‹ Étude démonstrative de la langue phénicienne et de la langue libyqueChapitre 22 sur 66 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Inscripbons de Malle (t", .V, f); de Carthage (!"*, J', 3', 1*, 5', lï", 1 1'); do Numidie (l”i 2*, 3*, 4*, Sé, tO", 11*, lî”, 13*, 14', 1 i*)— Mcdailli's d'iléracloe et de Sabraliia.— Détermination des lettres {Jet t|.'

Des trois monuments bilingues renfermant, dans un te.xte grec, le nom de Tyr et de Sidon, et que nous avons cités dans le cliapiire premier de ce livre à l’effet de rechercher si le texte phénicien justifie la lecture que nous avons faite de ces noms sur les médailles attribuées aux villes qui les portaient, il reste encore à examiner celui des fila de Sérapion et l’épitaphe d'Asepté que nous avons déjà désignée sous le titre de gualriéme inscription athénienne.

Noos allons noos occuper du premier de ces deux sujets; le dernier sera analysé dans le prochain chapitre.

Le monument dont nous avons à traiter en ce moment est double ; il consiste en deux piédestaux de marbre sur l'une des faces de chacun desquels se trouvent répétées la même inscription grecque et la même inscription phénicienne, différant seulement, d'une pierre à l'autre, par l’arrangement des lignes, ainsi que le représente la table 6 de l'atlas de Gesenios.

Ces deux marbres, trouvés et conservés à Malte depuis longtemps, ont été mentionnés pour la première fois en 1536, par Quintiu ' ; puis par Constanzo en 1694*; décrits avec plus de soin, et non cependant sans quelques inexactitudes, en 1735, par le commandeur J.-C. Guyot de la Marne '. D'autres copies des inscriptions ont été successi vement données par Barthélemy >, M. Llndberg* et Gesenius*.

Aujourd'hui Malte ne possède plus qoe l'une des deux bases, celle dont l'épigraphe est représentée lettre B, sur le dessin de Gesenios. L’autre, donnée à Louis XVI en 1780 par le chevalier de Rohan, est déposée à Paris, dans la bibliothèque Maiarine, au palais de l'Institut. Elle est surmontée, comme le montre le dessin, d’un fût tronqué; aucun vestige analogue ne subsiste sur le piédestal resté i Malte.

Nous conserverons à l'inscription phénicienne dont il s'agit le nom de première mallaite, adopté par Gesenios. Notre analyse s'appliquera à l’exemplaire A, c’est-à-dire à celui de Paris, ce que nous n'annonçons qu'à cause de la différence de teneur des lignes, les deux épigraphe s étant d’ailleurs identiques pour le fond.

(1) Dcicrtpt. la*. Mrltue; Lugdooi, 1536, in-4*, p. 6. (11 LrUcre memarabUe ilanipale, coUcct. 4, 16(7.

(3) Saggi. Di diaMrl. Scad. di Coiloaa, 1. 1, pari. 1, p. 21.

(4) Mém. de l’àcad. detinacript., to-4*, t. XXX, p. 291; ■n-12, t LUI, p. 21. — Ulln k OUvieri, 1766. — C'esI à Barlbdleinj qa’oo doltpiuqu'ea uuUtd l’intcrprduUoa

de celle iiuertplioa. Cepeadasl la ddlemiaaliea du scàlH lut avaii échappé ; fbonueur ea revieiit a Bayer, qui pui aieai recüfler et compléter 1a traduction de notre illuaire compatriote. (Kop F. P. Bayer ad Salloai., p.330.)

(5) De inicrlpl. melil. pboenicio-grcca; BaiinUe, tglS.

(6) Script- liignsq. phon. moonm., p. 91.

38 I)K LA LiNGlE PIIÉNir.lENNE

Ci'üe imrripliOD M le cède point, pour la beauté dea caraclères, à celles d'Athènes que noua avons analysées.

Noos connaissons la valeur de la plupart de ces caractères.

14“ premier pour la détermination duquel nous poissions hésiter est le 9' de la I" ligne que l'on voit aussi au commencement de la dernière ligne. Le parallèle des variantes légendaires des oiéiiailles reproduites à la lahie 38, x, de tiesenios, prouve que c'est un qdph. Nous retrouvons, en effet, aux variantes A et B, S' ligne de la légende, la lettre pour laquelle nous avons déjà constaté la saleur du gôpH dans le nom propre r'pSïtl" de la aeeonste inscription ulAénienne. Nous reconnaissons facilement la seconde partie de ce nom, sur les médailles dont il s’agit. Or,

.sur les variantes C et D, la place du qô/ik est occupée par la figure dont nous recltcrchons la valeur, laquelle conserve d’ailleurs une assez grande ressemhlance avec cette première furme du </Aph; c'est donc, à n'en plus douter, la même articulation, et ici encore elle concuurlà composer le nom rnpVc.

Nous sommes ensuite arrêtes par la 4’ lettre de la ligne, qui reparaît au 19' rang de la 3* ligne et au 7' de la dernière ligne. On en retrouve la figure, d’une part, sur l’exemplaire A des médailles de Lix (r«ÿ. Kalbe et Lindherg, Annoaee d'un iiutraqe sur les méd. de ranrienne Afrique, Kopenhag., 1843, p. 14), d'une autre part, sur l’exemplaire E des médaillesd'Aeo.Geaenins, tab. 35, lit. Le parallélisme prouve que, dans le premier ca,s, c’est un scAin, dans le second une variante incontestable de la lettre que nous avons eonstalé être on rnph sur les exemplaires A et I. Or. nous voyons le srhin sous une autre forme, sous une forme analogue à celle qu’il nous a toujours présenter jusqu’ici, aux n'* 18 de la !" ligne ain.si que de la 2' ligne, aux n”" 1 , 8 et 20 de la 3‘ ligne ; la différence avec le mem est tranchée dans les deux derniers numéros, où les deux lettres .sont voisines. Le caractère dont nous eherehons la valeur ne peut donc recevoir la même détermination, car noos devons établir, comme principe général, que, dans un même contexte, une .seule pui.s.sanec phonétique ne peut revêtir deux signes graphiques différents, ni réciproquement une même figure cumuler deux puis.sanres alphabétiques. Le raraclère en question est donc le raph.

En troisième lieu, nous trouvons au 9' et au I6' rang de la 2* ligne, au 6' et au 17" de la ligne suivante, un élément nouveau. Or, les articulations dont les signes graphiques nous sont encore inconnus se réduisent maintenant au thet, au samerh et au plié : c’est donc l’une de ces trois valeurs que notre figure doit repré.senter.

Ce signe, à la place où il se montre pour la première fois dans la 2' ligne, fait partie d’un groupe de trois lettres qui suit immédiatement le mot 722 et qui reparaît à la 3' ligne, dans la même connexion, c’est-à-dire suivant encore v;y, précidé lui-même de p, /ils de. Ifest donc probablemrnl lié à ce mot pour composer avec lui un nom pnipre. Dès lors nous pouvons presomer que c’est, comme dans la première olhëninme, la traduction phénicienne de l’un des noms propres du texte grec, et que le groupe dont il s’agit correspond par conséquent à Aiovojoç ou à Sapasis; tzï, de son côté, représente la lerminai.von qui indique la consécration des individus à l'une ou l’autre de ces divinités. Or, d'une |>art, Hérodote dit (II, 144 ) : 'Ovtfi! ii irei Atôvueo< xiO' Dlièt yitâoar»; d’une autre part, nous lisons dans notre texte T ?ni 22 ; de manière que le second composant de ce nom présente la première et la dernière lettre d’Onr, équivalent à Dionysos, et qu’en supposant que le signe dont nous cherchons la valeur est celui de samerh que nous n’avions point encore rencontré, nous avon-s u.sn, osir, et, pour le nom entier, Abdosir, ce qui rend Aiovisioî, d’après le passage préelté d’Hérodote.

Nous devons ensuite porter notre attention sur le caractère 1 1’ de la 2' ligne. An premier aperçu, nous devrions le considérer comme un eaph, d’apres ce que nous avons reconnu, page SI, enanalys.vnt la première et la seconde athénienne. Mais nous venons, dans la même inseription, dans la même ligne, d’assigner cette valeur à une autre figure. H est donc probable, en vertu du principe exposé à celte occa.siun même, que uous n’avous poiot ici affaire à un capk. Nous avons vu, à la page 35, que le mu a une grande ressemblance avec le capk, et que, d’on autre cùié.

ET DE LA LANGIK LIBiUtE. ;}t>

pour prévenir l’équivoque, on a modifié an peu la seronde de ces deux lettres en inclinant sa queae de droite à eauelie. tandis que celle du rau était Oéchie en sens inverse. Nous retrouvons ici le meme fait principal et une précaution analo^e. C'est en elTel, sans aucun doute, pour distinguer le ra/A de la figure dont nous nous occupons en ce moment, qu'on l'a mudilie comme noms avons vu. c'ctl-à-dire en lui ajoutant une petite Itarre au-dessus du bras étendu de droite à gauche, qui primitivement était unique, petite barre semblable à celle que l'on a, dans quelques cas, ajoutée au reth pour le distinguer du kelh et surtout du daltth. Concluons donc avec assurance que la ligure en question est un eau, sans doute même le type de celle lettre, puisque la qneue n'en e.st point courbée: aussi doit-on remarquer sa ressemblance avec le tau cbaldaique.

Après Valfph qui suit, viennent plusieurs traits que nous avons déjà implicitement regardés comme ne formant qu’une seule lettre, puisque nous avons donné le n“ 16, parmi les caractères composant celte ligne, au samech tracé à une petite distance apriet ces traits. Le caractère correspondant de l’inscription jumelle restée à Malle prouve la justesse de celle opinion cl démontre en même temps qu’il s’agit d'un chel analogue à ceux déjà déterminés des premitre et tteonde oiAanicnne. Celui du piédestal conservé à Malte a surtout une grande ressemblance avec le dut des médailles hébraïques, tel que nous l'avons reproduit à la page 2.5, dans le mot 2 :n‘. de la légende de Jonathan.

Enfin, par une légère dérogation à notre méthode et pour éviter des longueurs Inutiles, nous devons, à priori, déclarer que le signe dessiné au n° 14 de la seconde ligne et au n* 4 de la dernière, que les anlécédents pourraient faire prendre pour no iod, oous parait être ici un hé. C’est le contexte qui nous mène à celte opinion, et par conséquent la prenve est subordonnée à l'eiplicallon de ce contexte. Cependant il est utile d'en démontrer aussi la légitimité au point de vne graphique.

Nous avons déjà constaté des simililodes aussi prononcées, d'une inscription à une antre ; ainsi entre le dalelk et le resh, entre faUph et le mem modifiés dont il a été question à la page 3ô. Sealement, et c'est une remarque très importante, la similitude dans une même inscription est presque toujours évitée avec no soin particnller, au moyen de modifications qui portent tantdt sot l'un, tantôt sur l'autre des caractères. Ainsi, dans l'inscription dont nous nous nccu|>ons, noos venons de voir que le rau ressemble au caph d’autres épigraphes ; mais le caph a subi un eliangement qui prévient toute erreur. Sur les médailles de Joba I" , dont nous avons parlé à la page 3,i , le «au, à son tour, cliange un peo d'aspect.

Sar les médailles hébraïques, le hé est ainsi dessiné : 3 (méd. de Matlalhias), ? (toy. page 21), A la dernière variante ressemble le hé que noos avons va sur la première inscription aihinirnne et snr la seconde section des monnaies de Cadix. Or, que la première variante s’arrondisse de cette façon 3, ce qui est très fréquent dans l'épigraphie, ce qu’on voil, }>ar exemple, très sauvent dans récriture grecque, et ce qui serait parfaitement d’accord avec l’ensemble de notre inscription, où prédomine évidemment la forme ronde, quecKle figure s'incline un peu de droite à gauche, suivant la tendance manifeste dn hé que nous avons déjà déterminé, n’avons-nous pas on earoctère très comparable à reloi dont noua traitons, semblable même à celui de la pierre restée à Malte? Notn' supposition est réalisée sur d'autres monoments pbénieiens M. Lindberg dit en effet, au sujet du hé qui se trouve dans la légende nzrvcn D2 de médailles attribuées à la ville de Panorme : • PanormUani vulgo , 3, piHfunt. •

D’après ces préliminaires, noos transcrivons la première mallaite comme il suit :

■njcmïSv’iTtpHoSanKS

lOtrtopnnsrrTDNrajCTop

yasoToenaysatacTîJsraji.'

onnoSp

Aa premier aspect, noos reconnaissons, dans les 7', 8", 9* lO" et II' lettres de la première ligne, le nom r'’pS'2, MLQRT, que nous avons déjà vu dans la première inscription alàénienne. Le latnedqui précède immédiatement est probablement le prénxe exposant dn datif. Il eu est de même du lamed qui commence l'inscription, car il n’y a pas, avec les lettres placées entre ces deux lamed, d’autre combinaison possible que celle-ci, qui est en même temps très naturelle : nip'rcS jllnS l’in veut dire Seigneur; le nun terminal ne peut représenter que i:. pronom suffixe de la première |>ersnone plurielle, par la suppression du vau quiescent, conformément à ce que nous avons vu jusqu'à présent. Nous avons donc : A notre leigneur, à Hfelgarl. Il y a lieu de remarquer la répétition de la particule indicative do datif; nous en retrouverons assez souvent des exemples.

Vient après un groupe qui nous est aussi bien connu, Vn.

Les deux lettres qui suivent, forment à elle.s seules un mot, car le groupe '■tiiTN, qui leur succède, se représente, comme nous allons le voir, sur un assez grand nombre d'autres pierres, de manière à prouver qu’il renferme un sens propre, qu’il constitue une phrase commune et formulaire. Ces deux lettres composent donc, comme sur les médailles par l’explication desquelles nous avons commencé ce livre, le nom de Tyr qu’il s’agissait de dégager.

Nous lisons donc 'ï Vï:. maître, poneiseur, proteeleur de Tyr, titre qui corre.spond aux deux expressions du texte grec TVIMOI et \l*\lirKTK.I, et qui convient très bien, puisque l’on sait que Tyr rendait un culte particulier à lUrlgart, c’est-à-dire HPVKAH^ ou Hercule.

Nous négligerons pour un moment 'ii:ti'N, parce que nous savons que ce groupe se retrouve sur d’autres inscriptions, et que le rapprochement de ces textes est indispensable pour noos éclairer sur la signirication d’un passage dont le sens est encore eontroversé-

Passons donc à la seconde ligne.

Dès le début nous remarquons la répétition do mot tay, qui nous est bien connu. Dans le second emploi ce mot se lit idm, comme noos l’avons expliqué précédemment, pour former le nom propre Abdoeir, équivalent de iiorinoç. Entre les deux groupes xay, se trouve un eaph, qui ne peut qu'être servile, soit suffixe do premier, soit préfixe dn second. Noos ne serons en mesure de décider ce point particulier que lorsque noos comprendrons le contexte entier ; nous ne noos y arrêterons pas pour le moment.

Noos rencontrons, après ■'DNtay, le groupe .intti, pois un autre groupe ictff'tDn, que nous devons isoler, parce qu’il reparaît à la troisième ligne après le mot ja, /Ut de, circonstance qui indique clairement que c’est aussi on nom propre. Dans cet état de choses, le sens du groupe .■tnttl devient transparent; ce groupe est composé du mot ,irm, frère, et du eau copulatif, correspondant à a»! qui, dans le texte grec, soit aussi Aimleioî. Par conséquent, actncN, Onrihamar, rend 2api-u.>v, frère d’Aèdotir ou Aïowmx.

La troisième ligne présente, après les denx premières lettres, je, la filiation ]a aceiDN ja lyifTay, qui n’offrirait aucune difficulté si elle ne se rapportait pas aux deux frères et si l’on ne devait par conséquent s’attendre à trouver le pinriel, ou mieux le duel. Le mot qui précède, ys, indique bien évidemment cette dualité; mais il devrait y avoir ':a ':e, etc., comme dans cette locution de la Bible orp:!?, amèo iUt, Faut-il voir ici encore une conséquence de la tendance à l’élimination dn iod que nous avons déjà plusieurs fois signalée, on, ce qui me parait plus vraisemblable, ya est-il le singulier de B':C, singulier tombé en désuétude dans la langue hébraïque, mais conservé dans la langue phénicienne et pouvant se rendre par uterque? Quoi qu’il en soit, le sens est indubitable, et il nous fournit une nouvelle preuve qn’Osirshamar correspond bien à lajxniùn. Cette phrase, sous le rapport de yo, doit être comparée à ce passage de la Bible (I, Sam., XIV, 61) : Vk’IH- ju uak-'Uk *ir. S'(ttr'3tt srpi, où l'on voit aussi js au singulier, et que de Sacy traduit ainsi : « Car Cia, père de Saül, et Ner, père d’Aboer,é(aien( tout tfettx fils d’ Abiel.»

Le reste de finscription, qui n’offre plus aucun nom propre, présente d’assez grandes difficultés; heureusement un texte analogue se retrouve sur plusieurs autres monuments; la compa-

raison noos viendra en aide. Mais, avant d’y avoir reconrs, constatons <|<ie ce (|ue nous venons d’expliquer rend pleinement le texte grec. En efTet. nous traduisons : A notre ffigneur, d Mel-

qarl, protecteur de Tyr Abdoiir et ton frère, Otirtkamar, fun et l’autre fils d'Osirthamar,

fils d’Abdotir Nous le répétons, ceci .seul contient tout le texte grec; c'est par conséquent

ce qu’il y a de particulier, de caractéristique dans l'épigraphe ; le reste, savoir, d'une part, lie l’autre, indique probablement l’acte des deux auteurs de l’inscription, acte qui

rentrait vraisemblablement dans les usages communs, qui a pu, par conséquent, ci dû même avoir des analogues; de là la répétition des mêmes formules sur d’autres monuments.

Ces monuments commencent tous par une dédicace, comme celui de Malle; mais en.suite ils en diRêrent, en ce qu’ils ne réunissent point, comme lui, la formule et la formule D:"!2.icSp , ou quelque formule analogue. Les uns ne possèdent que la première, les autres que la seconde, on peu modiflée.

Ceux de la première catégorie ont été trouvés aux environs de Carthage, ceux de la seconde en Numidie.

Ainsi ces différences correspondent nettement à des di.stinctions de géographie politique.

Ces distinctions se réfléchissent, comme noos le verrons bientût, dans la dédicace.

Elles se reproduisent dans la forme des lettres et dans quelques particularités grammatieales.

La différence des caractères exige que préalablement nous procédions à leur détermination j)récise.

Les inscriptions de la première catégorie, on carthaginoises, sont représentées dans l’atlas de Gesenius, tables 17 t, 16, 15, 14 xlvi, 17 xux, 47 i.xxxi, et sur notre pl.inche 8; celles de la seconde, ou numidiquet, dans le même atlas, tables 23, 23 lix, 21 , 23 l\, ainsi que sur nos planches 10 à 15.

Au premier aspect on est surtout frappé de la différence que les lettres de la seconde catégorie prwenicnt avec celles des inscriptions que nous avons jusqu’à présent analysées, aussi bien qu’avec celles de la première catégorie. Celles-ci toutefois servent de transition, bien que conservant une plus grande ressemblance avec celles que noos connaissons. Nous commencerons par elles, en maintenant, pour celles qui sont empruntées à Gesenius, l’appellation numérale adoptée par cet auteur, et en poursuivant pour les antres l’ordre arithmétique. Mais, dans les analyses. noos nous réglerons sur les analogies et non sur cct ordre.

A. Cinquième et troisième carthaginoises de Gesenius.

Ces deux épigraphes sont dessinées sur les tables 17 l et 16. Au premier coup d'teil on reconnaît qu’elles SC ressemblent entièrement jusqu’à la trentième lettre inclusivement. Sur l’une et l’autre, la première lettre est un lamed. seconde et la troisième ont entre elles une assez grande similitude; cependant la première des deux a une queue plus longue et plus droite, surtout dans la troisième carthaginoise. La plus grande courbure de la seconde indique un beth; l’antre est donc un daleth ou un resh. Mais sur plusieurs points des deux épigraphes nous remarquons une figure identique, à cela près que la queue e.st plus courte. Le mot 119 , que nous sommes assez exercés maintenant pour reconnaître promptement dans les lettres 6, 7, 8, troisième ligne de la cinquième carthaginoise, nous prouve que celte dernière figure est le daleth. La seconde lettre des deux inscriptions est donc un resh.

La quatrième, la sixième et la huitième, malgré le prolongement de la branche horizontale à gauche, sont probablement des tau, car, nonobstant cette petite modification, elles sont comparables au tau de la première athénienne. On doit remarquer que, sur la cinquième carthaginoise . le prolongement est un peu relevé. Celte disposition est beaucoup plus prononcée sur la troisième et sur toutes les autres carthaginoises; la cinquième fournit la transition.

Le seplièmc caractère est évidemment un nun.

I/C neuvième a quelque resseml)lance avec la variante du belh dont nous avons parlé à la page 30. Mais nous avons ici le helh sous la forme ordinaire; noos ne pouvons donc reconnaître la même valeur au caractère dont il s’agit. Pour en trouver la détermination, remarquons d’abord que la partie que nous venons d'épeler donne un sens complet. En effet, le lamed par lequel elle débute et celui qui vient peu après indiquent, comme dans la première maltaise, par la répétition du datif, lo personne ou la divinité à qui le monument est consacré. Ur, après le second lamed, le groupe r:n rappelle celui qui, sur la première athénienne, entre dans la composition du nom propre de l’individu à qui le tombeau était destiné, nom qu’à la page 25 nous avons lu n:n, sans pouvoir le comprendre. Le "2V qui précédait indiquait qu’il s’agissait d'une divinité. Les signes de dédicace qui se trouvent sur les inscriptions dont nous nous occupons en ce moment s’accordent avec cette première remarque ; c'est donc le nom de cette divinité que nous avons ici, et une gravure plus correcte, en nous permettant d’en rectifier l’orthographe, nous facilitera l’interprétation. Le groupe qui précède doit être, comme dans la première maltaise, une qualification de cette divinité. Il est facile en effet d’y reconnaître le féminin de si, nombreux, grand, puissant, pris substantivement, et signifiant par conséquent maUresse. Nous avons donc : A la maîtresse, à Tanit.

Aiqsi Tanit était une déesse, ce qui s’accorde avec, le texte grec de la première athénienne, où ce nom est rendu par Artémis. C’est la Xeith égyptienne dont le nom, pri-cédé de l’arlicle féminin, se prononçait Taneitk. En empruntant le culte, les Phéniciens ont conservé intégralement cette prononciation, comme de la déesse Mè, avec farticle féminin Tmè ou Thmé, c’est-à-dire la Justice, les Grecs ont fait leur é)épi;. Gesenius a fort bien appuyé la conjecture que c’était le personnage mythologique correspondant aussi à Diane, à Vénus nu à Minerve, que les Perses, suivant btralton. Clément d'Alexandrie, Eustathe, adoraient, sous le nom tantôt de Txvau, tantôt d’ Avais (génitif, Tovairn, Avï-.tiç), et dont le culte, au dire d'Hérodote, leur avait été transmis par les Assyriens et les Arabes.

Après ce nom vient le caractère dont nous cherchons la détermination, puis une nouvelle dédicace en ces termes : A notre maître, au Seigneur, d Baal Uaman. Le.

signe dont il s’agit, placé entre ces deux parties de la dédicace, doit donc en être la copule, savoir tau, de manière qu’on poisse et doive lire : A la maîtresse, à Tanit, et à notre maître, au Seigneur, à Baal Uaman.

On doit remarquer que le nun qui suit le premier SïsS et qui attache à ce mot, comme dans de la première maltaise, le pronom pos.ses.sif de la première personne plurielle, est incorrectement dessiné sur la cinquième carthaginoise ; il re.ssemble au nun du composant r:n de la première athénienne que nous avions dû d’abord prendre pour un caph. Le parallèle avec l’inscription de la troisième carthaginoise lèverait toute incertitude s’il en pouvait rester sur la valeur réelle de ce signe.

Baal Haman, ou Baal .solaire, était, comme cette épithète l’annonce, le dieu du soleil. Gesenius, qui a si ingénieusement rapproché le nom de la Tanit carthaginoise de celui de la Tanais ou de l’Anais des Per.«es, donne une nouvelle force à cet argument en rappelant, à l’exemple de Selden*, par la citation de deux passages de Strabon, que ce peuple adorait aussi un Oman ou Aman, dont le culte était a.ssocié à celui de Tanais, et que celle-ci avait la prééminence, puisqu’elle est nommée la première, toutes circonstances qui s’accordent d’une manière très remarquable avec celles de nos inscriptions. Enfin il fait observer l’analogie de ce nom avec celui du dieu égyptien Amon, à qui Neith se trouvait souvent associée.

- (1) • An In Dco Ornano seu Amaiio (nam varie legilur) nii» nane sot ent, ni fallor, ul Anailis Luna, qu,T rliam cujuameminit Sirabo, qiiid ait TMv cAamantm aeu itam- Diana cl Venus nuncupabatur. • P* Dis Syns,Srnr., Il, manitn, viderinl crudiii. Opinatur ita Scaliger... Ama- c. ÿ.

ET DE LA LANGEE LIBVyi E.

Après Ba»l Haman, on reiroovc le p-onpe qui nous a arrêtés dans l'expliration de la

pnmiire mallatM, et qui forme le lien entre cette épigraphe et les earihaginoues que nous étudions.

Puis, au point de démarcation des deux carlAaÿùioises, se lisent sens hésitation, sur laprrmiérr, et sur la ueonde, n'ritmi, groupes que, à leur composition, nous reconnaissons facilement pour des noms propres.

Ces noms, sur l'un et l'antre monument, sont séparés du mol p par on autre groupe de quatre lettres, différent cependant sur chaque pierre. Ces groupes ne peuvent être que les qnalifiratifs des individus dénommés. De part et d'autre ils commencent par un hé, qui doit être l’article, comme dans le passage ’lisn de la première athénienne Mais, puisqu'il n'y a pas de iod

sufTiie, il ne s'agit pas de désignation ethnique.

Sur la cinquième carlhaginoiee, des trois lettres qui forment le radical dont il s'agit, la première, quoiqu'un peu mutilée, peut être facilement ramenée à la forme régulière du irhin, qui se montre au second rang de la ligne précédente, dans le groupe ni;»».

Sur la Iroisiême carlhaginoUe, cette première lettre est évidemment on sumecA.

La seconde lettre est identique dans les deux noms, car il ne faut point tenir compte de la corde qui ferme eellede la cinquième; la copie donnée par M. Falbe, dans son Mètnoire sur l'emplacement de Carthage, prouve que ce trait n'existe point en réaUté. La ligure a de la ressemblance avec le eau qui forme la copule dans la première ligne.

La lettre suivante est un reth sur la troisième carthaginoise ; sur la cinquième c'est une figure nouvelle.

En admettant que le second caractère soit effectivement un ruu, on aurait, pour le titre de la Iroieième carthaginoise, iisn, ce qui pourrait signifier l'exilé.

Pour le titre de la cinquième, nous avons à rechercher en outre la valeur du troisième élément. Or, il ne noos reste i|ue deux caractères de l'alphabet hébraïque dont nous n’ayons point encore déconvert les équivalents, savoir le thel et le phi ; il est très probable que le nouveau signe, qui n'a d'analogie avec aucun de ceux que nous avons déterminés, représente l’un ou l’autre de ces caractères. Dans la double supposition que ce soit un phi et que la figure précédente soit un rau, on aurait ri'O.n, c’est-à-dire celui qui tend les embûches, ce qui n’est point admissible; si ce dernier caractère est un thet et si on lit t2:rn, on ne peut comprendre que le fléau, qui n’est pas plus acceptable.

Cette difficulté porte à demander si, malgré la ressemblance du second caractère avec celui auquel noos avons reconnu et devons maintenir la valeur cou, nous n’avons pas ici un nouvel exemple du rare emploi, sur le même monument, de deux figures revêtues d’une puissance différente malgré leur analogie matérielle*. Dans ce cas, la valeur de ce second caractère lui-même nous serait inconnue ; il comblerait la dernière lacune que laisserait la détermination de celui dont il est suivi dans la disÿuièma carthaginoise et compléterait l’alphabet. Mais quel serait entre eux le thet, quel serait le phi ? Il serait très facile de le constater à l’aide même du mot qui se présente dans la cinquième carthaginoise, puisqu'on ne pourrait le lire qu'au moyen de l'une on de l’autre de ces combinaisons ; v|ov ou tsssr. Chacune de ces formes, à la vérité, donnerait un mot hébreu ; mais celui-là signifiant icoulemenl, effusion, inondation, celui-ci juge, suffète, il est évident que le premier ne pourrait qnalifier un individu, tandis que le second, rappelant la première dignité de Carthage, conviendrait parfaitement au contexte. De même, dans la iroisiime carthaginoise, celte détermination donnerait isc.'i, le scribe, et ce titre serait pareillement très vraisemblable.

(1) Ce qui tend à démontrer qu'en elTet le vau et le qu’nn trouve dans la Bible le nom û’sradus, écrit untdl phè avaient cbea Ira Pbénicieiu une uses grande res- *15^N, et d'autrei fois Itltt, du moins d'aprea certaina aemblance de (orme pour qu’on pdt Ica confondre, c'ait cominenuteurt.

Noos sdoplons cotte lecture et doos annonçons à l’avance qu'elle sera jostifîée par quelques-uns des testes qui nous restent à examiner. En revenant d’ailleurs sur la comparaison du signe auquel nous venons de donner la valeur pki avec le eau qui se trouve à la première ligne sur l’une et l’autre inscription, nous pouvons constater une nonvelle application du principe émis à la page 3S, savoir que, dans le.s ea.s où, sur le même texte, des formes semblables en apparence représentent des articulations dilTérentes, il y a cependant des nuances graphiques qui maintiennent la distinction ; ainsi, sur la cinquième carthaginoise, surloul sur la copie plus correcte donnée par M. FalU' dans son Jtfémotre sur l'emplacement de Carthage, le pki est évidemment plus petit que le eau l’inverse a lieu sur la troisième; de part et d’autre, il y a une différence solHisante pour empêcher l’erreur.

Cet obstacle levé, la lecture s’achève couramment ainsi :

Pour la einquiéme inscription, x:n p rtpVciS p. fils de Bodmelqart, fitsd’Uanna. t;, généralement pris pour izy, par aphérèse de l'ain, est plulfit le mol tz lui-même, signifiant séparation, chose séparée, et, par extension, consacrée; on en trouve plusieurs exemples dans les noms puniques, entre autres Bodostor, consacré à Astor*.

Pour la troisième, •'pHcniJ p, fils d'Abdmelqar. 11 nous est facile maintenant de restituer ce dernier nom, malgré l’inexactitude du dessin des neuvième et douzième lettres de la dernière ligne ; il est mis, on le comprend sans peine aussi, pour Abdmelqart; le tau final est supprimé comme dans Bodostor, que nous venons de citer.

B. Deuxième, première et quatrième carthaginoises de Gestnius.

Ces trois fragments, reproduits sur les tables 15, 14 et 17 xux, n’offrent rien de remarquable ; on y reconnail sans difficulté les débris plus ou moins étendus de la partie formulaire signalée sur les deux précédentes carthaginoises, et il est aisé d’en rétablir complètement les vestiges là où des lettres ont été altérées ou effacees. Voici en effet comment on doit indubitablement lire ;

-aS iTK^ rat': ranS . . .(n)3DK pnlhy . . .p ‘waa . .

aS n(K)Vi (fonV na-<V) a(a)»(«) pn)V; Syaaajjp. .nnp

-S;a':)i n)a(nS) pn Vvah pxV (j) ar.'nap -rt:c(!<) p .-nnwia p{|) jasK-tfay)

Comme les cinquième et troisième earthaginoises, celles-ci ne diffèrent que par les noms propres. Deux de ces noms sont nouveaux, savoir, dans la deuxième, pirxn:?, Atdcsmun,et dans la première 'lyatay, Abdbal. Celui-ci, qui signifie serviteur de Saal, n’a pas besoin d'éclaircissements. L’autre offre dans sa composition le nom d’une divinité qui nous est encore inconnue, £smun ; Gesenius a fort bien prouve, par plusieurs citations auxquelles nous renvoyons, que celte divinité, d’origine phénicienne, correspond à l'Bsculape des Grecs, au dieu qui avait à Car thage un temple magnifique.

(lî On pcofiaitque lui-mëme éiail i«i* pour Hitnyarites et Ici rapports de ce peuple arec le» Pbênl*

que l'on n-ndait par servüfur d'AslarU, et cieos doivrol aujourd’tiui faire re«»«r toute conruiion qui aérait, pour nous comaeré à AsiarO ; main lea eu- (Voy. Journ. tui(U., 3* icoD., 1615.) riegaes remarquea de M. P. Freaael aur l'Aiclitor loaledea

• C. Vovziime carihaginoist de Geseniut.

Celte inscriptioD, qui n’est encore qu'nn fragment, se Ht :

;=n '72b pttb J ncSïK

Elle se fait remarquer par la suppreasion de l’ain dans le nom de Baal et par la constroctiou du nom propre qui suit ■'7:cn. Ce nom doit être mis pour ns^ïn, venant de n’ï'hïi tùMi, Joie. La mutation du Isadi en scht'n est naturelle ; l’élimination du iod et du eau est d’accord avec ce que nous avons vu généralement jusqu’ici à l’égard de ces deux lettres; enfin l’afeph prosthétique est une forme onomastique à laquelle Siinonis altrihue la signification de durée, de continuité, en sorte que le sens serait conlînuité de joie, objet continuel de joie.

On pourrait cependant ne considérer comme nom propre que le groupe Svx et rendre nC par apotè; SvM, avec l’aln intercalaire, signifierait fort, puissant, hiroi. Mais cette épenthèse, frequente, comme nous le verrons, dans les numidiques, ne se rencontre pas dans les carthaginoises ; le nom propre n’est jamais non plus, comme il le serait ici, suivi d’un verbe dans la classe d’inscriptions à laquelle celle-ci doit être rattachée d'après les indices fournis par la première ligne. Je crois donc la première leçon préférable.

D. Qualoràime carthaginoise.

La guatorsiéme carthaginoise doit être transcrite comme il suit {voyet notre planche 8j.

•sSi funS naiS

-n bvib pub fS»

...raro'?

Ce précieux monument, dâ à M. Ealbe, offre deux particularités très importantes à noter l’une, c’est la forme du tchin dans le groupe (3‘ ligne, 4' lettre) ; la compiaraison avec les inscriptions précédentes ne laisse aucun doute, en raison de l’identité de position, sur la détermination de cette variante; elle se montrera fréquemment dans la suite, et nous verrons alor> combien il aura été utile d'avoir une occasion d’en constater rigoureusement la valeur comm nous le faisons en ce moment.

la seconde particularité consiste en ce que la personne désignée dans le texte est une femme. AmetmeUcet, fille de .... . Nous aurons aussi à revenir plus tard sur ce fait.

Nous ne devons pas laisser passer inaperçue la ressemblance qui existe, sans doute par la négligence du graveur, entre le vau, plusieurs nun et le caph. Cela ne nous embarrasse plus.

De plus grandes modifications graphiques se présentent dans la série des inscriptions qui contiennent senlemeot, outre la désignation de la divinité, la seconde partie de la formule que noos avons lue sur la première maltaise, inscriptions qui ont toutes été trouvées, comme nous l’avons dit, en Numidie, et que, pour celte raison, nous nommons numtdiquee, en ajoutant à chacune une distinction numérale. Un a critiqué cette épithète donnée par Gesenius, comme s’il eût

Ifi DE LA LANGEE PHÉNICIENNE

enlemia dire qu’il s'»gil de la langue numidiqne ; mais il est évident que l'illnslre auteur n'a voulu parler (|ue de la rontrée où les monuments ont été déeouverls. Ainai eomprise, l’expression est trop commode pour que nous ne la conservions pas.

A. Seconde numidique de Gesenitu.

Cette inscription, dessinée table 22, offre d'abord un caractère que nous devons reconnaître |)uur un lamed en nous reportant aux variantes de la légende des médailles de Malaca, Gesenins. table 41 xix. En effet, rexcmplaire C porte, pour seconde lettre, on signe semblable, d'une part, à relui de notre épigraplie, et correspondant évidemment, d'autre part, au lamed très correct de l'exemplaire B.

La lettre suivante est l’afepAque nous avons déjà vu à la tête des variantes G, H, I, M, etc., des médailles figurées sur la tab. 3!) xiii de Gesenius.

La troisième et la quatrième lettres noos sont inconnues: mais, en examinant l'inscription de notre planclie 13 où nous voyons, après les éléments qui leur correspondent, le mot 'rys, et ou le premier de ces éléments est évidemment, ainsi que sur notre planche 1 1, on daleth, il est impossible de ne pas reeonnaître le mot jXN qui précède Sys sur la première maffoiseet sur les carlhaginoiiet ci-dessus analysées. Le nun, en perdant sa brisure, a subi une modilieation analogue à celle du lamed, et conservé ainsi sa similitude avec celte lettre; nous remarquons aussi qu'il continue à en différer par sa prolongation au-dessous de la ligne, tandis que le lamed reste élevé au-dessus de la ligne ; c'est une distinction qu'il importe beaucoup de noter.

Le mot Syy de la planche 13, que noos venons de citer, et où le belh se montre avec sa forme ordinaire, prouve que c'est le même mot qu'il faut lire à la place correspondante de la teconde numidique, ain.si que de l’épigraphe de la planche 11, dont noos avons au.s.si déjà parlé, et l’équivalence, inconleslablc dans ce cas, de la ligure qui précède by avec celle du betk, justifie de nouveau la lecture du même terme sur les médailles de Lix, de Sex et de Cadix (roÿ. page 30).

Les traits qui suivent le mot Sys sur la teconde numidique paraissent, an premier aspect et d'après même ce que nous venons de constater, un belh, un caph et un dahlh. Avant d'arrêter notre jugement à ce sujet, poursuivons la détermination de quelques caractères.

Il vient, immé'dialcmmt après, un mem tel que celui que nous avons vu à la fm des variantes G, II, etc., des mtslailles précédemment rappelées de la table 39, puis un nun, un caph, un ain, un ichin sembl.xble à la variante que nous avons tout récemment signalée dans le mot tl'N de la quatorzième carthaginoise ; enfin un mem et un otn.

Cela nous donnerait à la première ligne, en admettant les valeurs supposées pour les trois linéaments en question : •s'Ztlizz'Ttzz Vyi jx»'?.

On sépare et comprend facilement les deux premiers mots Sya "nS, au seigneur Baal; mais après, il est impossible de trouver un sens.

Gesenius a lu les trois linéaments dont nous nous occupons yaz, et, de la lettre qui suit le mem gravé après, il a fait on lamed; enfin il a considéré l’aHi qui marche à la gauebe dn caph comme une abréviation du mot oVy dont cette lettre est en effet l’initiale; il lit donc jusqu'à ce point : 'ï “iS- ^2:3 Sya ”k*?, ou seigneur Baal solaire, roi éternel.

Mais il est impossible d’accepter des valeurs aussi arbitraires ; nulle part on ne trouve un caph ni un mem de la forme des deux linéaments qui suivent le mol Syi, car il ne faut pas perdre de vue que c’est au premier des denx que Gesenius attribue la valeur du capA, au second celle du mem. L’inscription que noos étudions témoigne elle-même contre cette assertion ; en effet, le nwm s’y trouve figuré différemment et d’une manière que noos avons constatée en comparant les variantes de la légende des médailles de la table 39 xin de Gesenius. Le eaph s’y montre à la seconde et à la troisième lignes ; enfin le caractère qui suit le premier mem né peut être assimilé au

ET DE LA LAXGDE LIBYüEE. '.T

lanud, qai s'élève, comme noos l’aTODs déjà fait remarqoer, aa-detsas de la ligne ; ce ne peut être qu'on Run, comme tous les caractères semblables de la même épigraphe.

Dans rincenitude où nous restons, demandons quelque antre Inmière à l'analyse de la seconde ligne. Nous lisons d'abord sans hésitation ; pois, après deux signes incertains, noos trouvons HZ. Celte désinence, rapprochée de «Sp. rappelle la fin de la première maltaise et donne lieu de penser qu'il y a ici k:"'! kH'. que par const’quent les deux signes incertains sont l'un un btik, l'autre un resh. Ils ressemblent, il est vrai, au daUth du mot de la première ligne; mais à l'état correct aussi, ces trois lettres, comme nous l'avons déjà fait observer, ont une similitude prononcée; le daleth et le resh se ressemblent aussi dans l'alpbabet clialdaique. Il n'est donc pas étonnant que l'analogie se répète même dans les modifications que les caractères ont éprouvées, de même que pour le lanud et le Rwn, déjà signalés sous ce rapport. Kn fait, on trouve, d'une |tart. un beth de celle forme dans le mot qui se montre à la seconde ligne de l’inscription représentée sur la table 21 de Gesenius, ou première nnmidique, et, d'autre part, on resà à la fin des variantes 17, 18, 19 de la légende des médailles de Tyr, sur la planche 83 du recueil de PelItTin. Cette double analogie se trouve réunie, d’une manière frappante et démonstrative, dans la quatrième des variantes retracées à la page 30. Noos pouvons donc lire sVp tO':. Le moi qui termine la ligne précédente, confirme l’analogie avc<-, la formule de la premiire maltaise. Mais ce mot dans celle-ci est immi'diatemeot précédé par un caph; dans la seconde numidique et dans toutes les epivraphes de la même catégorie, nous trouvons aussi un raph. mais séparé de par un ain. C'est là un des points qui ont le plus contribué a égarer les interprètes jusqu’à Gesenius inelusivement. Le fait pourrait s’expliquer par la comparaison de plusieurs autres monuments épigraphiques découverts pareillement en Nomidie. En effet, l’examen attentif de ces divers textes prouve que le dialecte phénicien parlé en Numidie avait une prédilection frappante et caractéristique pour l’otn. Tantôt il substituait cette aspirée à Valeph ; voyez, par exemple, sur la planche 10, au commencement de la première ligne. le mot mis pour

pK, des monuments analogues, et sur la table 17 ixxxiv de Gesenius, ainsi que sur notre pbutrhe 19, au début de la première ligne encore, le mot yaj, remplaçant pM, écrit eorreetement en tète de l'épigraphe rapporté!' sur notre planclie 20. D’autres fois ce dialerte ajoutait l'aln aux radicales à titre de prothèse ou d’épentlièse. La fréquence insolite de celle lettre sur plusieurs pierres suffirait pour faire conjecturer cette particularité, si l’on n'en avait d’ailleurs la démonstration dans les mots 'y3M7 et pVN, pour ] 1 N, des tables 25 et 26 de Gesenius, ainsi que dans le nom propre pv'Srz. formé des quatre dernières lettres de la première ligne et des trois premières de la seconde ligne sur notre plancite 22. Z'ZX.'VZ pourrait donc être très naturellement considéré comme on cas de cette espèce. Cependant je disais à ect égard en 1812 (Essai sur lu langue pàénicienne) : • A mon avis, l’oW est une abréviation; il est mis pour supra, antea, prœ; le lamed s’élide devant le icAtn qui commence le mot suivant, par la même règle dleupfaonie qui, chez les Arabes, produit, dans les rencontres analogues, l'assimilation de la première de ces deux lettres à la seconde. i*t3B?Vî, pour tcwHï:, veut dire, sefon ce qui a été entendu pricidemment, selon Tordre qui a iti reçu précédemment! l’dln, dans ce cas. représente exactement la particule prœ dans la locution ex pracepto, que fai déjà dit être la traduction rigoureuse du mot phénicien. > Or, une inscription trouvée récemment, dont nous reparlerons plus loin et que noos présentons sur notre planche 10, confirme positivement cette présomption ; car on y lit (KitsvtrS?:, mot qui offre d'ailleurs d’autres modifications, sur lesquelles nous nous expllqneroos ultérieurement.

Ainsi l’on peut avancer avec assurance que le passage RDiaR’yprsiWS correspond à celte partie de la première maliaise : □îU.TsSpTSC:.

Celle formule étant isolée dans la première maltaise, on doit, dans les numidiques, l'isoler aussi par la pensée; d’où il résulte que les deux lettres qui précèdent doivent en être séparées. En effet, noos voyons le groupe qu'elles forment avec les linéaments dont nous nous occupons

-.K DK I.A LANGI E PHÈMCIKVNK

re»ter inv»ri»ble sur la dixième nutnidique, que nous avons rfojà cilév et où l'oln ne suit plus immédiatement le cap\ (|ui vient après elles (roy. notre planelie 1 1). ainsi que sur la yuiilri^me. »ù le cttjdi lui -même a disparu (ooy. Gesenios, table 23). Les lettres se raltaehent donc au commencement de l'Inscription, et l'on a par conséquent ...Vï2 psS. Or, il est impossible de ne point rapprocber celte partir du teste de celle autre partie empruntée ans rartbaginoises que nous venons d 'étudier ; HyaS Il ne manque que le rhel dans le premier cas pour eompléter le rapport. L’easemble des traits dont nous rherchons la détermination ne romposerait-il l>as cette lettre? L'analogie de sens tend puissamment à le faire admettre. L'analogie graphique est loin d'y répugner; car il n'est point diflicile de saisir un lien avec le chet que nous avons déjà vu sur la yremiére, la stconde et la qualriime athéniennes, sur la première maltaise, enfin sur les carthaginoises précédemment analysées. I.e trait médial et contourné de notre groupe remplace les traits intermédiaires et variablement dirigés du chet des esemples précitrà.

Ainsi le parallélisme des formules, l'affinité graphique, et, nous le verrons bientAt, la nécessité du contexte, tout se réunit pour ne faire de ees trois linéaments qu'une seule lettre, un chet.

L'épellation du reste de l'inscription, à partir du milieu de la seconde ligne, marche sans encombre, si ce n'est a la 1 1» lettre de la dernière ligne, où se rencontre encore une figure inconnue dont la place est indiquée par un point d'interrogation dans la transcription suivante :

ptC'v'K

. . .pp?5IQpSi'33n3

Gesenius avoue aussi que le caractère en question l'a fait hésiter. Il se décide à le considérer comme un schin, ne différant de ceux des lignes 1 et 2 qu'en ce que la corne ajoutée .sur ccu.\-ci au o>té gauche se confond, sur le nouveau de.ssin, avec le bord supérieur et ne fait avec lui iiu’un trait continu.

Nous ferons d'aixtrd observer qu'il y a une première différence entre ce que Gesenius appelie un schin à la seconde ligne, savoir la 8' figure, et l'antépénolliéme lettre de la première ligne que nous avons reconnu être réellement un schin, par l'analyse comparative de la quatorsiéme carthaginoise. Cette différence se maintient partout ; nous la croyons donc fondamentale. Le 8' caractère de la seconde ligne a beaucoup plus d’analogie avec le tsadé, que noos ne trouvons d'ailleurs sous aucune autre forme dans les inscriptions numidiques. Nous n'hésitons point à lui assigner cette valeur.

Lu second lieu, le groupe yacys, qui résulterait de la lecture de Gesenius, ne donnerait aucune signification admissible; l'illustre orientaliste l'avait reconnu. Aussi, pour former le nom propre que le contexte appelle, il a dù supposer que la 12' figure de la dernière ligne, bien que. de son propre aveu, elle ait l'apparence régulière du ghimel, ne constitue point cette lettre, mai.« qu'elle doit être divisée en deux parties, de cette façon /\, de manière à représenter un iud et un heth: puis, de l'avant-dernier signe, il fait un lamed. Il arrive ainsi à lire ^'jya’tyyy, Magsikalem.

Quelque respect qu'on ait pour le savant auteur, on ne peut souscrire à une pareille lecture. Il n’y aurait plus aucune règle si, lor.squ'one lettre est aussi nettement, aussi correctement formée que celle qui représente incontestablement un ghimel au 12* rang de la dernière ligne, on (Kiuvait, pour les besoins divers du moment, en changer la figure à volonté. D'un autre côté, t'avant-dernier signe, dans ses dimensions exiguës, ne peut être pris pour un lamed qui se montre tracé bien différemment et sous une forme constante sur les autres points de l’inscription où sa valeur est indubitable. Ce caractère ne peut être qu'une dos trois lettres y, t no ', dont la ressemblance a déjà été plusieurs fois signalée, et très probablement c’est on belh. formant, avec le caractère suivant, c'est à-dire le n«n, le mot p, dont le conséi|uent est effacé.

Pour moi. comme il s’agit ici d'un nom propre, et que par conséquent le sens du contexte ne .souffre point de l’incertitude dans laquelle nous sommes, je serais disposé à laisser indécise la de-

Icrmioalion de U II* lettre de la dernière ligne, jasqa’à ce que de noureaux monaments vins- .xent manireslement en éclaircir la valeor. Cependant il est une particularité qui n'a point fixé l'attention de Gesenius et qui peut-être nous mettra dans la bonne voie; c'est la llexion à droite de l'exlrémité inferieure de la figure. Otte particularité rapproche cette lettre d’un caractère que noua trouverons bientAt sur d'autres numidiques (roy. notre planche 13) et que nous reconnaîtrons y valoir cou. Nous avons vu d’ailleurs celte courbure distinguer le rau sur plusieurs monnmaiU gravés en Numidie. Je suis donc porté à penser, mais sans que ce soit pour moi démontré encore, que la figure qui nous occupe est un vau, et qu'on doit lire En supposant

épenlhétique l'alR terminal, et nous ne tarderons pas à voir combien la supposition est admissible, ce groupe correspondrait au mot hébreu t' 7'2 ; ce ne serait qu’une modification grammaticale du nom do roi de Basan, tltr, Og, dont il est parlé dans les Nombres, ch. xxi, v, 33.

La seconde nnniidique peut donc être lue et en partie traduite comme il suit :

pn H'a n*lV ,\a seigneur B,ial Haroan

Î3 toyx NDT3 Tsinâna, fils de

. . . .p PJiya P '7V3333 Barcibal. BU de .Mogâ, fils de ..

Le premier nom propre peut s'interpréter par k: vis, Humble a été l'habilation; le second par S~2 “'3, Bdal a èéni.

B. Troisième numidique de Geteniiu.

La Iroisiime inscription numidique, c'est-à-dire celle qui est représentée sur la table 33 lix de Gesenius, est incomplète, au dire de notre auteur, qui l’a lui -même examinée au musée de Leyde, où elle est déposée. Les premières lettres de la dernière ligne ont été effacées à coups de stylet; les traces de cet instrument se reconnaissent même, quoique plus légères, sur les lettres subsistantes. Ce fait noos explique la forme des 6*, 8* et 11* figures de la troisième ligne. En effet, la 6* et la 8>, telles qu'elles sont dessinées, reproduisent les formes entières et régulières du rrih et du daleth. Cependant le dalelh, dans le mot pK de la première ligne, le reih au 8* rang de la seconde ligne, ont les formes réduites que nous venons de voir dams la seconde numidique. Il n'est pas probable que cette différence ait été primitive; les deux figures de la troisième ligne doivent être altérées. On peut en dire autant de la 1 1*. 11 est facile, sans doute, de reconnaître en elle un lelh, en se reportant à l’analyse de la riaquiéma carthaginoise (page 43) ; maisd'ordin'aire cette lettre n'est point fermée supérieurement comme elle l’est ici. La ligne suivante présente deux autres lelh mieux conservés sous ce rapport, et cette particularité même fortifie la présomption de l’altération do premier.

Noos ne sommes donc point sûrs de la valeur de plusieurs des signes de l’inscription à laquelle noos sommes arrivés. Dans ce cas, nous noos abstiendrons, pénétrés de la justesse de ces remarques de Barthélemy : • Dans des langues où l’altération d’un seul trait change très souvent la valeur d'une lettre, où le changement d'une lettre dénature on mot entier, on ne saurait être trop attentif à constater et déterminer avec précision la forme de chaque caractère en particulier... La première règle de i’art consiste à ne prononcer que d'après les originaux mêmes, ou que d’après des copies assez exactes pour en tenir lieu. »

Toutefois Tincertitude ne porte que sur les deux dernières lignes; les deux premières sont parfaitement conservées, et elles nous offrent intacte la partie formulaire que noos avons reconnue dans l'épigraphe précédente.

La iroùinnc numidifiK peot donc <lre tranicrile de cette manière :

ra pn ‘pa pstS 3 tcruttSppOïr N3 . . . K . . .yn n. . ü . V

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