‹ Étude démonstrative de la langue phénicienne et de la langue libyqueChapitre 20 sur 66 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

npiixiémo iiLscription bilingue d’Athènes. — Médailles de Lie, Sex et Cadie. — Détermination des

lettres k, i et p.

La seconde inscription athénienne (Gesenius, tab. 10), gravée sor une stèle de marbre blam* d’une fort belle qualité, ressemble beaaconp à la première, soit par le caractère général dn monnment, soit par la forme des lettres de l’épigraphe phénicienne. Elle a été en effet déterrée au même lieu, près d’Athènes et de l’emplacement de l'ancienne Académie. Elle se trouve aujourd’hui dans le Musée de Paris, salle des candélabres, n* 983.

Nous en étant occupés déjà dans le chapitre précédent, nous en connaissons la plupart des lettres et des mots; nous pouvons d’emblée la transcrire presque complètement de la manière suivante :

m P ïnruaS ’ro ?r P cQîmi? p

A Benchodesh, fiU d’Âbd fils d’Abdsbemesh, üls do citien.

Noos avons deux signes à déterminer, les 14' et 28*.

Le quatorzième fait partie du nom propre ABDML.RT ; il est impossible qu’il ne vienne pris immédiatement à l’esprit de lire la seconde partie MLCRT ou MLQRT, Pfailon de Bybloe désignant MtÀixa^bo^, c’est-à-dire, en retranchant les voyelles et la terminaison grecque, M>xpO, comme le nom d’Hercule parmi les Phéniciens. Or ce nom lui-mémeest formé dernp ’\h'C, pour P'^pn ~)Sc, le roi de la ville: les deux gutturales sont fondues en une seule, soit caph ou qôph. Nous avons déjà vu une autre forme du caph; d’ailleurs le qôpk éunt emphatique, il est beaucoup plus probable que c'est loi qui a absorbé son afûne. Enfin la figure de notre inscription a la plus grande ressenthlance non-seulement avec le qôph ancien des médailles hébraïques, ainsi qu’on le voit dans la légende rapportée page 2t, mais aussi avec celui de l’alphabet chaldaïqur. Noos lirons donc sans hésitation rt''pSt:'ny, Abdmelqart, le servileur de Melqarl ou d' Hercule.

Le vingt-huitième signe, le second de ceux que nous avons à déterminer, se voit sur des midailles (Gesenius, tab. 40, XV) qu’on a attribuées à Cadix parce qu’on les y a trouvées en très grand nombre et qu’on ne les a trouvées que là, que d’ailleurs la fabrique est espagnole. L’attribution n’est pas contestée.

La légende de ces médailles est :

Pour les unes.

Pour les autres,

Noos connaissons, dans la première variante, les lettres 'vr?n nSv?; dans la seconde, Vt?? Ss? “ .

Nous nous rappelons que la première partie de la seconde variante se retrouve sur les médaille-, de Lût eide Sex, et que nous en avons induit que c’est une formule commune, que ce n’est poiiu là qu’est écrit le nom de la ville, présomption qui s’est vérifiée pour les deux espèces de médailles dont il vient d’étre parlé et qui se reproduit par conséquent ici avec une force nouvelle.

H est évident que c’est cette formule aussi qui se montre dans la première partie de la première classe sous une autre forme grammaticale. En effet, il y a de part et d'autre un groupe ideiilique c* radical, et les lettres variables qui y sont annexées sont des servilo.

;:o DE LA L ANGLE PFIÉMCIENNE

savoir, dans la première variante, ri siifGte, eiposaiit du féminin, dans la première, s préfixe, préposition indii|uanl l'origine, la provenance.

Lu première lettre du radical que nous venons de dégager nou.s est Inconnue.

Ci pindani, à la table 41, .Wll, atl. de (icscnius, sur l'exemplaire C des médailles d'Abdère, on peut remarquer une variante du AetA. qui a la plus grande analogie avec cette lettre, surtout avec celle de rexcmplaire 1). Ce pourrait donc, être aussi on brth. Cette supposition est coniirmée par le parallélisme des variantes de la légende d'une médaille reproduite sur la table 43, XXIV, de liesenius, lettres K, U, C et C; ce parallélisme en effet se présente ainsi :

d’où résulte la démonstration positive que les Ggures dont nou.s recherchons la valeur sont des dégradations du ktlh. Nous avons donc dans les groupes en question les motsnVsa et qui

donnent en effet le sens le plus naturel de celle partie de la légende, savoir : Cité de.... ou JJe la cité de....

Le premier de ces mots n’a pas liesoin d'explication; le terme hébreu ou nVvi, avec l'acception dont il s'agit, est parfaitement connu.

Quant an second mot, Gesenios avance qu’on doit y sous-entendre un tod suffixe et supposer ■Vï^C pour C’'tï’3’3. vu l'étal construit, c’est-à-dire Det ciloi/rns de.... Cette a.sscrtion me parait une erreur. La Bible emploie souvent dans une siloalinn semblable; en voici deux exemples tirés, entre plusieurs autres, du Lexique de Cesenius lui-même : ton/» mul-

lùudinis. ville de Samarie, Canl., viii, 1 1 ; Tïn ^773, Haktm villam, ville de la tribu d'Ephraïm. Il, 5amiir/, Mit, 33. Enfin le LivTe sacré fournit un exemple plus frappant encore, en cela qu’il présente les deux variantes de la légende de Cadix, dans le nom de la ville des Siméoniles, appelée 'N3 rSï3, Battlat beer, dans Josué, xix, 8, et simplement h'jz, Baal, dans les Paralipnmènes, 1*' liv.,chap. IV, V. 33.

Il est possible que le sens de V?3 dans ces composés soit non pas rigoureusement celui de cité, mais celui de possession; cela est au fond indifférent; ce qu’il importe de constater, c’est l’existence de la forme, et, par conséquent, la légitimité de notre lecture, en ne regardant la traduction que comme indirecte, ce qui peut au surplus s'appliquer aussi au mol Locus employé par Geseoius dans le premier des exemples précités.

Ainsi,

D’une part, l'interprétation des légendes de Lix et de Sex (voy. page 33) doit être complétée comme il suit :

r «têh S 733 , De la cité de Lix;

Vysa, De la cité de Sex.

D'une autre part, sur les médailles de Cadix, le nom propre de la ville doit être cherché dans la seconde moitié de la légende.

Plusieurs auteurs nous apprennent que le nom ancien était Gadir, en grec l'a3np<, soit, en faissnt abstraction àts voyelles, G D R.

Les deux dernières lettres de la légende noos sont déjà connues pour D R; il est donc très proheblequecelle qui précède, celle dont nooscherclionsla valenr,complèleG D R, et,psrconséquent, est un ghimel. Elle ressemble en effet au ybimel de 1a paléographie hébraïque, comme

ET DE LA LANGUE LIBYQUE. rM

on le voit dans le mot S'il de la légende citée à la page 35. En oulri' on doit remarquer que ers trois lettres restent invariables au milieu des modilicalions de la légende sur les divers eiemplaires. Nous y voyons donc avec une pleine conviction le nom de la ville ''ij, (ladir,

Gades, tiadix.

Xe ké préposé à ce nom dans la première classe est l’article, comme nous l'avons déjà vu remplir cet oflice dans le mot de la première inscriplinn aihéineme: cette circonstance rend la phrase tout à fait hébraïque, njn n*773, la cUi de Gadir.

bans la seconde classe, le hé est remplacé par une autre ligure, et celle-ci est précisément la deritière de celles dont nous avions à rechercher la détermination pour achever la transcription et la traduction de la terunde inscription athénienne. On voit, en effet, une identité entière entre cette lettre sur l'inscription et celle de l'exemplaire C bis des médailles de Cadix, sur la tah. 40,

XV, de Gesenius.

Dans l’inscription, cette ligure fait partie de la série c?s:?r que nous n’avons pu encore expliquer et dont nous venons de déterminer un élément de plus, le second, ou ghimel, ce qui donne tsJïart.

Malgré cette addition, il ne nous est pas encore possible de découvrir un sens bien clair; il importe donc que nous nous attachions à rechercher la valeur de la dernière lettre inconnue, et la particularité de la légende de Cadix nous offre pour cela une heureuse necasiou.

Dans celte légende, le caractère dont il s'agit ne peut qu’être ou le hé préfixe de la premiète variante sons une autre forme, ou l’article exprimé par une autre lettre.

En admettant le hé, nous ne pénétrons pas encore le sens de la série de lettres de notre inscription.

Nous retrouverons ce signe dans une autre légende qui peut nous être ici d’un très grand secours, parce que nous en connaissons tous les autres éléments, et qu'elle est d’ailleurs fort -v

simple ; c’est cclla de l'exemplaire N des médailles de Tyr, Gesenius, tab. 34. Nons pouvons la transcrire ainsi s:iX '3 ? ''sS, De Tyr... des Sidoniens. En prenant le signe ineonnu pour hé. noos aurions 3 ;iï an 'ïS, cl, en suppo.sanl que C.i vint de .Tan, cela voudrait dire : De Tyr, le tumulte, le frémissement, la terreur des Sidoniens. On ne peut admettre un pareil texte sur une monnaie, et puisque d'ailleurs le hé ne fournit aucune explication pour le passage delà seconde inscription athénienne, qui est le point de départ de ces recherches, nous devons les poursuivre dans une autre voie.

Si la figure en question, sans être le hé , remplace cette lettre comme article dans la seconde classe des médailles de Tyr, ce qui a été notre deuxième hypothèse, il est prohabic qu'elle a cependant de l’affinité avec le hé cl que c’est, par exemple, une aspirée. Or nons connaissons déjà le ehet et l’aïu. Il ne reste donc que Yaleph, et, en effet, c’est avec Yaleph que le hé, en hébreu, permute le plus souvent. D’un autre côté, cette figure est entièrement re.s.semblanie à Yaleph antique des médailles hébraïques, comme le prouve cette légende :

K'irj qiyaB Siméon, prince.

Cette lecture éclaire immédiatement la légende de Tyr; en effet, nous avons ainsi : a:tï a.'t 'S'y. de Tyr, mère des Sidoniens, c'est-à-dire métropole. On trouve dans le deuxième livre de Samuel,

XX, au sujet d'Abel ; St<"'C''2 CN' TV, ville et mère dans Isratl. Les Grecs se .servaient aussi de Mérr.fdansla même acception (voy. Callim. Fr., 112). Enfin les Latins employaient de même Mater (loy. Elorus, 8. 7, 18; Ammirn, 17, 18). D’un autre côté, le litre de Métrop de est très commun sur les médailles. Tyr en particulier s’en était parce, comme le prouvent, d'nne part.

DE LA LANGl E PHÉNICIENNE

l’exemplaire monétaire cité par Barthélemy (iifém. de VAead. det tium'p., in-12, t. LUI), et ceux <lesainés dans le recneilde Pellerin, pl. LXXXIII, n°* 48 et 49; d'une autre part, l'inscription rapportée par Gruter, p. 1105 : lUiiç Tuftwir ^ Up4, rkI x%\ «vrwax, pr.rponoXtc <hotvi()or;ç xsi iXXw» iroXîw», xï'i vauapyi'î x. T. X. Le sens est donc très approprié, et, par conséquent, l’atlribu- ■ ion de la valeur aUph pleinement admissible.

D’où il résulte,

1“ Que la légende de la seconde classe de* médailles de Cadix doit être lue nîH V.,‘2'2, pour '*jn hv--. De la rili de Godir;

2° Que la série des lettres de la seconde inscription alééntcnne dont la délerinintlion était restée incomplète et l'interprétation en suspens se transcrit 0KX:lr.

Comme cette série e^st précédée du mot p, elle doit contenir un nom propre. Mais les éléments sont trop nombreux pour qu’on puisse supposer qu’ils entrent tous dans la formation de ce nom : il est Iteancoup plus probable que ces cléments composent deux mots. Or il se présente une coupure naturelle après la quatrième lettre, car l’on a ainsi, pour les deux derniers caractères, 0k, que l’on peut penser équivaloir à 0'N, èomme, puisque la suppression du iod intermédiaire se iuatifie par des exemples que nous connaissons déjà ; cela donne 0 k, homme cilien.

Reste à expliquer le nom propre \nr.

Dans cette forme, il n’est point hébreu. En l’analysant de toutes les manières, on n’en peut extraire que le mot y:, qui veut dire fleur. La première partie, 3n, ne se rencontre nulle pan dans la Bible ; mais on la trouve fréquemment, avec le sens couronner, couronne, dans les langue.^

aflines, en syriaque, par exemple :

Dans cette dernière langue particulièrement il entre dans U composition de plusieurs noms pro près, tels que Tadsch-eddin, Couronne de ta fai, TADSCU-EDDoUAit, Couronne du tempe. Enfin r* mot exi-sie dans l’hébreu rabbinique avec la même acception, c’est-à-dire celle de couronne l eoy. J. Buxtoef, Lexicon breve rabbinico-jAiloiophieum). Il n’est donc pas étonnant qu'il ait été phénicien.

L’acception dont il s'agit s’allie très bien avec le mot suivant, et il en résuite le gracieux nom propre couromte de fleure, ou Tagginet.

La'partie phénicienne de la eeconde inscription athénienne doit donc, en définitive, se transcrire et se traduire comme il suit :

npHmaë p srVQaS a Bencliodesli, fiLs d’.Abdmelqarlli,

’ro VH yxin p ïtOltnDy p FiU d'Abdshemesh, fils de Taggine», bominc citieii .

Cette interprétation, parfaitement concordante avec le texte grec, confirme les déductions que nous avions précédemment tirées de quelques particularités de cette inscription.

Il résulte en outre, de l’ensemble de ce chapitre :

1» La détermination de trois nouvelles lettres, k (avec les variantes que présentent les divers exemplaires de la seconde clas.se des médailles de Cadix), l et p;

9* La connaissance de la variante du beth de Texeraplaire C des médailles d’Abdère (Gescoins, tab. 41), ainsi que det légendes des médailles de Lix, de Sex et de Cadix.

3* La notion de l’emploi de l’o/eph préfixe, comme article, en remplacement do hé ;

4' La notion de l’emploi de la particule préfixe *3, avec le sens d'origine, d’auteur, de cause efficiente.

ET l>E LA LANGliE LIBYQl'E.

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