‹ Étude démographique du divorce et de la séparation de corps dans lesChapitre 84 sur 112 · INFLUENCE DE LA PRÉSENCE DES ENFANTS SUR LA TENDANCE AU DIVORCE · texte numérisé non relu

INFLUENCE DE LA PRÉSENCE DES ENFANTS SUR LA TENDANCE AU DIVORCE

§ 68. — Règles générales. — Les adversaires du divorce versent des pleurs sur le sort des enfants après le divorce de leurs parents.

Ils ont pour les enfants une tendresse extraordinaire.

Eh bien I et leurs parents? Croyez-vous que les parents n'aiment pas leurs enfants plus que vous et qu'ils ne sachent pas faire dans leur intérêt toutes les concessions, tous les sacrifices nécessaires?

Croyez bien que, lorsque des gens ont des enfants, il leur faut, pour se séparer, des motifs exceptionnellement graves.

Les chiffres le prouvent dans tous les pays où cette étude est possible. C'est en France qu'elle est le plus facile. C'est donc l'exemple de la France que je citerai, quoique celui des Pays-Bas soit plus démonstratif encore.

Pendant la période 1851-60, voici ce qu'on a observé dans notre pays:

Sur cent mille ménages sans enfants, il y a eu, bon «in mal xm, 61 séparations de corps.

Et parmi les ménages ayant des enfants, savez-vous à quel chiffre est descendue la proportion des brouilles judiciaires? A 16 seulement.

La différence des deux proportions est énorme !

Vous voyez donc que les gens qui ont des enfants y regardent à deux fois avant de se séparer. Quand ils s'y décident néanmoins, il est très vraisemblable que c'est parce qu'ils ne peuvent faire autrement, et que la vie commune est devenue intolérable.

Dans les pays où le divorce existe, nous observons la même règle.

Il faut donc renoncer à verser des pleurs sur le sort des enfimts dont les parents se séparent. Ces larmes peuvent être sincères, mais elles sont, comme on la vu, absolument inutiles.

Car la tendresse du législateur pour ces enfants est en somme toute théorique. Celle des parents a des effets beaucoup plus pratiques.

Il faut le dire frandiement, au risque de sortir un instant du cadre exclusivement statistique où nous nous renfermons ici, ce grand amour des enfants est en grande partie de l'affectation. C'est de la fausse sensibilité de rhéteur qui ne sert, le plus souvent, que de prétexte h fermer la bouche de l'adversaire, en lui refusant le droit de discuter et de parler raison.

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Ils font semblant de pleurer sur le sort de ces pauvres enfants. Que répondre à des larmes ?

Demandez-leur en quoi les enfants d'époux divorcés sont plus à plaindre que ceux d'époux séparés ; en quoi le second mariage des parents leur nuit plus que le second mariage des veufs; faites-leur remarquer combien le spectacle du ménage régulier dans lequel ils entrent est plus moral que celui du faux ménage qui succède le plus souvent à une séparation judiciaire ; enfin demandes-leur pourquoi ils veulent sacrifier le bonheur des parents & celui de leurs enfants. Tous ces arguments, que je ne développe pas parce qu'ils ne seraient pas à leur place ici, n'obtiennent qu'une réponse uniforme : « Ahl les pauvres enfants ! >

Vous aurez beau gémir, vous ne les aimerez pas tant que leurs parents.

a Et si les parents ne les aiment pas ? » direz-vous. — Si l'un des parents ne les aime pas, dans ce cas n'hésitons pas l Dépâchons-nous de les soustraire à son autorité en les remettant à l'époux le plus digne 1

Ces observations générales une fois faites, il convient de nous limi* ter strictement à notre sujet, et de rendre incontestables les chiffres que nous avons cités plus haut.

§ 69. — Etude de la France {méthode exacte). — ^ Cette question est une de celles qui ont le plus occupé les statisticiens. Mais il faut avouer qu'ils ne lui ont pas donné de solution. La raison en est facile à comprendre.

Il est peu de bureaux statistiques qui ne relèvent^ lors du divorce, si les époux ont des enfants ou n'en ont pas.

Les voilà parbleu bien avancés 1

A quoi nous sert de savoir que pendant la période 1851-60 il y a eu en France par exemple 10,152 séparations entre époux ayant des enfants, et 6,659 entre époux n'ayant pas d'enfants ? S'il y a, parmi les séparés, plus d'époux ayant des enfants que d'époux n'ayant pas d'enfants, cela tient simplement à ce que la grande, Timmense majorité des gens mariés ont des enfants.

Que faut-il donc faire pour savoir si la présence des enfants détourne du divorce, ou si au contraire les dissensions que fait naître leur édu* cation ou le soin de leurs intérêts excitent aux querelles judiciaires?

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