‹ Étude démonstrative de la langue phénicienne et de la langue libyqueChapitre 17 sur 66 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Médaillés de Tyr et de Sidon. — Détermination des lettres i ^ E3 3 g t. — Emploi du lameil préfixe comme exposant du datif, du mrm suflixe comme exposant du pluriel masculin des substantif.

Par one rencontre remarquable, c’est de Tyr cl de Sidon, les deux foyers de la civilisation et de la puissance des Phéniciens, que nous sont venus les monuments le.s plus propres à servir de point de départ dans l'élude de la langue de ce peuple.

Ces monuments sont des médailles bilingues, savoir marquées d’une légende grecque et d’une légende en caractères particuliers que naturellement on a considérés comme pbéniciens. {Voir Gesenius, lab. 14.)

La légende grecque porte, sur les unes, TVIMUX ; sur les autres, 211 AQNUl, c’est-à-dire (monnaie) des Tyrient, de Sidon.

Ainsi l'ariginc est incontestable, et nous avons, ponr premier point d’appni, l’avantage de procéder du connu à l'inconnu.

La légende phénicienne est, pour les premières de ces monnaies, pour les secondes tanlé* )9/(l..e* isnlél

II est probable que ces mots, et surtout le premier, qui est fort court, sont les équivalents des noms grecs.

Or, nous avons un précieux moyen de vérifieslion dans la Bible, qui nous montre l'orthographe des noms de Tyr et de Sidon en béhren. C’est là ce qui, avec l’avantage d'être bilingues, donne à ces médailles la prééminence parmi tous les éléments qui peuvent nous servir dans la démonstration rigoureuse que nous avons entreprise.

En hébreu, Tyr se dit tiï ou •«" Sidon llfl.

ÎO DE LA LANCTE PHÉNICIENNE

Le premier de ces noms a trois caractères, comme celui qui constitue la légende phénicienne des monnaies de Tçr; le dernier en a cinq, comme celui qui compose la légende phénicienne de la seconde variété des pitves de Sidon. Devons-nous en conclure que ces légendes sont la transcription exacte des noms hébraïques t'ï et ^*Tï, et que la variété des médailles sidonicnnes, qui n’a que quatre signes, doit cette différence au retranchement del’nne des lettres composantes, par exemple du tau ou do iod quiescent, comme nous voyons qu’en bebreu l'on disait indifféremment "ï et sï?

Quelque spécieuse que soit au premier aperçu cette présomption, ne nous bâtons pas d'y adhérer. Ileprenons l'examen sous on autre point de vue.

Les deux noms hébreux ont une initiale semblable.

Or, il en est de même des deux noms phéniciens.

.Mais dans ceux-ci les secondes lettres aussi se ressemblent, ce qui n'a point lieu dans les noms hébreux .

Ces secondes lettres seules peuvent donc correspondre aux initiales lichraî(|ues, c’csl-à-dire au Itadé ; le signe précédent doit être un préfixe exprimant l’une des inflexions des noms gree.s, celle qui se montre constante, ainsi que ce préfixe lui même, .sur la medaitte de Tyr et sur celles de Sidon , savoir le cas oblique ; nous y reviendrons hirntot.

Ainsi le nom phénicien de Tyr resie composé de deux lettres, comme la variante hébraïque 'ï, cl il en ré.sulte que la dernière e.sl nn reih.

La légende des médailles de Sidon se présente tantôt avec trois, tantôt avec quatre caractères. • Il est probable que la première forme contient le nom réduit à la plus simple expression , c’està-dire privé du r(»u, comme 'ï. et du ind. Ictires très fugaces aussi en hébreu. Alors, dans cette forme, les deux derniers signes sont dalelh et nun.

La seconde forme est allongée d'une lettre terminale ; cette lettre doit donc être servile, si b s r.vdicales du nom se trouvent dans les trois précédentes. Que peut-elle exprimer dans celte )>osiliiin? Evidemment la seconde inllexion que révélent les noms grecs correspondants, inllexien qui, dans ceux-ci conime dans le nom phénicien que nous analysons, n'esl point consiante. savoir l'adjcclir pluriel : nous avons vu on effet, d'une part, TVI’IDN, de l’autre. -IA12M)Z; il est aus.si des exemplaires qui portent SAUMUN.

Maintenant appeaantissons-nous quelques instants sur ces affixes que nous venons de voir figurer, l’un constamment à la télé des deux noms phéniciens et y constituant le cas oblique, l'autre accidentellement à la fin do nom des médailles de Sidon et y caractérisant la forme adjeclivc et le pluriel.

la; premier, avec la fonclion que nous lui attribuons, peut être le tamed ou le mem ; le tanied, comme indice d’appartenance, de cau.ve ou d'auteur, dultrtu poitetsorit eauta et aurlorù. Ge- .SEMiig, Lei., p. 612 ; le mem, avec le sens d'origine, de cause efiieiente, De auelore et cauid efficiente, ibid., p. 58S.

Mais le mem doit se trouver dans le suffixe : cette lettre en effet peut seule résumer en un signe unique la douille expression dont il s'agit. Or, comme celle figure dificre de la première, il ne peut y avoir idemilé de valeur aipliabélique; la première est donc pi ubablement un tamed.

En conséquence, les légendes doivent être lues ainsi .

TïK. SIDON.

Ce rappre -hemem nous permet de remarquer, en confirmafion de notre lecture, la resaem-

ET DE LA LANGl'E LIBYQIIE. 21

blance qui existe entre le caractère que nous considérons comme le lamed phénicien et le lanud chaldaïque.

Une .siniilitûde non moins frappante sc montre entre le tnem et le mm des trois légendes et les signes correspondants de l’ancien alphabet hébreu, tel qu'il est conservé sur les médailles ; on peut s'en convaincre en jetant les yeux sur les légendes suivantes:

nciTpn o’Srti’ pyoc

Jérusalem la sainte. Siméon.

On peut aussi remarquer une légère variante entre le Uadé des deux premières légendes et relui de la dernière. Il en existe de beaucoup plus prononcées dans toute la série des exemplaires ()ue l’on possède, et non-seulement pour le ttadi, mais pour chacune des antres lettres.

La comparaison de ces diverses légendes donne lieu à deux remarques très importantes, cun* cernant, d’une part, le grand nombre de modifîcations, de dégradations, de variantes que peut revêtir le signe d’une même articulation, d'une autre part, au contraire, la ressemblance qn<> peuvent présenter des caractères pourvus d'une puissance différente, tels que le lamed et le nun, le daleth et le rtth.

La similitude entre le daleth et le reeh existe aussi, sous une autre forme, dans l'alphabe: chaldaïque.

C’est, sans aucun doute, pour éviter la confusion qui pourrait en résulter que. chez les Phéniciens, l’une de ces lettres, le resh, a été modifiée comme le montre l'exemplaire 1, qu'elle a pri.s la figure qui s’est perpétuée jusqu’à nous dans l’alphahct romain, après avoir été retournée de droite à gauche pour suivre le sens de l’écriture.

D’autres monuments pareillement bilingues, pareillement enrichis d’une inscription grecque et d’une inscription phénicienne, nous offrent les noms de Tyr et de Sidon. Notre démonstration, je pense, sera complète si nous retrouvons dans les textes phéniciens les éléments des deux nom." dont il s’agit conformes à ceux que nous avons précédemment signalés.

Ces monuments sont :

1° Celui qni est figuré sur la tab. 6 de Gesenius et dont l'inscription grecque porte : Aiovusc.; xï't ^px:r((<>v, 01 Sapxmoivo;, Tuptoi, 'llfaxAst if)rr,Y£T«;

2“ Celui qui est représenté ibid. tab. 9, et qui a pour texte grec : Aprîiiiobjso; 'HXtoowpoo,

itoowt»; ;

3® Celui que reproduit notre planche J, avec l’épigraphe grecque : ^uctXtuou, uiocovia.

Dans le texte phénicien du premier de ces monuments, nous reconnaissons de suite, à la première ligne, lettres 15 et 16, le groupe qui ressemble à la racine des légendes D F N des médailles de Tyr.

La seconde inscription présente, aux 8*, 9* et lO* lettres de la dernière ligne, le groupe ^ A que l’on peut rapprocher de plusieurs variantes du nom de Sidon.

Enfin, sur le troisième monument, 1'* ligne, lettres 18, 19 et 20, nous voyons le groupe ‘/AIT qui, outre sa ressemblance avec le précédent, en a aussi avec la partie correspondante des variantes F et I des médailles de Sidon.

.\ucon de ces groupes n’est immédiatement accompagné de l’on ni de l’autre des caractères qui y sont annexés, l'un en avant, l’autre en arrière, dans les légendes des médailles de Tyr ou de .Sidon, et que nous avons en effet considérés comme étrangers aux racines, comme serviles, savoir fun lamed préfixe, l’autre mem sufHxè.

Ainsi, sous tous les rapports, et avec surabondance de preuves, se justifie notre lecture, se vérifie la détermination des six lettres que notre analyse a dégagées x, S, J, if, t-

Page 1