‹ Étude démonstrative de la langue phénicienne et de la langue libyqueChapitre 32 sur 66 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Égt pte.

Outre le bas-relief de Carpentras et les papyrus dont il a été parlé, l'Égypte a fourni un autre l>as-relief analogue pour le tableau, mais marqué d'un seul mut phénicien (roy. Gesenios, lah. 29 et page 232), puis quelques légendes gravées sur des pierres gemmes (l'ii'd., table 2S LXMi bit, et 31 Lxviii, Lxx), enfin cette belle in-scription, naguère rapportée par M. Ampère, et que noos avons reproduite sur la planche C.

$ I. Bat relief de Londrei.

Le second bas-relief auquel nous venons de faire allusion a été découvert par Gesenius, à Londres, parmi d'autres objets d’antiquité rapportés d'Fgyple par Sait et achetés dans une vente publique par le célèbre poète Rogers. Dans le compartiment inférieur est représenté on cadavre ent eloppé de bandelettes et couché sur une table ayant la forme d'un lion, au-dessous de laquelle

H)nt quAire vaics fermés par des couvercles dout (rois sont à tètes d’animaux, un à tète hu maine. Dans l'encadrement supérieur se trouve, à droite, Osiris aasis et tenant le fouet et le litous ; devant lui est dressée une table chargée de mets variés ; à gauche se tient un homme n’ayant pour vêlement qu’une ceinture et dont la tète est couverte d’un casque; sur le front de ce casque est un serpent, insigne de la dignité royale. Ce personnage présente de la main droite une patelle au-dessus de laquelle, à la hauteur do casque, se voient cinq lettres entièrement semblables à plusieurs de celles de l’inscription de farpeniras et formant le mot ’n":®.

Gesenlus, qui n’avait su d'abord comment expliquer ce mot, pensa plus tard en avoir trouvé la signiriealion dans celle décom|H>silion 'P' o®, forme araméenne pour 'px a®, Momen iscil. Dens) mecum (page 467). Je ne pense pas qu’il en suit ainsi.

En jugeant d'après tous les monuments égyptiens analogues, le groupe en question doit être le nom do personnage qui comparait devant Osiris, et ce personnage lui-mème, décoré du sebeni avec l'uru-ns, doit être un roi mort.

S’il en était ainsi, ce ne pourrait être qu’un des princes étrangers, appelés Phénieietis par Ma. uéthon, on de ces patteuri ou Byaoi, dont l’origine réelle a tant embarrassé et embarrasse encore les historiens. Peut-être n’est-il pas téméraire d'avancer que c’est en effet le premier de ces rois qui est ici mentionné et représente. Son nom était, d’après Jules l'.\fricain, SaUet; d’après Josèphe, Salaliti et d’après le Syncelle, Siiilii. On voit déjà que les deux dernières leçons, en faisant abstraction do sigma terminal qui appartient à la langue grecque, soit Salati, Â'filt, ne s’éloignent pas trop do nom phénicien dont nous nous occupons, lequel doit être lui-même tran- .scrit Smati ou Siniti. Ce rapprochement aura plus de force encore si l’on considère combien les Grecs, en les transcrivant, altéraient les noms étrangers; les variantes do nom même dont il s’agit sont loin assurément d’être les exemples les plus remarquables. Mais il y a plus dans le cas présent ; en elTet, si noos ue nous faisons illusion, la formédes caractères grecs donne une explication matérielle de l’altération que le nom a subie. Ce nom, sur les manuscrits grecs, a dû être écrit 2MATI ou IMITI; n'est-il pas facile de comprendre qu'on ail pu se tromper et lire 2AAATI, ZIAITI on 2AITI, d’autant plus que l'ulpAa manque souvent de barre transversale, ainsi que Mionnet le constate dans sa paléographie grecque, et que, d'après le même auteur, le mu se trouve effectivement aussi, sur les médailles, coupé en deux parties, de cette manière AA en sorte que réellement le nom, écrit de cette façon : 2AAATI, a pu se prêter à la double lecture SMATI ou 2 AAATI, On trouve des remarques et des exemples analogues dans Friier. Jac. Baslii Comment, palotographira et dans les notes de Schafer; ainsi : <• Formæ A et X codicibus nonc cum alplut, nnne cum delta confusæ sont ... Duplex lambda item pro my passim habitom est, et vice versa; indè orla creberrima commniallo vocum iXXà et 4pa.,. ïtSiîoi l'aXXov al. nitiava^mv. Wesselingios : • î'siuuw et PaXXt» una dunlaxal littera, ad scriptnræ errorem progeoerandum prona, distinguit. > Enfin, dans l’ouvrage si remarquable qu’il publie sons ce litre : Aeÿijpten's Stelle, etc., M. Bunsen a prouvé que presque tous les noms grecs des anciens Pharaons doivent être rectifiés, et il a fait à ce sujet les plus heureuses corrections.

La présomption d’identité se foriifle lorsqu’on pénètre dans la signification du mot. En effet, le iod terminal est patronymique. Le thème r’C® est une formation semblable à celle de ®'S®, troisième, venant de ®Sv, (rots. La racine est donc ns®. D’on autre c6té, nous avons vu, en analysant l’inscription de Carpenirasqoia, nous devons le rappeler, tant de rapport avec celle-ci , que les formes cbaldéo-syriaques y prédominaient d’une manière très prononcée. Or, l’une des particularités caractéristiques de ces formes, c’est la substitution du tau an echiit dans beaucoup de mots où les Hébreux mettent la dernière lettre; ainsi n® pour v®, etc., etc. On peut dom' .supposer que no® est pour®®®, soletf, et ainsi le dérivé 'n'®e serait l’adroit équivalent du litre

;l)Giumus dit aussi, à une autre occasion ; sin grscis moaumenUs Mj lillrraœ in dosa, tdeè très part'* Iraciam con’picl # Moiutm,, p. S}.

pharaon que portaient les rois légitimes de l’Égypte, ou mieux peut-être Cl PH, fils du safeU, iju'ils écrivaient au-dessus de leur écusson nominal.

§ II. (iemmes.

La première gemme est un scarabée en cornaline conservé an musée royal de La Haye; elle a l'i- décrite par Hamakcr dans ses Miscell., p. 102, 311. Elle porte pour légende : ■ü.N'rS.

>ous verrons, sur presque toutes les pierres analogues, les légendes débuter, comme ici, par un lamed: nous devons en conclure que cette lettre a une signification commune. (|ue c'est le préfixe indiquant la possession.

Le reste de la légende, dans le cas particulier qui nous occupe, est donc un nom propre. Il veut dire, si l'on traduit directement *ic, évitant d'amasser, ou, si l’on prend le premier mot pour la forme assyrienne do terme hébreu pritice amassant, spécialement les fruits de la terre; c’est ainsi que le nom de la Bible (Isaïe, xx, 1) est rendu par prince juste, clément.

La légende entière signifie, par conséquent, d Saragar ou à Saroger.

La seconde gemme se trouve dans le musée royal de Berlin; nous en empruntons le dessin à (iesenius, qui dit l’avoir fait exécuter avec le plus grand soin d’après un moule pris sur l'original; il est double de la grandeur réelle. Les quatre lettres phéniciennes qui y sont gravies donnent, sans aucun doute, le nom propre Gesenius, s’appuyant sur l’exemple des médailles de Sidon où est mis pour rriM, sceur, suppose avec assez de vraisemblance qu'ici aussi •)»« est écrit ()oor n« ; que le nom , par conséquent, signifie littéralement fils de frère; Il répondrait alors à notre nom propre Neveu ou Leneveu.

Gesenius n’élève aucun doute sur l’origine de cette pierre dont toutes les figures, d'aprc.s ses expressions, se rapportent clairement au culte égyptien.

H ne pense pas de même de celle qu'il a reproduite table 28 i.xvii 6ïx, bien qu’au dire d'un honorable antiquaire de Londres, qui possède un moule en soufre pris par loi -même sur l'original, elle ait fait partie de la collection de Sait. C'est un cylindre pareil à ceux qui servaient de (Pichets parmi les Perses. Gesenius, pour en récuser l’origine égyptienne, s’appuie, d’une part, sur ce que les personnages qui y sont représentés ont les Jambes écartées; d’une antre part, sur ce que leur chevelure est figurée à la mode persane. Pour l’écartement des jambes, nous ferons remarquer qu’il existe aussi sur la pierre précédemment étudiée, et dont le caractère égyptien a été Jugé en tons points évident par le célèbre archéologue ; quant à ce qu’il considère comme la chevelure, c’est, si nous ne nous trompons, la coiffe usitée en Égypte et dont la forme se retrouve, bien qu’un peu modifiée, sur les deux images d’Horus dessinées sur le n<> lxx de la table 3l . Nous pensons done que rien ne s’oppose réellement à ce que le cylindre dont il s’agit soit compté parmi les monuments égyptiens.

Quoi qu’il en soit, la lecture de la légende ne peut donner lieu à aucune hésitation, si ce n’est pour la seconde lettre dont la figure est nouvelle ; mais elle a trop de ressemblance avec le carac tère fulguriforme auquel, dans la seconde cilienne, par exemple, nous avons reconnu la valeur do sameeh, pour que nous ne lui aceordions pas ici la même puissance. Nous lisons donc avec Gesenius : n3’’D*7, à Sargad. Ce nom est composé de id que nous avons déjà vu, et qui signifie ici prince, puis de ta, qui veut dire fortune, succès, et la divinité qui était censée y présider.

§ III. Isucription d’ipsamboul.

On lit dans un arUcle sur les sources de la religion des Phéniciens, etc., publié par M. Gnigniaut dans la Revue de philologie, li* année: •• Une épigraphe curieuse, encore inédite, que .M. de Saulcy nous signale en terminant cette communication, est celle que notre confrère

M. Ampère a copiée loat récemment sur l’an dea colosses d'Ipsamboul en Nubie. Elle n’appartient (ireciséinent à aucune des divisions précédentes {Iturr. eoltru. té/mler., historiquti); mais elle est, en pbénicien, un exemple jusqu'ici unique d'une de ces inscriptions de visiteurs dont certains nionuiiients de l'Égypie, et surtout le fameux colosse de Memnoii, offrent tant d'exemples en grec et eu latin. Elle présente de plus cette particularité non moim rare d'un nom hybride composé d'un mot pbénicien et du nom d’une des graiules divinités de l'Egypte, Abd-Flah, le serviteur de Ftah, comme si le Phénicien qui le portait eût été consacré au dieu égyptien, ou eût adopté son culte, par suite de l’un des fréquents établissement.' d’hommes de cette nation sur les bords du Ml, dont nous avons parlé plus haut.

Je dois à l’obligeance de M. de Saulcy une copie de ce remarquable monument qui est reproduite, comme je l'ai dit plus haut, sur la planche G.-

Un y distingue deux parties : la première, composée de deux lignes, dont l’une, du double plus longue que l’autre, présente de majestueux caractères; l’autre, écrite aussi en deux lignes, mais en lettres plus grêles, est encadrée dans une espi'ce de cible. Ma planclic n’a pas présenté un espace suffisant pour reproduire exactement ces dispositions; je les crois, toutefois, indiquées avec une sufli.sante clarté. L’espèce d’ornement place sur cette planche, au-dessous de la seconde ligne, se trouve, sur l’original, isolé au niveau de la première ligne.

Les deux parties distinguées ci-dessus oot été évidemment tracées par des mains differentes. La lecture en est facile. On doit toulcfois se rappeler, d'après ce que nous avons annoncé à la page 36, que nous avons à coniplèler ici la démonstration de la valeur $amtch donnée à l’avantdernière iclire de la première ligne.

La première partie se transcrit :

la seconde ;

ce qui signifie :

*oanK Stnît 03st nir p rwinai' ?•« est syT.Tr nn-3

oyana aa

Premier tjisilfur.

• L’afnictlon d'Abd-Etah, fils d’iltr, est l’accusation du délaissement, de la violence que j'ai subie; puisse Etait faire surabonder sa colère! ■

Deuxième vitileue .

s L'afiliction est 1a porte de la plainte. -

Il s'agirait, d’après cette leçon, d’un malheureux, victime de quelque injustice, conjurant Etait de le venger. Un autre voyageur, passant après lui en ces lieux, et plus tniséricnrdieux. est ému de cette imprécation ; mais, dans sa compassion, il en excuse fauteur.

Il y a une analogie très remarquable entre les idées de ia première partie et celles du premier verset du quatrième livre de l’Ecclésiasle, Itien que les termes soient differents; l’EccIcsiaste dit en effet : • J'ai porté mon esprit ailleurs; j'ai vu les oppressions qui se font sous le soleil, les larmes des innocents qui n’ont personne pour les consoler et l'impuissance où ils se trouvent de résister à la violence, abandonnés qu'ils sont du secours de tout le monde... • (Trad. de L. d. ,S.)

Justifions notre interprétation.

On est frappé, au premier abord, de ia répétition du même mot. aux terminaisons prés, au

ET DE LA LANGUE LIBYQUE. iSft

débot de rhacone de* deux parties épigraphiques : n'K: . . . 'k:. Ces deux fumtes me paraissent être des variantes d’on sulislanlif dérivé do verbe "ns. le plaindre, ttrr afpigi. A la vérité les lexiques ne présentent pas res formes nominales ; mais, d'abord, l'analogie des nombreux snlistantifs dérivés d'on verbe dont la troisième radicale est n, et dans lesquels ectie linalc est rliangée en rend, en quelque sorte, forcée la forme ’n; ; presque toutes les pages des vocabulaires présentent des exemples de celle mutation. Qoant à la seconde forme rox:, elle trouve son entière analogie dans cet exemple : nxi, voir, ’»■' et jvkx, rite, eiston. On est généralement d'accord pour admettre que la Bible ne contient pas toute l'ancienne langue hébraïque ; il est doue très rationnel d’aceepter des dérivations aussi naturelles que celles dont il s'agit. On comprend, d'on autre côté, comment, les deux parties ayant été gravées par des individus différents. Ks deux formes ont pu être employées, d’autant plus qoe, dans le premier cas, la terminaison en fou a pu être appelée par l’état d’annexion.

Vm. f)n sait que celle expression, qui a pour sens abandon, dilaiuemeni, mépris, est une de celles qui donnent tant d’énergie au fameux verset d’Isaïe : • Il noos a paru un objet de mépris, le délaissé des hommes, etc... •

se trouve aussi dans la Bible, à l'endroit où Saraï dit è Abram ; ■ L’injure que je souffre vient de loi, -j’V? ': 2 ri. •

La différence des personnes, c’est-à-dire l'emploi de la 3' pers. sing. au commencement de la phrase et de la 1 ** à la fin, pour parler do même individu, est un hebraUme dont la concision, sans rien Aler a la clarté, contribue singulièrement à l’énergie de l'expression. On en a on exemple dans ce pa.ssage de la Genèse xLiv, 33, cité par Gesenins à propos de la première maltaise : ’ 3 K erî sy:rrr>x ioy ■^ 127 , « ton serviteur a cauftonné Venfanl auprès de mon pire, • pour . > Ion serrileur, j'ai cautionné, etc. •

Les ateph préposés à Sic et à 'ïtin sont des articles, comme noua l'avons vu sur une classe de médailles de Cadix. Celui qui précède Stn est lié an ehel.

est la forme primitive de la 3* pers. sing. do futur hipHit pris ici oplativemenl ; on 'lit d'une part, dans la grammaire hébraïque de Cellerier fils, p. 33 : • Au futur, par suite d’une babilude euphonique et constante, cette syllabe n, précédée des préfnrmantes, se contracte avec elle et laisse perdre son , 1 . Ainsi de l’infinitif Tpsn devrait se former le futur ipsrv', et, an lieu de ceU, il prend, en se contractant, la forme ipE'j • d’une autre part, dans la grammaire chaldéenne de Petermann, page 19 : - In cbaldaismo bibllco, tam ab initio quam in fine verborum , loco M scribi solet n, id quod hebraismnm rcdolet, c. g.,.. Pnet. Apbel : V^pn pro ':“px, adeo queStsp.T, etc. • Cette dernière forme est celle de notre verlw. On en trouve d’ailleurs des exemples en hébreu, tels que m'rn, qui fait le sujet de la note 7, § 52 de la grammaire de Gesenius. to* édit., I83t, et r:'TX.*iK, dont le même auteur dit (Lexie., p. 1073) : • 1 fut. hiph. c. sulT. pro forma non contracta, a rn\ Hipb. eelebravit. Ps. xxviii, 7. >

Enfin l’emploi de Ck dans le sens de eofére, vens/eance, ealamili, est d'aerord avec ces explications données dans le Lexique de Gesenius au mot dont il s'agit ; • Eiguraie de Dei iri et lurore... Igné et incendio Hebrci guodvis exiiiitm désignant, tam hominum. tam rerum. ■

Dans la seconde partie, après ce que nous avons déjà dit de 'k:, rien ne présente de difficulté Nous noos bornerons à faire remarquer qne l’article placé devant a;*' est on hi, ce qui conlirmc l'opinion que ces lignes ont été tracées par une autre main que celle qui a gravé les premières. On voit aussi sur les médailles de Cadix l’emploi de l'aleph et do hi comme signes de l’article.

Notre Interprétation parait donc en tous pointa légitime, et, si elle est acceptée, elle emporte la démonstration de la valeur sameeh attribuée au signe pour lequel, de la page 26, nous avons rcnxoyé à celles-ci, c’est-à-dire l’avant-demier de la première ligne.

Sous le point de vue paléographiqoe, ce précieux débris nous semble devoir être considéré comme à peu près contemporain des deux premières inscriptions d’Athènes et de la première maltaise.

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