‹ Étude démonstrative de la langue phénicienne et de la langue libyqueChapitre 16 sur 66 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

La troisième scène ne contient que deux passages puniques ; l’un, Laehanan i-os, et, selon Cesenius, Larhanam, dont j'ai déjà parlé, et sur lequel je reviendrai bientôt; l’autre, comprenant les vers 2'2 et 23, au sujet desquels notre auteur s'exprime ainsi : > Ex quo equidem nihil

- efflcio, et proptereà judicare non possum, an rectè Milphio punira interpretatus fuerit , in

- quam scntentiam inclinare posait qui viderit latinam interpretationem minimè. ut plerùmque.

- solos sonos verhorum punicorum captare et in ridiculum vertere. Postquàm enim Ciddeneme,

• inuiier Carthaginensis (puellarum nutrix) Hannonem pristinnm herurn agnovit atque gau-

- dium de opportuno ejus adventu significavit, servorum punicorum unusmulierem pojtularem « iià compellat :

• llaudones Uli liavon bene si illi in mustine,

>cui tnulier respondet.-

• Me ipsi et eneste dutn et alanma cealiuum

-Tûm Agorastocles ;

• Qnid illi loculi aunt inter se? die mihi.

• Milphion :

• Hatrem salutat hic suam, hatc autem hune filium.

• Bellermannus, qui Milphionis interpretationem Gctitiam censet, bœc ità solvit' redditque :

Pl'KB. Pietata commotus est dominus meus, qimd deus meus donavit bas iilias, non morti tradidil. Gido. Quis præter me (beatus?) Lamentum silobit! in tclurnuin gaudebimus beati,

• Qux magnam partem ità ferri non posse, neque eam habere significationem quam ei tribuit K.

• mecum facilè intelligent litteramm hebraicarum periti ( vide prtc ca-ieris n;r li*’:, morfi

• tradidil, x'.y cujus formuhe Jcs. 47, 8, 10. Zeph. 2, 15 iongè diversus est usus,

•C:n, lamtntum? c*t:n, beati?) : meliora tamen neque ab alio quoquam in medium prolapsa

• video neque mihi ipsi dare post omnes curas et cogitaliones contigit. Haud scio igitur an ista

• liby-jibotnicia potius quam verè punira sit, pariter atque sc. I, v. 1 1 • 16, de quorum interpre-

• tatione pœnc desperandum sil. -

Je ne puis souscrire ni à celle dernière hypothèse ni à ce désespoir. L’édition de Jfan.ssoii présente une variante qui n'est point rapportée par Cesenius et qui me parait jeter un grand jour

«nr le sens du premier des deu* vers dont il s’agit ; cette édition porte Banum au lieu d'Haeon ; j’en conclus que c’est le nom même du Carthaginois qui se trouve là un peu altéré, et en adoptant, d’un autre côté, pour le premier mot, Bnuduni, conformément à l’exemplaire de Leipiig, au lieu de Haudone, je crois qu’on peut arriver à une explication plausikle^r la transcription suivante :

l’iEB.

rmra l’ît rrSvn ;n:3 \:rh = ’iis km

}S. ffamJnni n li llanon binulh hisi'ih m mushtitie.

düus ineu5 qui Utinnoni ûlia» fecil perveoirc sine «lupro.

Giddkkf.mc.

I3PK pO D’Vina OTTO DM TV <DBK >0 IX. .Vf ipsi ad ma al dam beihulim nas elman.

tjuis prmter me hucustiue fectl etfugere cruentalionom virginitatis, spernens merredem amplam T Ceci répond à ce passage du prologue :

• Ne«(uo eam letigit

• Nequo quicquam cum ea fecit eü,imnum stupri. •

Quant à Laehanam, on doit se rappeler que Gesenius y voit une imprécation consistant dans la contraction de /.achananim, qu'il lit au vers ô3 de la seconde scène, et qu'il traduit ainsi ; ad miséricordes/ Ayant déjà combattu la proposition principale, je ne pois en ce moment accepter le corollaire, d’ailleurs forcé, qu’on voudrait y ajouter.

Saumaise, cité dans l'édition de Gronovius, émet sur cette locution l’opinion suivante; «Punira - hæc sont cl in duas voces dividenda, La Chanan vos, et chanan pro rhanaan. 'jy;n xH; non

• vos, inqnil, in Cbanan palriam vestram, sed hicjani detrudam ad molas. Fœni in Africi Cha-

• nanæi atque ita etiam ibi se vocari volebant, qui ex Cbananæl oriundi qoïc Grateis ooivixt).

• Græci enitn tàm Phænices Syri® quàm Africa;, qui eorum coloni, appellabam. Romani

• bos Peenos ex Graxto vocabolo foivîxr,;. Verùm Ipsi, ut dixi, ne in Africa quidem se vocabant ‘ Phanicei aut Pœnos, sed CAanantrus... ipsa quoque regio Chanaan vocabatur. Puto itaqne

• hoic versui nomen Pceni proponendum esse, non Milphioois. •

Cette opinion a trop peu de vraisemblance pour qu'un y adhère; rien ne donne à penser qu’Hannon ait rintention de ne plus retourner à Carthage, sa patrie, et de se fixer à Calydon. Mais Saumaise à eu raison de lire, suivant l’exemplaire de Leipzig, Lachanan; celte leçon fournit, ainsi que celle du .53* vers de la seconde scène, un sens littéral aussi naturel que simple. Agoraslocle commande à Milphion de rentrer, de préparer on repas pour son oncle et d’emmener avec loi les esclaves de ce dernier; alors Milphion, esclave lui-méme, qui s’est plaint au commencernent de la pièce des mauvais traitements qu'il subit, se dispo.se à oser durement à son tour de raolorilé passagère qui vient de lui échoir; celte tendance, on le sait, n’est que trop commune dans le cœur des opprimés. .Milphion tranche donc du maître, et il s’écrie, en s’adressant aux serviteurs d'Hannon : nS, pas de pitié I marchez I Je raie cous faire piler le blé et tourner

les meutes.

On ne peut se défendre d’un sentiment triste en pensant que Plaute pariait là de ce qu’il avait peut-être souffert loi-meme.

Lachanan est le dernier mol phénicien de la pièce. Les déclarations des trois auteurs que nous avons invoqués se trouvent pleinement justiUées par l’analyse à laquelle nous venons de nous livrer. Il en résulte en effet que le texte phénicien peut presque entièrement se rendre par l'hébreu , mais qu’on y reconnaît dans une très faible proportion un alliage araméen; cet alliage est prouvé par les formes p:n pour n:N’, on pour oc. Cette donnée nous fournil une base sûre pour l’herméneutique des textes monumentaux que nous allons entreprendre.

ET DE LA LANGEE LIBYQl E.

Nous ehercherons d'sbord à délorminfr d’une manière précise el rigoureuse la valeur des dirTerenis el nombreut signes que les munumenis préscntenl ; nous verrons res signes se diviser CD ptionéiiques, ce sont incomparablement les plus nombreux, cl en arithmétiques. Cette détermination, dont la justesse ne peut se prouver que par la traduction des textes, entraînera nécessairement l'analyse d'une grande partie des inscriptions que l'on connaît.

Nous mettrons ensuite de l'ordre parmi ces signes en les classant d'après les rapports et les différences qu'ils présenteront selon les contrées el les époques auxquelles on pourra les rattacher. Noos trouverons ainsi l'occasion d’achever l'interprétation des inscriptions, dont nous ferons en même temps remarquer les carsclères de famille et de distinction que fournissent les textes euxmêmes dans leurs formules générales.

Enfin nous résumerons toutes les données acquises dans une synthèse grammaticale qui sera l'expression de la langue, telle qu'il semble aujourd'hui possible de la reconstituer.

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