CHAPITRE IV
Troisièmi' inscription d’Athènes. — Méiljillcs d’Hbusiis, de Ju!>d I, d’Aco, de Malara. - Oélonninalion
des lettres i et T.
Les lumières acquises dans le chapitre précédent nous donnent la facilité de traduire entièrement la troitiime inscription alhinienne dont il a été déjà parlé à la page 23.
Cette courte inscription, qui est évidemment une épitaphe, est gravée sur une stèle de marbre pentclique qui a été trouvée, dans ces derniers temps, à Athènes, dans un jardin , près du Pirée. Le monument est conservé dans la collection do temple de Thésée. Il présente en relief, d’une part, une femme assise, au-dessus de laquelle se lit la partie phénicienne, et, d’une autre part, une femme debout, portant un enfant, au-dessus de laquelle se trouve le texte grec.
L'épigraphe a été, pour la première fois, publiée par Funkaenel , d’après une copie envoyée d'Athènes à I.cipitig, en 1831. Le professeur Ludwig Auger en donna, peu de temps après, une explication juste, tout en se trompant sur la valeur de la 10' lettre. M de Saulcy, dans la seconde partie de ses Recherches sur la numismatique punique, lues, en 1843, à l’Académie des inscriptions, a fait remarquer que la copie publiée par Funkaenel, suivie par Auger et .adoptée par Cescnius, est inexacte en ce qui concerne le téta du texte grec, ainsi que la 3' et la 4' lettres du texte phénicien. Il en a donné une copie correcte et de grandeur naturelle; c’est celle que reproduit notre planche 3.
Nous connaissons, à l’exception de la dixième, toutesles lettres du texte phénicien, et noos pouvons le transcrire ainsi :*n; ? anhva n:ih.
11 est facile de discerner, dans les quatre premiers caractères, le nom propre tc'n, correspondant à celui du texte grec. En effet, le premier est le hé de la première inscription athénienne dans ce mot 'lUi.i, et de la première classe des médailles de Cadix où il forme a~jn. Le second est le reth de la légende et des autres textes que nous avons déjà analysés. Le troisième s’csi .souvent aussi présenté, avec la valeur certaine du nun, dans ces textes. Le quatrième est celui que nous venons de reconnaître pour un aleph dans la seconde inscription athénienne, ainsi que dans une classe de médailles de Tyr et de Cadix.
Il est facile aussi de distinguer dans les 9’, lO*, 11*, 12* et 13' signes, malgré l’ignorance où nous sommes encore sur la valeur positive du 40*, c’est-à-dire dans le groupe ”Ti; 2 ?, l’équivalent du mot grec puCovrla.
Reste le groupe Intermédiaire nSva, forme féminine de ’?y 2 , mot qui appartient essentiellement à la langue hébraïque, mais qui y possède un assez grand nombre d'acceptions variées. Nous en avons vu déjà une dans les légendes des médailles de Lix, Sex et Cadix. Celle-ci s’y rapporte évidemment, car elle ne peut avoir que le sens citoyen, citoyenne, habitant, habitante, suivant ces exemples de la Bible : tiyn 'hyi, les habitants de la ville, Juc., ix, 51 ; in*''* *Sî?2, les habitants de Jéricho, Jos., xxiv, 11, etc.
La phrase entière de notre épitaphe doit donc s'entendre ainsi : Irène, habitante de Byzance.
ün ne peut douter que la lettre Inconnue ne réponde au zêta do texte grec. Dans cette pensée, Auger l’avait prise pour un tsadi. Mais nous avons déjà vu le tsadi sous une forme toute différente .
Plusieurs antres monuments présentent un caractère qui ressemble beaucoup à celui-ci et n’en diffère le plus souvent que par un peu moins d’inclinaison, ou par l’arrondissement du trait supérieur.
Cette dernière condition est manifeste dans le parallélisme des légendes des médailles dessinées sur la table 39 de Geseoius, xh, où l’on voit le trait supérieur de la seconde lettre, d’une
psrt rectilipie sur Ifs eïpmplairps F, S et O , d’nne autre part curviligne sur les exemplaires E et K.
La première forme se retrouve :
1* Sur la table de Gesenius 21, lignes 8 et ■< ;
2” Ibid 23, ligne I, lettres 4 et U ;
3” Ibid 25, lignes, lettre .3;
4" Ibid 2G, ligne 2. lettre 10;
5° Ibid 3G, VII, sur le droit de la médaille G, lettre 2, et sur le droit de la
médaille H, lettre 3*.
La seconde forme se montre ;
1* Surla table de Gesenius 23, i.ix, 3' ligne, 9* figure;
2" Ibid 47, Lxv, ligne 3, lettre 2;
3" Ibid 42, XX, médaille A, première et demière lettres du premier groupe
de la légende du revers, exemplaires 1! et C, deuxième et dernières lettres du premier groupe ;
4* Ibid 43, XXII, exemple Fel G.dernièrcletiredelalégendephénicienne;
5» Ibid 43, xxrv, méd. B, dernière figure de la légende de l’exergue;
6‘ Ibid 44, XXV, mMailleE; Pellerin, Recueil, pl. r.xx, n“ 13 et 14.
Le parallélisme fait reconnaître d'autres variantes sur quelques exemplaires des médailles représentées sur la table 39, xiii, de Gesenius, auxquelles noos avons déjà emprunté la preuve de la variante précédente, par exemple les lettres F, E, II, G.
Le premier moyen d’arriver à la détermination de la figure dont il s’agit est fourni par la médaille bilingue représenttf table de Gesenius 42, xx, exemplaire A.
Cette médaille porte au droit bex ivb,\ ; les numismates sont d’accord pour l’attribuer à Juba I'% le eélèbre roi de Numidie, qui prit une part si grande, et pour lui si fatale, dans la lutte mire Scipion et César dont l’Afrique fut le théâtre.
Iji légende phénicienne, eunstammenl coupée en deux parties dislinelcs, nous offre peu de lettres connues sur les orne qui la composent; nous ne pouvons encore la transcrire que de cette manière :
La troisième lettre est la varianle du 6elA que présentent les médailles d'Abdère, exemplaire C, table 41, xvti, de Gesenius, et les médailles de Lix, Sex et Cadix. {Voy. p. 23, 24, 29, 30 et 31.)
La quatrième lettre, on otn, nous est maintenant trop familière pour que nous nous y arrêtions.
La sixième est le reiA de la variante N des médailles de Tyr. (Gesenius, lab. 34, i.)
La dixième lettre a trop de ressemblance avec celle que noos avons reconnu être eaph sur les médailles de Lix et Sex (page 24) pour que nous ne présumions pas qu’elle a la même valeur. Il est d'ailleurs facile de le prouver par le parallélisme des légendes phéniciennes reproduites sur la table de Gesenius, 35, iii. Ce sont, comme l'indique la légende grecque, des médailles d'Alexandre. La première lettre phénicienne est indubitablement un sia; la seconde, sur les exemplaires A et H, a la forme dn capà dans le mot *rt: de la ttronde inscription athinitnne ; le signe correspondant, et d’ailleurs peu diHérent, de l'exemplaire I, doit donc posséder la même puissance. Ces deux caractères sont suivis de signes qui varient sur plusieurs exemplaires; ce n’eti donc qu’aux deux premiers caractères, en raison de leur constance et surlont de leur isolement sur les exemplaires B et C, qo’on |)enl attribuer le nom de la ville qui a fait frapper ces médailles, savoir 12 , AK, c’est-à-dire AKH, Aco, nommée plus tard Plolimaü, et aujourd’hui Sainl-Jeamd'Acre. On trouve en effet dans la Bible {Jug., i, 31) le nom de cette ville ainsi écrit dans an passage qui explique précisément comment la langue phénicienne s’y est maintenue. La chute
do lau tprmiool ne doit pas élonncr, d'après ce qu'on a déjà vu de la disposition des PIténiciens à omellre cette lettre ainsi que le iotf.
On peut donc, à bon droit, considérer comme un caph la dixième lettre de la légende pliénicienne de ta médaille de Juba P'dunt noos nous occupons.
Quelqoc petit qu'il soit, le nombre des éléments d’interprétation que nous pos.sédoas suffit, à raison de la consonnanee il, BA, pour nous porter à induire que le premier groupe de la légende exprime le nom de Juba.
Ce groupe, outre le caractère dont nous cberclions la détermination et qui en occupe la télé et la queue, en a un autre pareillement inconnu encore pour nous , c'est le second. Ce signe a une grande ressemblance avec le cinquième du second groupe, ou le dixième de toute la légende, savoir le roph ; mais cette consonne ne peut Caire partie du nom de Juba. Or, en examinant atleotivement, on remarque que les deux figures, malgré leur analogie, difft’rent cependant en cela que celle du second groupe est courbée de droite à gauebc, celle du premier, au contraire, de gauche à droite. En jetant les yeux sur quelques inscriptions, particulièrement sur celles des labiés de Gesenius 21, 25 et 26, on peut s'assurer que celte différence, qui se reproduit, n'csl (las accidentelle ; elle marque donc une distinction pbonéli juc, et c'est précisément pour éviter la confusion que la queue du caph, primitivement droite, s'est lléehic à gaue.be, comme noos on avons déjà fait l'observation. Mous av uns déjà signalé aussi ce moyen de distinction pour le beth à l’égard du dalcik et du resA.
D'un autre cdlé, nous devons penser que cette nouvelle ligure représente une des lettres dont noos n'avions pas cneore rencontré le signe.
D'après ces considérations, nous pouvons, dans la pensée de trouver le nom de Juba, prendre le premier et le dernier caractère du premier groupe pour le iod, le second pour le rau, ce qui donne 'yav.
C’est à Klicnfcrd que l’on doit la liélcrmination du rau, du heth cl de l’ot>» dans celte légende, à Swinlon la lecture entière, criliquée à tort par Gesenius. Le reste de la légende démontre, par sa concordance, ta justesse de celle lecture.
Noos y trouvons encore trois figures dont la valeur noos est inconnue, la seconde on la troisième qui lui est identique, la quatrième et la dernière.
Le parallèle entre plusieurs variantes de la légende pliénicienne des médailles de la table 39 prouve que ta seconde de ces figure.s, qui se retrouve à la fin de la légende des exemplaires G, H, L, est une variante du oiem, qui termine évidemment la légende des exemplaires E, F, K.
Le rapprochement des légendes des mêmes médailles nous montre aussi une variante de l'a/rpA dans la première lettre des exemplaires G, H, L. Cet ateph a de la ressemblance avec la variante du mem dont nous venons de parler ; mais nous devons remarquer qu’on le distingue par le crochet ajonté à l’extrémité snpérieure de la brandie qui descend de droite à gauche. Sur les exemplaires M, N, O, le mem est armé de ce crochet ; alors, pour maintenir la distinction, on en a mis un second à l'autre branche de Valeph.
Ces déterminations nous ouvrent la voie pour arriver à celle de la quatrième figure de la légende de Juba, en nous fournissant l'occasion de lire avec certitude la légende de la médaille dessinée sur 11 table de Gesenius, 41, xix, exemplaire B, savoir :
c’eat-à-dire MI.RA, Maiaca^ Malaga.
La variante C nous donne, à la seconde place, noire Hgure qai correspond évidemment an lamtd delà variante précédente.
Nous trouvons aussi cette viriante dans la première lettre de la légende H des médailles de Sidon comparée au caractère correspondant des légendes A*sS. etc.
Cette figure est donc incontestablement un lamed, et les différents exemplaires des médailles de Malaca nous en offrent un assez grand nombre de variantes.
La dernière lettre de l'épigraphe des médailles de Juba, que nous avons déjà vue aussi à la lin de l'exemplaire K des médailles d'Abdère (Gesenius, tab. 41« xvii), est semblable à celle qael'on trouve à la fin du premier groupe de l'exemplaire I des médailles de Cadix (Gesenius.tab. 40, xv), et la comparaison avec le caractère correspondant de lexemplairc K de la même planche prouve que c'est un tau.
Ainsi, d’une part, la légende d'Alidère doit être ainsi complétée : ; d’une autre part, la
légende phénicienne de l'exemplaire E des médailles de Juba 1*^ doit être lue et traduite comme il suit : nSïî /m4ki, chef du royaume, ce qui s'accorde parfaitement avec l’épigraphe
latine REX IVBA*.
Voilà donc la valeur iod constatée pour l'une des ligures que noos avons comparées à la dixième de la (roiiiéme inscription alAénienne.
Mais, dans le cas de celte inscription, il est impossible d’appliquer cette détermination, poisqnp nous avons vu que le signe dont il s'agit correspond au zêta du texte grec, qui lui* même, de son cdté, avait primitivement cette forme restée dan.s l’alphabet romain et dans le nôtre. Or c'est le za'in qui peut le mieux rendre le son de cette lettre. Nous adopterons donc cette assi> milatiOD et, subsidiaircmcni, nous tirerons celte conséquence importante que. bien qu’en général, comme nous l’avons déjà dit, il faille .s'attacher à ne point charger une seule fîgore d'attributions diverses, cette règle n'est pas plus absolue que celte qui loi est corrélative et que nous avons déjà vue aussi subir dos restrictions, savoir que toute figure différente représente une valeur spéciale. Toutefois ccUe observation, vraie pour la langue phénicienne considérée dans son ensemble, ne l’est plus pour les régions circonscrites, en sorte qu'il est ici plus qu'ailleurs permis de dire que l'exception confirme la règle. Ainsi nous pouvons compter que, sur aucune inscription phénicienne trouvée à Athènes, le n'aura d'autre forme, et réciproquement le iod n'aura celle-ci, ce qui nou.s confirme dans la pensée que le cinquième caractère de la première o4Aém>Rne, dont U a été parié à la page n'éuil pas un safn.
En définitive, le dernier mot de la troisième inscription afAênienne est donc
Auger avait fait observer que la terininaison par iod répond à celle en lov des Grecs : de là Bi- :anfi, Hu^nov; mais il n'avait pas démontré son assertion. Gesenias l’a fait d'une manière qui ne laisse rien à désirer. Ainsi il fait remarquer qu’en général les Hébreux mettent fn, pour le grec
(1} M. de Saulcy, parasite d'une drtermiiuition différeate de U première lettre du second groupe phénicieo, interprète autremeoi la légende. Aprèsavoircni, avec toutes les persooDea qui te sont occupées de cette étude, que la lettre dont il t’agit était une variante du rriA, il a tout récemment changé d’avis sur ta remarque que celle figure se trouvesur quelques itucri plions où se voit le rssfi DOrmaleiDeot dessiné, quelquefois même à côté de celuici. Observant alors que, sur plusieurs épigraphes dont nous parlerons uitènt-uremeol. le chet est formé d’une figure semblable à ceil>' dont nous nous occupons, plus un trait à gauche, il a comparé cette disposition à celle du clM normal relativement au hé pareillement normal, lesquels ne diffèrent aussi que par la présence ou t*ab> sence d’un trait à gauebe, et il en a conclu que, daos le premier cas comme dans le second, 1a figure dénuée de ce trait appendiculaire «si le hé- Cette opi4iioQ, dans cer» laines iimites, mérite une grande eonsidération, et noua
y aurons un Juste égard chaque fois que l'ocrasion s'eii présentera. Mais nous ne pouvons l’admetur dans un sens absolu, puisqu’il est certain que le nom de Tyr se présente quelquefois avec un reth ainsi tracé; c’eut particulièrement en vue de cette queklion que nous avons dès le principe appelé raitention sur cette variante. La légende des mcdaüli s de Juba 1" offre, à mon avis, un exemple où ce signe doit être pris pour un ruh. En effet, M. de Saulcy, d'après sa nouvelle manière de voir, U traduit ainsi : d Jttba ta royauté. Or
cette version me semble aussi forcée que l’autre est naturelle, car rien dans Je leste n’indique le datif- Au surplus, cette discusMOQ n’altère en tien la conclusion que noua avons portée sur le point spécial qui se rattacbe à l’analyse de lalroisiéme inscription athénienne, savoir U valeur de la première lettre du premier groupe phénicien, puisque dans Tuoe et l’autre leçon celte lettre est cooiidérée comme ua ioé.
>w, «îoï, ei pour le l*lin »iim, exemple» : pour (Dan., iii, 5, 10) et
(III, 7); pour Tuvtêpiov, "in;D; pour ï’I'czm; pour Aîsoptov, mais qu’aaser sou-
vent aussi ils rejettent le imn final, comme dans pour ipyitov (Cols, de Lara, Dt coRoen. coca6u/orum talmud. cum gracis, p. 21); ’iHa pour ;i«<owtîiiv (p. 24) ; pour ctcarium. (Sanbedr. , fol. 39; liera, fol. 23^.)
Ce chapitre se résume dans les notions suivantes :
1° Variantes de l'alepk, do tod, do fiuned, dn mem et dn tau;
2“ Forme» do cou et du sain ;
3* Ressemblance du eau et du eaph, ainsi qoe de l'alepk et do ment, dans les variantes précitées; moyen» de distinction entre ce» lettre»; ressemblance entre le iod de certaines inscriptions et le sain de quelques autres ;
4° Substitution de la terminaison i, dans les substantifs, à celles des Grecs it» , eTi»,