‹ Etude de quelques Accidents consécutifs à l'ingestion du ChocolatChapitre 9 sur 17 · C. Pulvérisation et tamisage · texte numérisé non relu

C. Pulvérisation et tamisage

D'après Armand Gautier, 100 gr. de cacao en poudre du commerce, dégraissé à 25 %, ce qui est la proportion moyenne admise, contiennent environ : 25 gr. de graisse, 1 gr. 3 de théobromine, 10 à 12 gr. d’hydrates de carbone, 17 grammes de substance azotée totale, dont 8 d’albumine.

C'est dire qu'entre le cacao en poudre et le chocolat,

SO) ue qu'on trouve dans le commerce, il existe deux différencs

essentielles :

a) Le cacao en poudre contient beaucoup moins d'hydrates de carbone, puisque, pour sa confection, il n’est pas

ajouté de sucre au fruit du cacao :

b) Le cacao en poudre est privé de la moitié environ des graisses de l’amande du cacaoyer, les graisses étant

conservées intégralement pour la fabrication du chocolat.

QUELQUES OBSERVATIONS D'AGCIDENTS DECLENCHES PAR L'INGESTION DE CACAD OÙ DE CHOCOLAT

Nous venons de voir que, si l’on excepte une certaine catégorie de malades (goutteux, lithiasiques...), auxquels le chocolat doit être refusé, en raison surtout de sa richesse en oxalate, cet aliment est un des plus précieux pour l'immense majorité des humains.

Depuis longtemps, pourtant, on a remarqué, d'une part, que le chocolat est souvent mal digéré, probablement, nous l'avons déjà vu, à cause de sa richesse en graisses et de l’action frénatrice des graisses sur la digestion, d'autre part, que, chez certains malades, l’éclosion de divers accidents, mais surtout de migraines, survient, dans un grand nombre de cas, après l’ingestion de chocolat, qui semble les déclencher.

Ces derniers accidents font l’objet principal de cette étude. Nous avons recherché, dans la littérature médicale, les observations intéressantes à cet égard, elles sont nombreuses ; nous avons retenu surtout les plus détaillées et les plus probantes.

Il semble que le premier auteur en date, qui ait noté l'influence fâcheuse du chocolat sur le déclenchement des

accès de migraine, fut Lasègue, et l’observation qui nous

Ep

en est restée est la sienne propre. Lasègue lui-mêm. donne d'ailleurs, dans deux publications sur la migraine, peu de

détails sur son histoire personnelle, et nous avons du emprunter la description suivante à la thèse de son élève Soula,

écrite en 1884 :

1" Observation. — Elève de philosophie au Lycée Louis-le-Grand, brillant sujet, Lasègue fut un des premiers désignés pour affronter les luttes difficiles du concours général. Le jour du tournoi venu, pensant que l'intervalle compris entre son déjeuner du matin et le repas du soir serait sans doute trop long pour son estomac de 18 ans, il se munit d'une bille de chocolat, qui fut croquée sitôt que l’on eût dicté le sujet de la composition. À peine avait-il procédé à cette collation pourtant légère, qu'il ressentit un vif malaise, dont l'intensité S’accrut bien vite, et, atteignit un point tel, qu'il fut obligé, malgré des regrets cuisants, d’abandonner la partie. C'était un accès de migraine, qui ne tarda pas à éclater. A dater du jour où s'était passée cette aventure si malencontreuse pour lui, Lasègue ne put jamais manger un bout de chocolat sans être, après quelques minutes, sous le Coup d’une migraine très violente. Son esprit d'observation lui fit pourtant cublier la douleur occasionnée par des essais volonfaires, et son expérience Personnelle lui permit de constater ce qui suit : Cinq ou six ans après son accident, l'accès n’arrivait qu'une demi-heure environ après l’ingestion du malheureux aliment. Dix ans après, c'était une heure qui s’écoulait avant l’apparition des phénomènes morbides, et, ainsi de suite, le moment de la crise allant en s’éloignant davantage, pour finir par Cisparaître complètement un jour.

Voilà donc une première observation très précise, et où,

l'hypothèse ayant succédé à la simple observation à la

Sa ta

suite de ce malheureux concours manqué, l'expérimentation répétée a, par la suite, une très large part, et fait qu’on peut conclure d’une facon indiscutable que le chocolat était la cause, au moins déterminante, des accès de migraine.

Notons, en outre, l’évolution au cours de l’existence de Lasègue, des accès de migraine : début avant vingt ans, puis accès survenant de plus en plus tard après l'ingestion de chocolat, pour finir par disparaître vers la quarantaine.

Lasègue, migraineux, a laissé à la postérité d'excellentes descriptions de la migraine, qu’il rattache à la « diathèse arthritique ». Lui et son élève Soula, dans sa thèse, se complaisent à décrire longuement des observations de migraineux goutteux, lithiasiques, asthmatiques, etc... Mais bien qu'il ait noté le rôle néfaste du chocolat sur lui-même, il ne semble pas avoir trouvé d’autres observations, ou le chocolat ait pu être mis en cause.

Nous trouvons ensuite, dans l’ordre chronologique, une série de faits très intéressants, dans un livre de E. Rapin, imprimé en 1908 à Genève, et intitué : « Des Angioneuroses familiales. — Etude pratique de clinique et de pathogénie ».

Les multiples et intéressantes observations dont est parsemé ce livre ont été prises au cours de la longue pratique journalière de ce médecin, c'est-à-dire entre 1870 et 1908. On est agréablement séduit, en parcourant ce livre trop peu connu, par la prespicacité, par la persévérance dans les investigations, par l'esprit clinique dont a fait preuve ce médecin, et par le profond bon sens (et le bon sens conserve ici ses droits, plus encore peut-être qu'ailleurs) qui

émane de ces pages.

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