‹ Étude démographique du divorce et de la séparation de corps dans lesChapitre 85 sur 112 · CHAPITRE XVn. — INFLUENCE DBS ENFANTS SUR LE DIVORCE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVn. — INFLUENCE DBS ENFANTS SUR LE DIVORCE

Il faut se poser la question suivante : c Quels sont les individus aptes à produire les 10,152 séparations entre époux ayant des enfants ? » Il est évident que ces individus sont l'ensemble des époux ayant des enfants qui vivaient en France pendant la période 1851-60. Or, par une chance heureuse, le recensement de 1856 nous donne ce renseignement si important. Les couples mariés ayant des enfants étaient (à très peu de chose près) au nombre de 6,009,529. Divisons par ce nombre le nombre de ceux qui ont demandé à se séparer pendant cette période et nous trouvons que, sur 100,000 couples féconds, il y en a eu 16.9 qui ont demandé la séparation.

Procédons de même fom les époux n^ayant pas d'enfants, nous avons les chiffres du tableau suivant :

Tableau LV.

France (1851-60). — Sur 100,000 ménages de chaque catégorie, combien de demandes en séparation {aecueitlies ou non), chaque année f

Epoux n'ayant pat d'enfants 16.9

EpoQx sans enfants 60.4

Cette différence est d'autant plus remarquable qu'une bonne partie (le quart environ) des 1,101,051 couples san^ enfants sont de jeunes couples qui viennent de se marier depuis quelques mois, et n'ont pas d'enfants par Texcellente raison qu'ils n*ont pas encore eu le temps d'en faire. Ces bonnes gens-là (nous le verrons dans un chapitre suivant) ne songent pas pour la plupart à se quereller.

Ainsi les 61 brouilles judiciaires que nous avons comptées ne leur sont pas imputables. Il n'en faut accuser que les époux qui, après •plusieurs années de ménage, n'ont pas eu d'enfants. Dans ce cas, les querelles prennent une aigreur particulière. S'il y avait eu des enfants, elles auraient sans doute éclaté tout de même, mais la victime du mariage (quel que soit son sexe) se serait résignée par égard pour eux.

Remarquons-le bien. Si le calcul qui précède est possible en France pour une période déjà éloignée, c'est que le recensement de 1856 avait eu la bonne pensée de distinguer les époux suivant qu'ils avaient des enfants ou qu'ils étaient stériles. Quoique celte enquête eût produit d'excellents résultats, on ne Ta pas renouvelée. Et ce n'est pas dans le honteux état de dégradation ou tombe la statistique de France qu'on peut espérer qu'une telle amélioration soit apportée (1).

1. Non seulement radmînistration centrale refuse de faire les progrès les plas né-

Ainsi le calcul dont nous avons fait connaître plus haut les remarquables résultats n'est pas possible avec les documents qui nous sont livrés aujourd'hui.

§ 70. — Elude rétrospeclive de la France (mélhode indirecte), — Cependant on doit se demander si la règle qui était vraie en 1851-60 a continué jusqu'à aujourd'hui à s'appliquer avec autant d'énergie.

Voici comment on peut s'en assurer.

Les chiffres que nous avons cités plus haut peuvent être présentés sous une autre forme, beaucoup moins mathématique et moins probante que la précédente, mais néanmoins suffisamment logique :

Tableau LVI.

France (1851—60).

Snr 1 .000 couples Sur 1 ,000 couples

dans la population qui demandant

générale la séparation

(receosement 1856). (1851—60).

Col. a. Col. b.

Combien n*ont pas d'enfants ? . 155 396

Combien ont des enfants ? . . 845 604

Totaux 1,000 1,000

Nous pouvons alors raisonner ainsi :

La colonne a nous montre que, sur i ,000 époux pris au hasard dans la population française en général, il y en a 155 qui n'ont pas d'enfants. Donc, si Tabsence ou la présence des enfants était une circonstance indifférente à la séparation, il est clair que sur 1,000 couples séparés il devrait n*y en avoir que 155 qui n'eussent pas d'enfants. Or il y en a près de 400 : c*est donc que l'absence des enfants favorise la séparation. '

De même la colonne a nous apprend que, sur 1 ,000 époux pris au hasard dans la population française, il y en a 845 qui ont des enfants.

ccssaires (et ne perd pas une occasion de rétrojj^rader), mais encore elle interdit aux administrations plus actives de réaliser les améliorations désirables.

La commission de statistique municipale de la ville de Paris avait adopté, sur mon initiative, la question si aisée qu'avait déjà formulée le census de 1^6, et qu*une autre commission avait d*ailleurs adoptée au ministère de Tintérieur. Ordre est venu de supprimer cette question. On n*a jamais pu dire pourquoi on n*en voulait pas.

Cependant son intérêt est plus grand encore en France que partout ailleurs. Elle seule peut faire connaître les causes de l'extraordinaire faiblesse de la natalité française, causes qui sont d'autant plus obscures qu'on les étudie avec plus de soin.

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