‹ Étude démonstrative de la langue phénicienne et de la langue libyqueChapitre 30 sur 66 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Ile de Chypre — Cilium.

L'île de Chypre, située à proximité et en regard de la Phénicie, avait reçu des colonies phéniciennes bien longtemps avant que des colonies greeques ne vinssent, postérieurement à la guerre de Troie, y former des établi-ssemenls*. Cependant une seule de ses anciennes villes, mais, à la vérité, la plus importante, rifium. a jusqu'à présent laissé exhumer, au milieu de ses mines, des monuments de cette occupation. Nous avons parlé déjà des trente-trois inscriptions découvertes par Pockokeen 1T38. Nous en avons interprété cinq dans le livre précédent. Plusieurs autres, comme nous l’avons aussi annoncé, viennent d’étre déterrées par M. le professeur Ross.

La plupart des Inscriptions de Pocknke, ainsi que nous l'avons dit précédemment, ont été copiées d'une manière très inexacte. Aussi, parmi les vingt-huit dont nous ne nous sommes point encore occupés, sept seulement paraissent susceptihiesd’une lecture certaine, bien que le dessin de (ilnsieurs exige même des rectifications. Ce sont les cinfuicme, dousiéme, dix-upMme, ring- /iéme, fingl-uniitne, vingt- quatrième et trentième de Gesenius, table t2.

La vingtième, indéchiffrable dans la seconde moitié de la dernière ligne, a été, pour le reste, fort bien interprétée par Gesenius. Ce savant antiquaire a ramené avec raison aux formes normales du chel, do lod, do mam. du tchin et du caph, les 6', 7°, 8', lé', 15' et 21' lettres; Il lit en conséquence :

tSïtînDy'? t3TQ Cippe, jHirmi les vivants, à Abdi*sm-

ItoVo P J un, fila de Melkiten

On voit que, pour te contexte, cette épitaphe se rattache aux trois premières précédemment analysées.

Les autres sont plus simples. La vingt-quatrième se lit ainsi :

-tfttV Tr ne»

tnapp . . .Szn

Gesenius rend les deux premiers mots par ; le peuple de Sehûr... Il regarde rv:” comme une forme féminine de B7, ainsi qu’il l’avait déjà fait pour la quatrième numidique ; mais nous avons alors prouvé qus sa lecture était inadmissible. Ici elle est exacte; mais la signification dont il s’agit n’existant pas en hébreu sous cette forme, on est d’autant moins autorisé à l’adopter qu'on ne connaît point de ville à qui le nom proposé pour le mot suivant pourrait s’appliquer, et que

ft) Barbié du Bocage, Met. gèogr. de la BMe, Paria, 1834.

ET DE LA LANGIE LlilVyi K. I2!>

d’aitleuri on ne comprendra gnère comment l'iniicripUon d'an mm unient élevé en l'bonneur d'on perionnage méritaol, par nne cité antre que ritiuni, se aérait trouvt'C parmi les rninea de celle-ci.

Je croii qoe doit conserver sa signiBcalion commune : mnruf, parût, tlruei lapidum, et qne le mot précédent doit avoir on .sens corrélatif, sens qne l’on trouve facilement en le dérivant, comme le mot D7 lui-même d'ailleurs, de arzy, lexit. Les deux termes voudraient dire : Ttclio

parûtû, et l'épigraphe entière pourrait se rendre ainsi ; CoastrurtioR protectrice d’Otirmel

file eTAbda.

Les cinq dernières se lisent couramment et n'eilgent, pour ainsi dire, aucune explication; nous nous bornerons presque à reproduire la transcription et la traduction de Cesenius, savoir :

lî-

pstinapS

A Abdesmum,

tpSony P

fif» d'Abdmelqar.

so*

(i“i)*/rvTOS

A A^UtrCit-

ifonpf

en« fiU de

A Eernun.

uatt P

AU d'AbA.

'CipkS

A E^mu-

m.’: nir,

îl«

;r0S'i'S^ A E.^munhan.<.

Quelques-uns des noms propres mentionnés dans les six dernières inscriptions demandent seuls une analyse particulière.

Abda, sur la vingt-quatrième, est probablement une abréviation de Sn 137 ; l’un et l’aulre se trouvent dans la Bible; le premier, I R., tv, 6, et Neh., xi, 17 ; le second, Jér., xxxvi, 26.

fémur, de la trentième, peut signifier dans l’oppretiion, ni pendant Coppreetion, y"C, premere, prettura.

Dans l’inscription suivante, Abd est une abréviation, sans aucun doute ; mais il est difficile de trouver le second composant dont l'ain doit être l'initiale; la plus grande probabilité est pour tupremus, ce qui correspondrait à 'ïX'3R de la Bible. La traduction, d’ailleurs très bvcile, de cette épigraphe appartient à Swinton.

De même, dans la dix-teplième épigraphe, Emwntr, qui vient de £mun sutriiarit,

est formé comme le nom propre des Hébreux, TT, Deue euecitarit.

On a dù remarquer combien revient fréquemment, soit seul, soit combiné, parmi inus ce.s noms

propre», celai d'Esmon ou Fsculape; on doit se rappeler qu’il figurait déjà dans la Iroiaiéme e>lienntioa le déchiffre sans diflieulté dans trois de celles que noua renonçons à lire en totalité, savoir dans la àuitirmc; il y est formé par les 2*, 3% <* et 5' lettres de la seconde ligne; puis dans la rinj(-rf««anéme, ligne première, et dans l.i trente- troisième, troisième ligne, lettres C', 7', 8* et 9'. Nous le reverrons enfin sur les deux inscriptions récemment découvertes par M. Roa». Une répétition si fréquente donne à penser qu’il y avait à Citiam on temple consacré au dieu de la médecine, et cette conjecture est fortifiée par la juste renommée de douceur et de pureté qui était généralement accordée à l'air de l’ile entière.

Pour appuyer son opinion sur la signification de en dans les formules 'sii ctK cl m'a' Cn. qu'il lit k:~' t?N, formules dont nous avons parlé ans pages 80 et soiv., M. Ét. Quatremère dit. Journal dit .Vacants, septembre 18i2 : • Dan» les inscriptions de Citiam, apres le mot raïï: et devant le nom de celui qui a fait élever le tombeau, on lit tonjours tpn. • Or, sur les trente-trois épigraphes dont il s’agit, le mol pair: ne se présente que quatre fois, soit cinq fuis en y comprenant nax, qu’on lit au commencement de la ringl-tuutième, et la syllabe tfn ne les suit, non pas même immédiatement, que deux fois, savoir, dans la vingtième, après 3<m, où elle appanienl en effet à l’une de» formules précitées, et dans la vingt-neuvième, dont la première ligne me semble, après rectification de la quatrième lettre, devoir être lue ainsi ...t?nS r3S('2}; d’où il résulte que n'x n'est que la première syllabe du nom de l’individu pour qui le cippe avait été construit. L’argument de notre illustre académicien, loin d’avoir l’importance que lui prête gratuitement la forme générale sous laquelle il est exposé, se réduit donc à un fait unique, et ce fait ne prouve rien puisqu'il rentre dans la question en litige.

Les deux inscriptions de M. Ross sont faciles à lire.

L'une, que nous appellerons trente- quatrième citienne et que nous reproduisons sur notre planche 5, est gravée sur un piédestal en marbre blanc, carré ; la face qui la présente est aujourd’hui brisée. En voici la transcription :

qr,’ î^’cTinay p mpSmsS

M. de Saulcy , qui, le premier, ainsi que noos l’avons déjà déclaré, a fait connaître ces deux inscriptions', traduit ainsi celle dont il s’agit ;

.4 Gadmelqarl, fils d'Ahdesmun, ifAeco.

Le premier nom rappelle celui de Gadastoret, que nous avons déjà vu dans la froiiièma earthaginoise.

Le second, qui se rathache par le composant csmun à ceux de la plupart des autres citiennes, a cependant cela de remarquable que ce com|)osant commence par un ain, tandis que partout ailleurs l'initiale est un alrph. Cette mutation, dont nous avons eu d’ailleurs plusieurs autres exemples, doit être particulièrement rapprochée de celle que nous avons signalée dan» le nom d'Arad.

M. de Saulcy regarde le dernier mot comme le nom propre d’Acco, bien que, sur les médailles de cette ville, le nom soit écrit avec un seul raph. Le savant académicien appuie son opinion sur ce que, dans la transcription arabe qui constitue encore aujourd’hui le nom de Saint-Jean-tTAcre, la gutturale est marquée d’un teschid. Elle est aussi pointée d’un dagesh dans l’orthographe hébraïque. Cette double circonstance donne, on doit en convenir, une assez grande vraisemblance a la leçon que nous lenons d’indiquer. Mais on ne peut, d’un autre eflté, méconnaître que eette construction sans iod ethnique serait fort extraordinaire. N’ayant point vu le monument, je crois prudent de rester dans le doute.

La seconde inscription, qui a été trouvée dans un village, près de Citium, gravée sur une Bevue pttilolotiquc 1845, 6’ cahier.

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