‹ Etude de quelques Accidents consécutifs à l'ingestion du ChocolatChapitre 16 sur 17 · AGO · texte numérisé non relu

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présence dans la circulation générale de matières protéiques incomplètement désagrégées et par conséquent nocives ; mais cette présence serait due à un trouble de la sécrétion digestive (la peptone agirait alors par son action peptogénique) ; cette hypothèse pourrait cadrer avec le fait que les graisses du chocolat exercent précisément une action hypopeptique. Mais nous ar:êterons là cette discussion trop théorique, en laquelle on pourrait s’éterniser. Nous avons parlé jusqu'ici de la migraine ; or, plusieurs de nos observations concernent des accidents comitiaux. « Une certaine parenté entre migraine et épilepsie est des plus probables. On connaît des observations d’alternance, chez un même sujet, de crises d’épilepsie et de manifestations variées, d'ordre cutané, digestif ou respiratoire ; par ailleurs, il est depuis longtemps connu que la composition du régime alimentaire, sa régularité, ont une importance primordiale chez les épileptiques » (1). Il est important de dire ici, que l’expérimentation a été faite, comme dans la migraine. La conclusion est que « chez certains épileptiques, après l'addition au repas de chocolat, pris simplement à un taux un peu plus élevé, on peut observer de grosses modifications sanguines du type de la crise hémoclasique, et qui rappellent les phénomènes d'ordre anaphylact:que alimentaire ; dans les heures qui suivent l’apparition de cette crise hémoclasique survient un paroxysme comitial ». Pour ce qui est de l'interprétation, il convient de faire ici

les mêmes réserves que plus haut, et de rappeler qu'il ne

(1) Pagniez et Lieutaud. — Phénomènes de type anaphylactique dans la pathogénie de certaines crises comitiales. (P. M. 19 novembre 1919),

LAN P RS faut pas forcément conclure de crise hémoclasique à anaphylaxie.

En résumé un fait est acquis : pour la migraine comme pour l'épilepsie, l’ingestion de chocolat n’est susceptible de déterminer des accidents, chez certains malades, que si ces sujets sont en puissance de crise.

On peut affirmer une chose : lorsque l’ingestion de chocolat détermine une crise, celle-ci est précédée, chez certains sujets tout au moins, de modifications sanguines rappelant la crise hémoclasique décrite par Widal.

Mais la nature exacte de ces troubles humoraux nous échappe absolument, et on ne peut faire actuellement que des hypothèses sur le mécanisme par lequel l'ingestion de chocolat peut déterminer de tels accidents.

Nous n’avons pas voulu consacrer un chapitre entier au traitement des différents accidents que nous avons étudiés. Qu'on nous permette pourtant d'en dire quelques mots en terminant ce travail.

On rencontre encore parfois des sujets qui, atteints de migraines, voire d’épilepsie, estiment que ces accidents leur sont salutaires et ne doivent pas être supprimés ; ils suivent

l'exemple de Montaigne :

J'ay laissé envieillir et mourir en moy, de mort naturelle, des rheumes, des fluxions goutteuses, relations, battemens de cœur, micraines, et autres accidents que i'ay perdus, quand je m'étais à demy formé à les nourrir ; on coniure mieux par courtoisie que par braverie. Il faut souffrir doulcement les lois de notre condition. Nous sommes pour vieillir, pour affaiblir, pour estre malades, en dépit de toute médecine. C’est la première leçon que les Mexicains font à leurs

enfans, quand au partir du ventre des mères, ils les vont saluant ainsi : enfant, tu es venu au monde pour endurer : endure, souffre et tais-toy.

Du moins, lorsqu'on a découvert le rôle déchaînant que joue sur la production de ces accidents l’ingestion de chocolat ou de cacao (et il faut, systématiquement, dans ce cas, le rechercher), a-t-on la ressource de supprimer cet aliment de la nourriture. Quant à la thérapeutique de ces manifestations morbides, si elles persistent, les principales indications consistent à mettre le malade à un régime hypotoxique, en particulier à supprimer de l'alimentation les albumines animales, à veiller à la constipation et à l’état du foie, à administrer suivant les cas des analgésiques, des calmants nerveux (bromure, gardénal, surtout en cas d'épilepsie), mais, mieux encore à essayer successivement les différents procédés de désensibilisation : peptonothérapie préprandiale par voie digestive, protéinothérapie par voie circulatoire, quelquefois autohémothérapie, ou autosérothé-

rapie.

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