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L'auteur range, dans ce livre, parmi les « angioneuroses » une série de manifestations cliniques très diverses (urticaire, asthme, migraine, rhinite spasmodique, certaines dermatoses, certains troubles gastro-intestinaux, ou utéroovariens, pour ne citer que les principales), qui sont d’une observation clinique courante, que l’on rencontre généralement chez les mêmes sujets, et dans leurs antécédents héréditaires.
Ce qui fait l'unité des angioneuroses, c’est d’abord qu'elles ont toutes comme substratum anatomique un trouble de la vaso-motricité, dont le type est fourni par l’urticaire : c'est ensuite qu'elles procèdent par poussées, par paroxysmes limités tendant à se répéter, mais s'atténuant le plus souvent, ou même disparaissant avec le temps (elles s’opposent ainsi aux phénomènes arthritiques, durables et s'accentuant avec le temps, dont les différencie nettement l’auteur).La condition primordiale serait une susceptibilité constitutionnelle du système nerveux, un nervosisme fondamental, le plus souvent héréditaire, amenant des réactions anormales sous la moindre cause, morale ou physique. Il est presque inutile de dire que l’auteur ne donne aucune précision sur la nature de cette susceptibilité constitutionnelle, de ce nervosisme fondamental qui serait la cause profonde des angioneuroses.
Un long chapitre de ce livre est consacré aux « idiosynvrasies alimentaires » : « Les ingesta, dit l’auteur, sont une des causes déterminantes les plus nombreuses des angloneuroses ; ils opèrent, soit directement (accidents au niveau de la cavité buccale, du tube digestif), soit indirecte-
ment, par l'intermédiaire du sang (asthme, vertiges, urti-
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caire). Parmi ces ingesta, quelques-uns avaient une réputation déjà bien établie : fraises, framboises, myrtilles, miel, œufs, produits de la mer. ». L'auteur insiste surtout sur trois d'entre eux, moins connus à l’époque où il écri-
vait : l’avoine, la graine de lin, le chocolat.
« Parmi les substances qui, selon les circonstances, sont susceptibles de mettre vivement en relief l’angioneurose en puissance chez certains individus, nous avons cité
le caco et le chocolat.
Chez nombre de personnes, l'ingestion du cacao ou du chocolat est suivie d'effets inattendus. Ce n’est pas toujours l'estomac qui réagit ; le plus souvent c’est la tête qui devient le siège de la protestation du système nerveux.
Nous avons pu constater combien de personnes sont forcées de renoncer à l'usage de cette substance, les unes pour cause d’insommie ou de troubles digestifs, le plus grand nombre, parce qu’elle agit en provocateur de la migraine. »
Nous avons retenu, du livre de Rapin, quatre observa-
tions :
2e Observation. — M. T., 34 ans, commis, appartient à une famille de migraineux ; lui aussi est fort sujet à cette affection. Dès l’âge de 12 ans, il en ressentait
déjà les. atteintes ; puis les crises sont devenues plus
fréquentes ; elles occupaient surtout l’œil gauche, et s’accompagnaient de vomissements.
Ayant cessé de prendre du cacao à son premier céjeuner, M. T. remarqua bientôt que les migraines se raréfiaient. Sur ces entrefaites, il prit le parti de se fixer à la campagne, changement qui contribua égale-
ment à espacer les migraines, si bien qu'actuellement (1903), il compte à peine deux à trois crises par année.
Tout au plus ressent-il encore parfois quelques vertiges.
L'amélioration de sa santé l’ayant engagé à tenter de nouveau l'usage du cacao, la réapparition des migraines l’obligea à y renoncer. Le chocolat cuit aurait les mêmes inconvénients, tandis que le chocolat à la main dont il prend souvent un morceau le soir, passerait facilement.
M. T. ne présente guère d’autre signe d’intolérance, toutefois il ne mangera pas volontiers du jambon ou des œufs, ces mets déterminant bientôt la satiété. Il v'est pas de ceux, nous dit-il, qu'une omelette au lard pourrait tenter. Les fraises ne l’incommodent pas. Il n'a jamais remarqué chez lui d’éruption ortiée, sauf une fois à 13 ou 14 ans, un exanthème prurigineux, qui, durant deux jours, OCCupa la surface du dos. Sa peau est très sensible à la térébenthine : ayant cherché à enlever une tache à l'extrémité de sa manche au moyen de cet agent, il résulta de ce contact une dermite localisée à la main qui persista quelques jours. Il supporte bien les tissus de laine. Epistaxis fréquentes dans l’enfance.
M. T. à deux frères et une sœur. Les premiers évitent la charcuterie. La sœur est migraineuse au point d'avoir deux crises Par Semaine. La salade semblerait. en provoquer l'explosion. Il en est de même de toute préoccupation, de tout projet en perspective. Père non Mmigraineux, hémiplégique. Mère non Migraineuse, morte de congestion pulmonaire. Grand'mère paternelle à été fort sujette à la migraine. Des deux côtés, des tantes sont Mmigraineuses à un haut degré. L'une u’elles, sœur du père, accuse la Salade d’exciter les crises d'hémicrânie : elle est fréquemment atteinte aussi de poussées urticariennes.
Rapin fait suivre cette observation de M. T... par celle
de son épouse :
Eros
3e Observation. — Mme T., 39 ans, est devenue très migraineuse depuis ses fiançailles. Elle ne peut former aucun projet sans voir éclater la crise. Dysméorrhée douloureuse. De même que chez son mari, le cacao détermine la migraine. L'ingestion du lait est également une cause de migraine, surtout quand elle a lieu le soir, au moment du coucher. Mme T. évite le fromage de Gruyère pour la même raison. Jeune fille, elle ne tolérait pas les fraises. Ces fruits lui causaient des crampes d'estomac, et, pendant des années, elle n'osa y toucher ; elle les consomme aujourd'hui sans inconvénients. Fréquentes épistaxis dans l'enfance.
Mme T. n'a jamais d'urticaire, mais, depuis deux ans, à la saison des foins, elle est prise de rhinite spasmodique. Alors elle éternue beaucoup le matin ; pendant une heure ou deux, il se produit un écoulement.nasal abondant : les yeux sont larmoyants. Elle se plaint en même temps de vives démangeaisons dans l'arrière-gorge et les fosses nasales. A plusieurs reprises, elle a éprouvé des accès d'asthme nocturne. Pas d'’autographisme.
Les époux T. ont deux enfants, garçon et fille. Le premier souffre souvent de maux de tête ; les piqûres ä’insectes, celles des puces en particulier, déterminent chez la petite fille de grosses enflures.
Septembre 1903. — Mme T. m'apprend qu'elle est grosse de 3 mois, et qu’elle a bientôt reconnu l’existence de son état à la suspension des migraines, et à la tolérance pour le cacao. ; à
« Mars 1904. — Accouchement, à terme, d’un enfant qui ne vit que quelques jours.
6 juin 1904. — Mme T. à été prise ce matin d’un violent coryza qui a duré jusqu'à son départ pour la ville. À ce moment-là, elle eut l’explication de son mal, en voyant que la prairie, qui confine à son habitation, venait d’être fauchée.
1905. — Quatrième grossesse, reconnue, comme Îles
DO
précédentes, à l'extinction des augioneuroses. A l'âge de 5 semaines, le nouveau-né, un garçon, faillit être emporté par une bronchite capillaire, qui, durant huit jours, le tint dans un état dypsnéique des plus alarmants.
La mère de Mme T., que nous avons eu l’occasion d'interroger, Mme F., 62 ans, migraineuse jusqu’à 50 : ans, ne supportait pas le cacao, non plus que le chocolat cuit. Ces deux préparations lui causaient de la migraine ; actuellement encore, elle les digère mal.
Par contre, le chocolat à la main a toujours été bien Supporté. Aucun autre aliment ne l’indisposait à l’exception du café noir, qui troublait sa digestion. Durant la crise migraineuse, sa vue allait s’obscurcissant ; elle eût été incapable de lire. Mme F. a toujours souffert de constipation ; elle ne va pas à la selle sans l’aide d'un purgatif.
Ces observations nous incitent à quelques réflexions. Admirons d’abord la patience clinique de l’auteur et les soins qu'il apporte à fouiller les antécédents personnels et héréditaires de ses malades. Il est indispensable, dit-il ailleurs, pour faire le diagnostic, de trouver d’autres manifestations d'angioneuroses chez les malades, ou chez leurs ascendants ; et certains accidents, parfois imprévus, le mettent sur la piste de l’angioneurose ; c'est ainsi qu'un simple prurit, un érythème spontané ou provoqué par des causes minimes (ingestion d’aliments ou de médicaments, exposition au soleil, frottement d’un vêtement de laine), une épistaxis, une constipation sévère (qu’il explique par un spasme du gros intestin), des vomissements périodiques, certaines dysménorrhées, certaines douleurs abdominales paroxystiques, sont élevés par lui à la dignité d’angioneuro-
ses,
ÉRRO ONE
Plusieurs de ses malades étaient encore atteints de métatarsalgie de Morton.
Ayant plusieurs observations de mort subite par hémorragie cérébrale chez des migraineux, il se demande si l'origine ne peut en être attribué à des troubles de la vasomotricité, qui ailleurs, sont susceptibles de donner lieu à des hémorragies de la muqueuse nasale. L’œdème aigu localisé au larynx, d’ailleurs admis par tous comme une forme de la maladie de Quincke, est, pour Rapin, une cause de mort subite ou rapide beaucoup plus fréquente qu'on ne le pense, et susceptible souvent d'être évitée, si elle était reconnue à temps, par une trachéotomie.
Retenons, de l'observation de Mme T.., la suppression des migraines après ingestion de chocolat, pendant ses différentes grossesses ; c’est la règle commune, et nous en retrouverons des exemples ; Mme T... faisait même sur elle, par ce moyen expérimental, un diagnostic précoce de grossesse ; voilà un signe diagnostique qu'on nest guère habitué à voir figurer dans les manuels d’obstétrique.
Retenons encore l'influence, qu’on retrouve ici comme partout, la proportion seule variant, de l'imagination, du « moral », de J« auto-suggestion », sur la production des accidents : il est déjà difficile d’expliquer pourquoi M. T... peut impunément ingérer du chocolat sec, alors que chaque ingestion de chocolat cuit est suivie d’un accès de migraine. Mais, bien plus, voici qu’il en est exactement de même pour Mme T.. « à partir de ses fiançailles », c’està-dire vraisemblablement à partir de l’époque où elle connaît son futur mari et la façon dont il réagit aux diverses
préparations de chocolat. « Identification morbide par ten-
ea en,
dresse conjugale >. » demande Rapin ; mais ici on trouve en Mme T... un terrain tout préparé, dont est témoin son hérédité chargée en accidents d'ordre angioneurotique.
Le rôle joué par le « moral » sur l’apparition des accidents est encore souligné par Rapin dans quelques observations analogues. Rappelons brièvement le cas de cette jeune fille, qui, étant sujette à l’asthme « des roses », est prise d'une dyspnée subite, en pénétrant dans une chambre, à la vue d'une rose... artificielle. Rapin cite encore plusieurs observations d’angioneuroses cessant brusquement à la suite d’un changement de milieu, d’un changement d'occupations, d’un changement de vie.
Dans l’observations suivante, les manifestations sont à prédominance d’accidents oculaires ; il s’agit d’un professeur qui accuse, cette fois, le chocolat de lui « jeter un voile
sur les yeux ».
4 Observation. — M. V.., mort à 76 ans, d’une obstruction intestinale par tumeur, n’a jamais souffert de la migraine, mais il éprouvait parfois une perte transitoire de la vue, comme si un voile obscurcissait le champ visuel. Cet état, qui n'avait que quelques minutes de durée, se manifestait graduellement de bas en haut jusqu’à production de cécité complète. La vision réapparaissait en ordre inverse, c’est-à-dire de haut en bas. Au sortir d'une conférence, qui avait demandé une préparation quelque peu laborieuse, M. V. fut privé de la vue en pleine rue, et il eut été incapable de re- 8agner Son domicile sans le secours d'un témoin de sa détresse.
Parmi les causes Soupçonnées de provoquer cet état, on croyait devoir accuser le surmenage cérébral ; mais il en était une autre encore dont les fâcheux effets avaient été dûment constatés. Elle consistait dans