr dcmonstrationc spiritus vint in corpus ingcsli. Dorpat, 1862.
(3) H. Schulinus, l iber die wirkumj des alcohols (Archiv. der Hcilundc, 2, 1866).
de l’alcool. 25
institué des expériences plus rigoureuses que celles de ses prédécesseurs, reconnut que, parmi les divers tissus de l’organisme qui renferment de l’alcool, c’est toujours le sang qui en contient le plus, et démontra que, loin de représenter toute la masse ingérée, l’alcool éliminé en nature par les sécrétions n’en constituait qu’une fraction excessivement faible.
Il faut donc en conclure que la majeure partie de ce liquide est détruite dans l’économie.
§ 4. — Maintenant, quelle altération subit-elle? Nous n’en savons rien. Cependant, des recherches récentes, que nous trouvons mentionnées dans l’excellente thèse de Godfrin (1), ont été entreprises à ce sujet par Sulzynski et Maryan (2).
« Mêlant de l’alcool au sang fraîchement sorti des vaisseaux, ces expérimentateurs en retrouvent beaucoup moins par la distillation, que dans le cas où le sang a été mélangé après un séjour d’une certaine durée hors de la veine; moins encore dans le cas où il était saturé d’acide carbonique. Ils concluent de ce fait, ajouté à d’autres résultats connus, que l’alcool subit partiellement une véritable destruction dans le sang, destruction en rapport avec la quantité d’oxygène libre dans les vaisseaux. » Ajoutons que, tandis que la présence de l'alcool libre dans le sang peut seule nous expliquer les troubles du système nerveux qui constituent l’alcoolisme aigu, elle ne suffit pas pour rendre compte des effets des spiritueux sur les actes intimes de la nutrition, et des altérations des éléments organiques, qui se manifestent dans l’alcoolisme chronique.
Il est donc probable que la portion d’alcool qui se transforme et se détruit dans le sang, joue un certain rôle dans la production de ces phénomènes. Nous aurons soin d’insister sur ce point important quand nous nous occuperons
(1) Godfrin, De l'alcool, son action physiologique, ses applications thérapeutiques . Paris, 1809.
(2) Ueber die wirhung des alcohols, chloroform und œther au/ den thierischen Organismus. Dorpat, 1860, etCanstatt, 1807.
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de l’action de ce liquide sur la chaleur animale et sur la
désassimilation.