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CHAP. ^Vf. ^- CAUSES INVOQUÉBS POUR DEMANDER LÉ DIVORCE 131
On voit qu'en Franco le nombre des demandes en séparation a eu beau quadrupler depuis quarante ans, la répartition de ces demandes entre les différents motifs a toujours été la môme.
C'est bien une preuve que Taugmentation des séparations est due à des causes très générales. Si Ton se sépare de plus en plus, ce n'est pas que le nombre des adultères augmente, ni que le nombre des maris qui battent leur femme soit plus élevé. Non, il y a un peu de tout cela, mais il y a une cause plus générale et plus puissante. Quant aux prétextes pris par les avocats pour justifier ces demandes sans cesse plus nombreuses, ils n'ont aucune importance.
Pour la Rimmaniej pour Bade^ pour la Saxe et pour le Massachusetts ^ nous n'avons rien à sgouter aux renseignements contenus dans notre tableau.
§ 68, — Conclusions. -^ Quelles conclusions faut*il tirer des considérations qui précèdent?
C'est que la fréquence des divorces ne dépend en rien des condi^ tions que la loi formule pour prononcer la rupture du mariage. La fréquence des divorces ne dépend pas de tel ou tel texte, de telle ou telle expression dont se sert la loi.
Elle dépend des causes que nous avons étudiées dans notre Première pariiCy et notamment du nombre de cervelles mal faites que renferme un pays,
Je ne puis m'empécher de sourire quand je vois nos législateurs se disputer sur les dangers de telle ou telle disposition qu'ils proposent d'ajouter ou de retrancher de la loi. Le divorce peut-il être prononcé en cas d'ivrognerie, ou de folie? Belles questions 1 Si l'époux indigne ne peut être condamné pour ivrognerie, on le condamnera parce qu'il insulte sa femme, ou la bat; ou encore parce que le fait d'aller s'enivrer au lieu de rester sagement près dé sa femme constitue une injure adressée à ladite femme.
Les juges, et il faut les en louer, se sentent obligés par leur conscience à rompre le mariage toutes les fois qu'ils voient un malheureux livré à une incurable brute. Si vous limitez les causes qu'il leur est permis d'invoquer à haute voix, vous ne limitez pas par là la conscience qu'ils ont de la justice et de la vérité. Vous les obligez seule-* ment à donner des entorses au dictionnaire, et à appeler « injures » non seulement des paroles, mais des actes, des faits, et jusqu'à des maladies.
Le respect dû à la loi ne peut que souffrir de ces interprétations forcées (1).
Ce que la loi doit exiger, c'est que le divorce ne soit pas irréfléchi. II n'existe pas de pays, à ma connaissance, où Ton admette aujourd'hui les divorces irréfléchis. Partout on demande aux époux qui veulent se quitter, soit qu'ils disent pourquoi ils se séparent, soit qu'ils réfléchissent pendant quelques mois à la résolution qu'ils ont prise.
Comme il est dangereux d'innover en semblable matière, et surtout d'innover trop vite, je verrais avec regret la loi française admettre qu'on puisse divorcer sans en avoir mûrement médité les conséquences.
Les procès contradictoires donnent assurément le temps de la réflexion. Comme un débat contradictoire doit autant que possible s'appuyer sur des faits précis et matériels, il est naturel que la loi les énumère, tout en laissant au juge une certaine latitude d'appréciation. Mais c'est tomber dans une étrange illusion que croire qu'on va influer en rien sur le nombre des divorces et sur leur facilité, parce qu'on admettra ou qu'on refusera d'admettre tel ou tel motif (j'allais dire prétexte) de divorce.
Vous le refusez néanmoins? Hé bien ! les plaideurs en choisiront un autre, et cela reviendra au même. Quand on se décide à divorcer, ce n'est pas pour un seul grief : c'est pour cent ! Sur le nombre, il s'en trouvera toujours un que votre loi aura visé.
1. Et puis, il y a quelqu'un qui est encore plus malin que les juges. C'est Tépouz offensé. Comme l'époux coupable donne toujours prise sur lui par plus d'un côté, on chosit le plus vulnérable.
On fait comme le client d'un avocat de mes amis, qui exerce dans une petite ville de province.
H vit entrer un jour dans son cabinet un monsieur que les aventures galantes de sa femme avaient rendu célèbre dans le pays. Ce mari, ordinairement débonnaire, paraissait très surexcité : il confia à Tavocat, sous le sceau du secret, des mystères que toute
la ville connaissait depuis longtemps, «c Oui, oui, murmura Thomme de loi. je savais
j'avais entendu dire — Comment, vous aussi! Tout le monde le sait donc ! Entin
n'importe : je veux me séparer de ma femme ; mais tout le monde a beau savoir comment elle me traite, il me déplaît de le dire et de le démenti er moi-même, et je serai médiocrement flatté que mon histoire soit ofliciellement constatée par jugement public. Y a-t-il moyen que la séparation soit prononcée pour d'autres motifs? »
L'avocat était fort embarrassé: «c Tenez-vous beaucoup a ce que la séparation soit prononcée en votre faveur? demanda-t-il à son client. — Cela m'est parbleu bien égal, car nous n'avons pas d'enfants! L'important est que la séparation soit prononcée, et sans esclandre autant que possible. — Mais votre femme est-elle disposée à se séparer de vous? — Hélas 1 elle n'y est que trop disposée, et me l'a bien prouvé. — Hé bien ! dit l'avocat, feignez d'avoir querelle avec elle, poursuivez-la jusque dans la rue, et donnez-lui quelques coups devant témonis : un simple soudlet suitira pour vous faire condamner. >
Ainsi fut fait, et la séparation fut prononcée contre le mari, c J*ai tapé un peu plus fort que vous n'aviez conseillé, dit le brave homme en remerciant son avocat au sortir de Taudience. Je savais qu'un soufflet suffisait ; j*y ai joint quelques coups de poing ; ça ne servait à rien, mais ça me faisait plaisir, t