CHAPITRE II
LES DISPOSITIONS LÉGISLATIVES ONT-ELLES UNE INFLUENCE CONSfOÉ- RABLE SUR LA FRÉQUENCE DES DIVORCES (1)?
§ 5. — A en croire la plupart des légistes qui ont écrit dans ce dernier temps sur le divorce, la loi aurait sur la fréquence des, divorces une influence toute-puissante.
Ainsi, on veut faire une loi en France sur le divorce : t Prenez garde ! s'écrient-ils en chœur, votre loi va changer les mœurs françaises; voyez l'exemple fatal de la Suisse : c'est sur cette pente épouvantable que vous voulez faire glisser la France ! »
Si notre intention était ici de plaider pour le divorce, nous mentionnerions à peine cet argument, qui est pitoyable, on en conviendra. Quel tort le grand nombre de ses divorces fait-il à la Suisse? L'empêchet-il d'être la nation la plus instruite, la plus libre et en somme la plus heureuse de l'Europe ? L'empéche-t-il de tirer de son territoire le plus heureux parti ? Et si la nation suisse était plus nombreuse, sont-ce les divorces qui nuiraient à son influence dans le monde ? Le grand nombre des divorces empêche-t-il la Saxe d'être un des pays les plus industriels de l'univers ? Empêche-t-il sa population de s'accroître dans des proportions presque prodigieuses ? Ainsi, même s'il était prouvé qu'une loi rétablissant le divorce en France doit multiplier le nombre des procès, nous ne voyons pas que cette perspective doive épouvanter le législateur.
1. Nous traiterons ce sujet avec plus de fruit dans notre chapitre xi. Mais dès à pré^ sent il importe dlndiquer les principales divisions du siget. Les démonstrations rigoureuses seront mieux à leur place dans les chapitres suivants.