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l'usagé du chocolat : il suffisait même de l'ingestion d'une seule pastille de cette substance pour faire éclater les accidents.
Aucun autre aliment n'était susceptible de la même action chez M. V.. Le café noir et le café au lait étaient exclus de son régime en raison des palpitations causées par les préparations. Le thé, par contre, était sans mauvais effet. M. V. n'était pas fumeur. Son passé ne nous révélait que des épistaxis auxquelles il était fort sujet dans sa jeunesse. Dans les dernières années de sa vie, nous eûmes à deux reprises à lui donner des soins pour une fluxion passagère de l’un des petits orteils, de nature gouttteuse vraisemblablement.
Aucun des membres de sa famille ne présente d'idiosyncrasie semblable à l'endroit du chocolat, à l’exception d’un fils de sa sœur, qui ne peut goûter à cet aliment sans être pris de vertige et d’un trouble de la vue plus ou moins prononcé. Sous l'influence de la même cause, il eut un jour une indigestion avec vomissements.
L'auteur, poursuivant ses investigations avec sa persévérance habituelle, décrit des accidents angioneurotiques très nets, chez deux des quatre enfants de M. V.., d’autres moins évidents chez les deux autres enfants.
. Malgré l’absence de céphalalgie, et étant données l'apparition brutale aussi bien que la disparition rapide des accidents, il semble vraiment rationnel de les attribuer avec l'auteur à des troubles de la vaso-motricité, évidemment différents dans leurs localisation de ceux qui produisent la migraine. Ces accidents doivent être assimilés à la migraine, et considérés comme un de ses équivalents. « Les troubles visuels peuvent exister seuls, et l’accès migraineux
: ® lé Q , . . .
n'avoir pour équivalent qu’une simple obnubilation pas-
SRB.
sagère de la vue », écrit Hallion dans le Traité de Debove
et Achard.
Nous citerons encore, de Rapin, une observation plus
curieuse peut-être que les autres par ses précisions :
5° Observation. — M. W.., 49 ans, d'une vigoureuse constitution jusqu'il y a 3 ans, est atteint aujourd'hui d'une cardiapathie grave, consécutive à une série d'attaques de rhumatisme articulaire. Il a toujours été sujet à de fortes migraines qu'il tenait de sa mère.
Invité par ces antécédents à rechercher les symptômes d'angioneurose, que l’on est assuré de rencontrer chez les migraineux typiques, nous crûmes tout d'abord n'avoir rien à relever dans notre enquête d’'ailleurs superficielle, lorsque, incidemment, nous apprimes que notre malade, bien qu'amateur de chocolat, n'en pouvait supporter la moindre quantité sans en être malade. A la dose d'une pastille, il détermine une constipation ôpiniâtre. Si la même dose est répétée le jour suivant, il survient un trouble de la vue pareil à celui qu’on observe dans Ja migraine ophtalmique Scotome scintillant simple sans autres phénomènes colorés. A cela se bornent les désordres, si le malade ne continue pas l'emploi du chocolat ; Mais s’il persiste à en faire usage, et qu’il s'expose à en prendre encore une pastille le troisième jour, il peut s'attendre à être frappé d'une violente migraine. Au point de vue de la constipation, une autre particularité est à relever chez ce malade : l'huile de ricin la provoquerait instantanément, tandis que la diète lactée, qui l'ordinaire constipe, régularise les évacuations au contraire.
La santé de ses enfants n’a rien révélé jusqu’à présent qui pût être imputable à l’angioneurose, sauf chez un de ses fils, qui, à la suite d’une injection de sérum antidiphtérique, a été indisposé pendant quelques se-
maines, se plaignant d'érythèmes, de prurit, et d'un malaise général.
L'expérience, ici, est démonstrative : par l’ingestion successive de pastilles de chocolat, elle peut être conduite à volonté par étapes jusqu’à la production de la migraine, comme dernière phase morbide.
La constipation, accusée à la première étape, traduisait, non seulement l'absence d’évacuations, mais une sensation immédiate d'immobilisation de la masse intestonale, comparée par le malade à un bloc sans mouvement. Cette sensation est accusée par beaucoup d’angioneurotiques. Notons, en passant, que la constipation, tant dans les observations de Rapin que dans celles de la plupart des cliniciens qui se sont occupés de la question, est retrouvée d’une façon extrêmement fréquente, presque constante, chez les malades atteint de migraines ou d’angioneuroses.
L'auteur la rattache à un trouble de la motricité intestinale, à un spasme : « La sensibilité du tractus digestif aux causes morales, aussi bien que ses contacts fréquents avec les substances irritantes de toute espèce introduites avec les ingesta, exposent fatalement l'appareil digestif aux divers accidents des angioneuroses ». Dans une observation, le patient affirmait de lui-même que les désordres digestifs éprouvés par lui étaient en communauté de nature avec les symptômes présentée par la peau (urticaire).
Mais, outre la constipation, manifestation directe de l’angioneurose, le cacao lui-même est directement mis en cause dans une observation suivante, ou « après avoir souffert
de la constipation pendant vingt ans et plus, au point d'être
CCR: Ÿ PRES Parfois huit jours sans éveuations, ce malade a vu cette incommodité disparaître depuis qu'il a renoncé à l'usage du cacao ». Nous aurons à revenir sur cette action du cacao et du chocolat.
Voilà donc encore une série d'observations probantes : l'ingestion de chocolat ou de cacao, peut, sur un terrain prédisposé, déclencher des accidents divers, dont le point culminant paraît être la migraine.
Depuis lors, un assez grand nombre d'observations sont venues confirmer que le chocolat est souvent néfaste aux migraineux.
En 1921, sous l'inspiration de son maître, M. le Docteur Pagniez, M. Nast écrivit une thèse sur «la Migraine (Peptonothérapie préprandiale) ». Outre l'auto-observation de l’auteur, sur laquelle nous reviendrons, nous trouvons dans cette thèse deux observations particulièrement in-
téressantes, de notre point de vue.
6° Observation (due à l'obligeance du D’ de Gennes). — Mlle X..., 66 ans. — Migraines apparues vers l'âge de 15 ans, au moment des premières règles, et caractérisées par un état prodromique de malaise vague, suivie d’une céphalée intense accompagnée d'un état nauséeux avec où sans vomissements. |
Ces accès apparaissent presque toujours au voisinage des règles, avant, pendant, ou après. Ils se reproduisaient régulièrement chaque mois, exceptionnellement dans l'intervalle des époques menstruelles. Jusqu'à la ménopause (48 ans), les migraines se sont reproduites chaque mois avec une rigoureuse régularité. Mais, à partir de ce moment, les crises sont devenues Plus fréquentes et plus longues, avec les caractères qu'elles présentent encore aujourd'hui.
Le signe qui annonce l’accès est habituellement üuné sensation d’aiguilles ou de grains de sable au niveau des yeux, accompagnée souvent d’une sensation de constriction pharyngée.
Environ une heure après, la céphalée s’installe, très violente, sus-orbitaire, ou frontale, ou plus rarement occipitale, quelque fois généralisée, entraînant le soir une insommie plus ou moins complète, et ne cédant ni à l’antipyrine, ni à l'aspirine, qui ne peut, tout au plus, à la dose de un gramme, que calmer passagèrement la douleur. Ne tarde pas à survenir, en même temps que la céphalée, un état nauséeux, qui s'oppose à toute alimentation, et qui peut aller jusqu'à des vomissements alimentaires ou bilieux. Les vomissements se reproduisent régulièrement chaque fois que, pendant la crise, la malade tente de prendre quelque nourriture. Mile X.… reste parfois plongée dans un état vertigineux qui l’incite à rester immobile, et s’exaspère à la lumière, au bruit... L'accès dure 48 heures environ, parfois 60 heures et plus. Puis les symptômes s’atténuent progressivement, laissant souvent derrière eux une névralgie persistante, surtout à la région sus-orbitaire.
Les accès se reproduisent avec une certaine périodicité, survenant au moins une fois par mois, plus souvent tous les quinze jours. La malade n’est jamais restée plus de deux mois sans crise.
Depuis longtemps, Mile X.. a remarqué que certains aliments provoquaient chez elle un accès de migraine : graisses animales (de bœuf, de veau, de porc). Le beurre, par contre, lui paraît inoffensif. Elle ne peut absolument pas manger de chocolat ; chaque fois qu'elle a essayé d’en ingérer en quantité appréciable, une crise de migraine s’en est suivie. De même la fatigue, les voyages semblent être des agents déterminants. Toutefois, la malade a remarqué que, lorsqu’aux périodes d'extrême fatigue, elle s’abstenait de manger, l'accès ne se produisait pas.
Entre les crises, Mlle X.. ne présente pas d'autres troubles gastro-intestinaux qu'une constipation chronique et rebelle.
Le 15 juin 1920, la malade est soumise au traitement par la peptone (un cachet de phylactone Byla avant chaque repas). Une crise le 21 juin, une autre le 28 juin. Puis rien jusqu’au 15 octobre (plus de 4 mois d'intervalle). Nouvel accès fin décembre. Les accès semblent modifiés dans leur intensité, et abrégés dans leur durée. La céphalée est moins vive ; les nausées ne s'accompagnent plus de vomissements.
Le 8 janvier 1921, on fait expérimentalement ingérer à la malade une tablette de chocolat : le 9 au matin : accès de migraine plus violent que les autres. Le traitement est ainsi modifié : peptone pendant huit jours, période de repos pendant quinze jours. Un accès atténué le 2 février 1921. Jusqu'à la fin de mars : pas de crises.
Au total, la malade n'a eu, en 9 mois, que six accès, atténués dans leurs symptômes, dont deux groupés dans les quinze premiers jours du traitement, et un provoqué expérimentalement.
Ici encore : action très nette du chocolat ; la malade, ayant remarqué que l'ingestion de cet aliment lui procurait des crises, n’en prenait jamais ; son observation a été reproduite expérimentalement : l'ingestion d'une tablette de chocolat a été suivie le lendemain matin d’une crise de migraine.
Notons, en outre, dans cette observation, le rapport étroit qui existe entre la menstruation et les acces migraineux. C'est un fait que Rapin avait mis en évidence chez plu-
sieurs de ses malades.
7° Observation (auto-observation du D’ $S..) — Antécédents hériditaires arthritiques. Antécédents person-
UE ie «y AGE
nels pulmonaires en raison desquels l'alimentation du D' $... a été longtemps à base de viande et d'œufs. Sensation fréquente et impérieuse de faim 3 à 4 heures après les repas, d'où l’usage et l’abus du chocolat. Pendant plus de 25 ans, la quantité absorbée en a été, par jour de 2 à 3 tablettes de 35 grammes (chocolat à l’eau au petit déjeuner, sec à dix heures du matin et à cinq heures du soir). Jusqu'en 1919, pas de malaises, à part une tendance à la constipation. Rares migraines.
Pendant l'été de 1919, S... est sujet à de fréquents accès de céphalée, en dehors même de touie cause de fatigue intellectuelle. L'hiver suivant, les migraines augmentent de fréquence et d'intensité. Deux à trois crises par semaine, débutant environ trois heures après le petit déjeuner, durant parfois 10 à 12 heures, intéressant surtout les régions sus-orbitaire et occipitale, nécessitant souvent un repos absolu, et peu influencé par les analgésiques. Les laxatifs semblent espacer les accès. Le régime alimentaire est, d’ailleurs, à cette époque, très peu carné, les œufs ont été à peu près supprimés depuis cinq ans, et le repas du soir est le plus souvent végétarien.
La quantité de chocolat ingéré est, à peu près, de 80 - grammes par jour, pris en deux fois (petit déjeuner, goûter). Pensant à l'influence nocive du chocolat, S.… en diminue la quantité sans grand résultat, puis le supprime complètement pendant 15 jours : pas de migraines. Après avoir repris du chocolat au petit déjeuner, il ressent, trois heures après, une céphalée légère accompagnée d'un état nauséeux qui persiste jusqu’au sommeil. Le lendemain, une petite quantité de chocolat provoque une violente migraine. Dès lors, S... cesse pendant un an environ cet aliment : les accès de migraine ne surviennent plus que très rarement, à l'occasion de fatigues intellectuelles, et ils sont légers. Récemment, ayant accepté une tasse de chocolat dans
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l'après-midi, une crise de migraine éclata deux heures environ après. S... a essayé de prendre des cachets de peptone et de petites doses de chocolat, suivant la méthode antianaphylactique. Le résultat a été nul.
Notre maître, M. Pagniez, qui a revu depuis le Docteur S..., a pu ainsi nous permettre de compléter cette observation par les renseignements suivants, qui ne sont pas dépourvus d'intérêt :
Au moment de la suppression du chocolat, S.. a été pris de crises d'pyperchlorhydrie extrêmement violentes , ces crises, qui ont duré quelques mois, ont même fait soupçonner l'existence d’un ulcère ; mais l'examen radiologique et l'examen des selles, pratiqués à ce moment, se sont montrés tous deux négatifs. Peu à peu d’ailleurs, les crises ont fini par se calmer.
Il est permis, à ce propos, de se demander si, tant que le malade prenait du chocolat, le supplément de graisse ainsi fourni à son estomac n'empéchait pas la sécrétion gastrique, et si, ce supplément venant à manquer brusquement, l'hypersécrétion et l’hyperacidité gastriques, qui s'en sont suivis, ne peuvent expliquer la survenue juste à ce moment, des crises d’hyperchlorhydrie. Si cette hypothèse était exacte, elle confirmerait l'opinion que le chocolat est si souvent mal supporté et mal digéré du fait de l’action frénatrice de ses graisss vis-à-vis de la sécrétion des sucs di-
gestifs, et de la digestion même.
8° observation. —— A. Nast, dans sa thèse, donne encore Son auto-observation. Sans la reproduire ici intégralement, nous en résumerons brièvement les parties qui nous intéressent.
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Migraineux héréditaire depuis l'enfance, N. a même eu des crises de migraine ophtalmique. Il s’est soumis depuis plus d’un an (la thèse est de 1921) à la peptonothérapie préprandiale ; tant qu'il lui reste fidèle, il est à l’abri de la migraine ; mais dès que le traitement est suspendu depuis un certain temps, les crises de migraine reparaissent ; la désensibilisation ne reste toujours que transitoire.
Depuis longtemps, il a discerné que l'ingestion de chocolat, et, plus spécialement, de chocolat au lait, est pour lui dangereuse ; s’il en prend sans avoir pris auparavant de peptone, il a de grandes chances d'être la proie, quelques heures après, d’un accès de migraine.
Expérimentalement, Nast s'est livré sur lui-même, avec son maître le D' Pagniez, à des recherches sur la pathogénie de la migraine ; et c’est sur lui que ces auteurs purent mettre en évidence une lencopénie manifeste, au lieu de leucocytose digestive normale, la seule fois où l’ingestion de chocolat fut suivie d'un accès de migraine, alors que, précédemment, l’ingestion du même aliment n'ayant pas été suivie de migraine, les examens s'étaient montrés négatifs. Nous reviendrons longuement, au chapitre suivant, sur cette importante constatation.
Citons une dernière observation typique d’accès de migraine consécutifs à l’ingestion de chocolat ; c'est encore
une auto-observation, qu'a bien voulu nous communiquer
le Docteur H... :
9e Observation. — Migraineux héréditaire, jadis, les causes les plus variées : fatigues, excès de travail cérébral, sommeil insuffisant, repas trop copieux, alcool, voyages en chemin de fer, froid, etc ne manquaient pas de me provoquer un accès. Or, depuis la cinquantaine, toutes ces causes, peu à peu, ont cessé d'agir. Je puis impunément me fatiguer, écourter mes nuits, faire
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des infractions de régime. Un facteur presque unique, aujourd'hui encore, me procure un accès : c’est le chocolat. Il suffit que j'en mange quelques bonbons pour être à peu près certain, le lendemain ou le surlendemain, d’avoir la migraine. Je l'ai fait à plusieurs reprises à titre d'expérience: elle a toujours été suivie d'effet. Aussi, maintenant, je m'abstiens totalement de cet aliment. J'ai même contracté vis-à-vis de lui une sorte de répugnance, alors que je l’aimais beaucoup jadis.
La preuve, si elle avait encore été à faire, serait faite : un médecin, habitué à l'observation clinique, accuse formellement le chocolat d’être, à un certain moment de son existence, la seule cause déterminante de ses migraines ; à plusieurs reprises, il en prend à titre d'expérience, et l’ingestion du fâcheux aliment, chaque fois, est suivie de migraine. La conclusion : rôle déterminant de l'ingestion du chocolat dans l'apparition des accès de migraine, ne saurait être discutée.
Avant d’aborder la question de l'épilepsie, nous rap-
porterons encore quatre observations communiquées par
M. le Docteur Pagniez.
La première, en particulier, nous apporte plusieurs no-
tions nouvelles :
Mile W.., 58 ans : 1
Est migraineuse seulement depuis l’âge de 45 ans. À été réglée jusqu'à 50 ans, et a toujours joui d’une bonne santé juqu’à l'époque de l'apparition des migraines: on ne relève en effet dans ses antécédents, qu'une « fièvre muqueuse » à l’âge äe 30 ans.
Avant les migraines vraies, toutefois, Mile W... avait quelquefois des vertiges avec vomissements, mais sans
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céphalée. De 45 à 50 ans, les migraines survenaient à larges intervalles. A 50 ans, c’est-à-dire après la ménopause, elles sont devenues plus fréquentes et plus fortes, tous les quinze jours environ. Cette fréquence a encore augmenté, et, encore actuellement (1920), les migraines reviennent tous les neuf jours, avec une périodicité fixe remarquable.
Chaque crise dure au moins une journée, quelquefois deux. Elle se traduit par une céphalée violente avec vomissements très abondants, et nécessite le séjour au lit avec inaction complète. Pendant la crise la malade ressent de l’engourdissement, et des fourmillements sous le membre supérieur gauche, et en même temps éprouve quelques troubles auditifs du côté droit.
Mlle W... signale spontanément que le chocolat constitue pour elle un véritable poison qui amène à coup sûr la migraine. Elle a remarqué, et le signale aussi spontanément, que cete action toxique est spéciale au chocolat, et que le cacao ne l’exerce pas. La malade peut en prendre sans avoir de migraine. Elle ne connait pas d'autre aliment nocif que le chocolat.
La suite de l'observation a montré que Mlle W... était tout spécialement sensible aux graisses de l’alimentation. Elle ne supporte pas du tout les graisses autres que le beurre, et il suffit d’accomoder ses aliments avec de la margarine pour que les migraines soient accentuées dans leur fréquence et dans leur intensité. »
Plusieurs points dans cette observation sont très instructifs et doivent être retenus :
1° Le début tardif des accès de migraine, à 45 ans ; ce qui sort de la règle habituelle ; : 2° L’évolution de ces accès chez Mile W. D'abord ce sont des vertiges avec vomissements sans céphalée ; de 45
à 50 ans, ce sont des migraines vraies, mais ne survenant
D TO en
qu'à larges intervalles ; enfin ces migraines vraies, après la ménopause, deviennent de plus en plus fréquentes, tous les quinze jours, puis tous les neuf jours, avec une périodicité fixe remarquable :
3° En présence du fait que les migraines s’accompagnent d'engourdissements et de fourmillements dans le membre supérieur gauche, en même temps que de troubles auditifs du côté droit, on est tenté de rapporter les modifications anatomiques qui conditionnent ces manifestations cliniques à l'hémisphère cérébral droit, en un point voisin de l'écorce ou des méninges :
4° Enfin, il existe une dissociation très nette entre l’action du cacao et celle du chocolat ;: Mlle W. peut prendre impunément du cacao. Le fait, par ailleurs, que les autres graisses de l’alimentation rendent les migraines plus fréquentes et plus intenses, tend à faire admettre que, si le cacao est bien supporté, c’est vraisemblablement à cause de sa faible teneur en graisse, vis-à-vis du chocolat.
Autre observation : celle de Mme FE... :
Mme E..., 30 ans .
Migraineuse depuis l'enfance avec une fréquence de deux crises par mois en moyenne. Hémicrânie droite, vomissements et nausées. La période des règles est très souvent accompagnée de migraine. À eu cinq enfants : chaque grosesse suspend à peu près complètement les migraines.
Les œufs, surtout à la coque, et les oranges, ont Souvent provoqué des migraines : le chocolat toujours.
La suspension des accidents pendant les grossesses suc-
cessives, dont témoigne cette observation, ne constitue pas
Ad
pour nous un fait nouveau, mais seulement la confirmation de l'exactitude des observations antérieures.
Enfin l'observation de M. Ar... 41 ans :
Migraineux depuis l'âge de 24 ans. Les crises, qui revenaient d’abord tous les quinze jours environ, se répétait maintenant chaque semaine, sans périodicité absolument fixe.
Le malade n'a pas remarqué de cause provocatrice nétte ; cependant, quand quatre à cinq jours se sont: écoulés après une migraine, la prise d’un verre de vin devient nocive.
Ne peut supporter le chocolat, en particulier le chocolat au lait. (« Je le digère difficilement, dit-il, et il m'empêche de digérer le repas suivant qui, alors, me donne la migraine. »)
C’est en ce dernier point que réside la particularité de
l'observation.
Dernière observation de migraineux, que nous a trans-
mise le Docteur de Gennes :
M. Pierre C.., Maréchal-des-logis d’Artillerie, 26 ans, présente depuis l’âge de 15 ans de fortes migraines survenant assez fréquemment pour gêner la vie sociale du malade.
Chaque accès est précédé d’une sorte d’aura caractérisée par une sensation d’énervement, d'irritabilité, de brouillard devant les yeux. Pas de scotome scintil- Jant.
L'accès lui-même commence le matin, réveillant le malade, plus tôt que de coutume, et se caractérise par une céphalée bémicrânienne typique, accompagnée de malaise intense et d'état nauséeux. Ces phénomènes sont si intenses qu'ils contraignent le malade au repos absolu pendant au moins 24 heures. Ils sont atténués mais
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non supprimés par les analgésiques, aspirine, algocratine, etc.
Ces migraines se produisent très fréquemment, mais sans aucune périodicité.
Le malade a remarqué lui-même que les grands repas, l’ingestion de viande, le soir, l’ingestion de chocolat, en favorisaient le retour. C'est sur ce dernier facteur étiologique qu'il insiste le plus.
Cependant il n’a pu se décider à supprimer le chocolat du matin, ni l’ingestion fréquentes de bonbons ou de de tablettes.
Pendant la guerre, le chocolat dont il porte toujours sur lui quelque provision constitue pour lui un aliment essentiel et malgré la vie en plein air, les migraines se reproduisent fréquentes et pénibles.
En 1916, sur notre conseil le malade se décide à cesser l’usage du chocolat : les migraines cessent aussitôt.
Elles reprennent régulièrement à chaque infraction à ce régime d'abstention. Des doses minimes suffisent à déclancher la crise puisque l’ingestion d’t gr. de chocolat conseillée expérimentalement provoque dès le lendemain un accès typique.
Le malade se décide à cesser complètement l'usage du chocolat. Cependant il a présenté depuis quelques migraines, survenant presque toujours à la suite d’un excès alimentaire, surtout carné.
À partir du 26 novembre 1916, le malade n’est plus suivi.
Mais les observations rapportées jusqu'ici n'ont trait qu’à la migraine ; et, de fait, la migraine est de beaucoup l'accident dans l’apparition duquel on à pu le plus souvent faire jouer à l'ingestion de chocolat le rôle de cause déterminante.
Pourtant, depuis un certain nombre d'années, plusieurs