‹ Étude démographique du divorce et de la séparation de corps dans lesChapitre 6 sur 112 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

FRÉQUENCE ACTUELLE DES DIVORCES ET SÉPAR.\TIONS DE CORPS DANS LES DIFFÉRENTS PAYS DE L'EUROPE.

§ I . — Pourquoi Tltalie, dont les lois sont les nôtres, et sont même plus douces que les nôtres pour les malheurs conjugaux (1), comptet-elle peu de séparations, tandis que nous en comptons beaucoup?

Pourquoi la Belgique, qui a conservé le Code de 1804 et qui admet le divorce et la séparation, voit-elle notablement moins des uns et des autres que la France ?

Voici mieux encore :

Pourquoi la Norvège (Code de 1687) est-elle le pays du monde entier où les divorces sont le plus rares, tandis que son voisio et ancien maître le Danemark, qui a presque le môme ramassis de vieilles lois (Code de 1684], qui parle la même langue et professe la même religion, est peut-être le pays de la terre où il est le plus fréquent ?

Pour peu que le lecteur veuille bien étudier notre tableau I, il sera amené à se poser une vingtaine de questions de même ordre. Celles que je viens d'écrire suffisent pour indiquer que la statistique du divorce (même étudiée dans ses traits les plus grossiers) soulève un grand nombre de problèmes extrêmement complexes.

Il ne suffit pas de dire : « Ce sont les lois »! ou de dire : c C*est la race! » comme on le voit écrire en France depuis deux ou trois ans. Une étude plus longue est nécessaire pour distinguer dans quelle mesure agit chacune des causes de la fréquence des divorces.

1. Le Code italien admet la séparation par consentement mutueL Et (fait plas remarquable) cette procédure y est très souvent usitée (voy. chap. xrv).

là ÉTUDE DÉMOGRAPHIQUE DU DIVORCE

C'est à cette recherche que sont consacrées les deux premières parties de notre mémoire.

Mais, avant d'aborder cette recherche, il convient de fixer l'exacte signification de nos chiffres et de discuter nos méthodes de calcul.

52. — Dans quelle mesure peut-on comparer une statisliquê des séparations de corps à celle des divorces ? — Nous avons tout à Theure comparé la Belgique et la France. Cependant il est clair que les chiffres qui concernent ces deux pays n'ont probablement pas la même signification.

La statistique, en effet, n'enregistre que les séparations judiciaires. Elle veut bien supposer (avec un optimisme fort éloigné de la vérité) que tous les époux qui ne vont pas se quereller devant un tribunal vivent en parfait accord. Combien d'époux français, au contraire, se séparent a à l'amiable > parce que la séparation judiciaire serait impuissante à améliorer leur sort, et en sont réduits à souhaiter tout bas la mort de leur conjoint I En Belgique, ces sortes de divorces secrets n'ont pas de raison d'être. D'ailleurs, si des époux se séparent sans plaider et vivent dans la condition de divorcés (quoique sans en porter le titre), nous verrons plus loin (chap. xx) que, lorsqu'ils sont un peu âgés, l^envie de se remarier les reprend bientôt, et que, par conséquent, il y a toutes sortes de chances pour qu'ils portent promptement leur querelle devant le tribunal.

Nous sommes donc autorisé à croire que les 23 divorces et séparations pour 100,000 ménages existants, relevés pour la Belgique, représentent la totalité ou la grande majorité des ménages désunis. Nous ne sommes pas autorisé à penser qu'il en soit de même pour les 30 séparations comptées en France. Il est d'autres époux séparés à l'amiable; leur nombre (qui n'est pas négligeable si nous nous en rapportons à ce qui se passe autour de nous) nous est absolument inconnu.

Alors, dira-t-on peut-être, votre statistique est illusoire. Non certes, car il n'est pas indifférent de voir que, malgré les raisons qui restreignent le nombre apparent des séparations en France, elles sont plus fréquentes que dans un très grand nombre de pays 011 le divorce existe.

Nous pouvons fixer par des chiffres l'influence qu'une loi qui autorise le divorce exerce sur la fréquence des procès de famille.

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