‹ Étude démographique du divorce et de la séparation de corps dans lesChapitre 58 sur 112 · CHAPITRE XI. — LOI ÉTABLISSANT OU FACILITANT LE DIVORCE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI. — LOI ÉTABLISSANT OU FACILITANT LE DIVORCE

plos puissamment. D'ailleurs le faible nombre des séparations en 1848 et en 1870-71 montre que les événements politiques influent considérablement sur le nombre des querelles judiciaires. Ils forment un dérivatif puissant aux querelles domestiques.

Âpres la loi du 8 mai 18iG, le nombre des séparations de corps se trouve être presque exactement ce qu'était le nombre des divorces entre 1806 et 1810.

Est-il besoin d'insister pour montrer combien ces chiffres sont conformes à nos conclusions : c'est que la législation n'influe pour ainsi dire pas sur le nombre des querelles conjugales.

C'est seulement des mœurs que dépend leur nombre.

Combien tous ces chifires sont loin des cbifires fantastiques qu'on cite pour la ville de Paris pendant la période révolutionnaire 1

Aucun des écrivains qui les ont cités, et qui d'ailleurs se sont visiblement copiés les uns les autres, n'a dit où il les avait pris; la précaution n'aurait pourtant pas été inutile, car il n'existait pas de publication statistique à cette époque. J'ai crainte que la source première ué ces chifTres ne soit quelque évaluation fantaisiste des journaux ou des écrivains du temps. J'ai donc demandé au ministère de la justice quelle était leur authenticité ; on n'a pu me donner aucun renseignement. J'ai cherché dans les Mémoires de la ville de Paris ; je n'ai pas trouvé davantage.

Je cite donc textuellement un des auteurs les plus sérieux qui aient reproduit ces chifires. Par exemple, je lui en laisse la responsabilité : € À Paris, dans les 27 mois qui suivirent la promulgation de la loi de 1792, les tribunaux prononcèrent 5,994 divorces, et, en l'an YI, le nombre des divorces dépassa, dans la capitale, celui des mariages (1).»

Cette dernière indication est singulièrement vague, et j'avoue qu'elle me met en garde contre la première. Naturellement, je ne discuterai ni l'une ni l'autre. Avant de disserter sur la dent d'or, il faut savoir si la dent d'or existe.

Même si ces chifires ou plutôt ce chifire était exact, il prouverait une chose bien connue déjà : c est que sous la Révolution les mœurs étaient absolument et entièrement difiérentes de ce qu'elles étaient avant et après elle. C'est une époque prodigieuse, où toutes les passions de l'homme, les plus nobles comme les plus abominables, ont atteint une puissance qu'on ne leur avait jamais vue.

1. E. Glasson, le Mariage civil et le Divorcej p. 51. Un peu plus loin, ce savant professeur reconnaît que, sous TEmpire, le divorce n*a < donné iieu à aucun abus grave n, mais il ne cite pas de chiffre. « « c^«>^Lrv^

94 BT<l^& DÉMOGRAPHIQUB DU^ MVOAGE^

Lee ehifiipes qm préeédent montrent qvte cette ardeur au divorce s'est, en loint cas, promptemeal éteinte.

M&iiie de notre temps, on a les nerfs plus calmes. Aussi, qu'ils soient vrais ou qu'ils soient feux, les otiilTres qu'on nous présente nous paraîssmt absolument invraisemblables. On n'en rencontre, à notre époque, àe semMaMes nuUe pari, môme pas à San-Francisco !

§ 46. — De quelqws données rétrospectives sur la ville âe Bruxelles. •—Voici, sur la fréquenoe du divorce pendant la période dite intermé#iaire| quelques ebiffires que je trouve dans la Statistique générale de la vitte de BruœeUes. U en résulte qu'avant le Code de 180i les divorees étaient beaucoup plus nombreux que pendant les années qui OBl suivi la premulgatfon de ce Code célèbre.

Toutefois ees chiffres, quoique officiels et publiés par des statisticiens trds soFupuleux, me surprenneat un peu, je l'avoue. La colonne des naviag^ est particulièrement singulière. Comment expliquer Ténorme nombre des mariages en i8(fô ei en 4803, nombre qui ne s'est retrouvé qoe vingt ai^ plus tard, lorsque la population avait considéfablement augmenté?

Voici les chiffres, année par année :

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