‹ Étude démographique du divorce et de la séparation de corps dans lesChapitre 5 sur 112 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

blier, à Tusage des Chambres italiennes, une série de documents curieux sur le divorce.

Dans ma Noie pour V élude slaiislique du divorce^ je m'efforçais surtout de démêler quel est le sort ordinaire des gens qui ont divorcé. Je montrais, d'après quelques documents encore très rares dont je disposais à ce moment, qu'ils se remariaient souvent, surtout à partir d'un certain âge, et que ce second mariage suivait d'assez près le divorce; qu'en somme, les divorcés se conduisaient absolument comme les veufs, avec celte seule différence que les jeunes veufs se remarient en proportion considérable, et qu'un certain nombre de jeunes divorcés paraissent dégoûtés du mariage... au moins pendant un certain temps.

Mais, je le répète, les chiffres sur lesquels je m'appuyais étaient encore rares à celle époque. Si néanmoins ma modeste Noie a réussi au delà de toute espérance, je ne puis l'attribuer qu'à la faveur sans cesse croissante dont la statistique jouit à noire époque (malgré les railleries, d'ailleurs innocentes, qu'on lui adresse quelquefois).

Depuis la publication de ma Note sur la slaiislique du divorce, les faiis se sont accumulés, et une élude plus complète est devenue possible. Les excellentes statistiques de Suisse, et celles non moins curieuses de la ville de Berlin, ont été publiées dans de nouveaux volumes. Je les ai aussitôt comparées aux précédentes, et j'ai eu la satisfaction de voir qu'elles confirmaient absolument mes premières conclusions (1).

En outre, j'étudiai avec soin les anciens documents, et je recherchai suivant quelles règles la fréquence du divorce varie d'un pays à un autre. Je me convainquis ainsi que ce sont les mœurs, et notamment les habitudes religieuses, qui paraissent surtout influer sur cette fréquence. Quant aux dispositions législatives, elles y sont assurément pour fort peu de chose.

Je consignai ces conclusions dans quelques articles publiés par le A'/X* Siècle; mais je ne pouvais guère citer de chiffres dans un journal quotidien. Je les réservais pour une élude plus étendue que je projetais de faire dès que les différents États de l'Europe auraient publié les reccnscmenis de 1880, car les recensemenls par âges et par états civils sont la base nécessaire de toute étude démographique complète.

1. Il en résulte qtic lu lectour trouvera, dans la Troisième partie de celte Elude, quelques conclusions que j'ai déjà indiquées en 1880. U me pardonnera cette redite, pai'ce que je les appuierai sur des documents beaucoup plus complets.

Je suis forcé d'abandonner ce projet (1), et de publier dès aujourd'hui mon travail. L'usage si honorable qu'on a fait de ma Note dans la discussion qui a eu lieu à la Chambre des députés me fait supposer que ce nouvel ouvrage pourra être utilisé au Sénat; il faut donc que je le fasse paraître sans plus attendre. D'ailleurs, si les recensements que j'attends peuvent ajouter quelques conclusions nouvelles à mon EludCy ils ne peuvent en rien modifier celles que je publie. Elles sont, dès aujourd'hui, au-dessus de toute contestation.

Celte Etude n'est pas un plaidoyer; c'est une étude statistique absolument impartiale. Quelques-unes de ses conclusions constituent peut-être des arguments en faveur du rétablissement du divorce ; plusieurs autres n'ont pas d'intérêt à ce point de vue. Enfin, sur quelques points, j'ai été conduit à une solution contraire à celle qu'ont soutenue plusieurs partisans du divorce.

Ce que j'ai voulu établir dans ce travail, ce sont les lois statistiques du divorce. Je les ai recherchées avec l'impartialité que peut mettre un physicien dans la recherche des lois qui gouvernent la matière inanimée.

Parfois, j'ai essayé de tirer de ces lois générales quelques conclusions pratiques. C'est la partie de mon travail à laquelle je tiens le moins. L'important est que mes chiffres soient exacts (2) et concordants; c'est que les proportions soient prises suivant les règles de la logique et soient sagement discutées et interprétées ; c'est qu'enfin les lois statistiques que j'établis d'après les chiffres soient vraies.

i. Le recensement par âges et par états civils de la Suisse vient d'ôlre publié au Congrès d^hygiéne et de démographie de Genève, mais pour le pays entier seulement, et sans les divisions par cantons.

2. Disons, une foi^ pour toutes, qu*ils sont presque tous empruntés directement aux publications ofllcielles qui paraissent annuellement dans la plupart des pays civilisés. Trois sortes de documents doivent être recherchés pour une étude comme celle que nous entreprenons : 1<> les comptes rendus des recensements; 2^ les publications relatives aux mouvements de population ; 3° les statistiques judiciaires lorsqu'elles existent.

Une bibliothèque statistique assez complète est donc nécessaire pour un pareil travail, les deux termes d'un même rapport étant le plus souvent empruntés à deux volumes différents. Désirant être facilement contrôlé par mon lecteur, j'aurai soin d'indiquer les travaux d'ensemble où les résultats de plusieurs années ou de plusieurb pays ont été rassemblés.

A leur léte, il faut citer les excellents tableaux des Annall di stalisticay Rome 1882.

Quand je ne donnerai pas d'indication, c*est que j'aurai moi-même calculé les chifîres d'après les publications annuelles de la direction de statistique du pays considéré.

Page 1