‹ Étude démonstrative de la langue phénicienne et de la langue libyqueChapitre 55 sur 66 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

L*MiVF. uRVQrE. — Iniicriplion liilinjiuc dt Tliugtü.

Nous avons, dès Its premières pages de cel ouvrage, annoncé l'importance de rinscriplion liilingue de Thugga, dont une partie est écrite en phénicien, l'antre en caractères qui étaient restés inconnus jusqu’à ces derniers temps et que l'on a présumé, avec vraisemblance, appartenir à l’ancien idiome libyquc.

Thugga, appelée aujourd'hui par les Arabes Malka, était une ville de la nouvelle Numidie. a sia jours environ de Carthage, vers le sud, près du fleuve Bagrada.

L'inscription, découverte d’abord en 1631 par le provençal Thomas llarcos, a élé vue et copiée depuis par plusieurs voyageurs, notamment en 183.3 par sir Grenville Temple, et en 1836 par Honegger. C’est de la combinaisfm et de la rectification, en quelques points, de ces diverses copies que nous avons formé notre plantdie 31.

Les caractères liby(|ues sont à droite, le teste phénicien est à gauche. Une conformité très remarquable existe entre ces deux parties ; ainsi, de chaque cAté, il y a sept lignes : la première est séparée des autres par un intervalle plus grand que celui lai.ssé entre celles-ci; la quatrième est de moitié moins longue que les autres; des points sont marqués entre différents groupes de lettres. Cette disposition symétrique indique d’abord que la première ligne doit offrir un sen.s complet ; que le sens doit être coupé aussi à la fin de la quatrième ligne, que les groupes de lettres compris entre les points composent autant de mots. Il est facile de prévoir quel secours l’inter* prêt.',; Ion peut tirer de ces remarques. Mais ce n'est pas tout. Le texte phénicien présente plusieurs groupes qui se répètent ideuiiquement en divers points de l’inscription, et, aux points correspondants du texte libyque, on observe aussi le retour de groupes identiques. L’équivalence de ces groupes sur les deux textes est ainsi démontrée à Tavance. On peut donc dire avec as-surance qu’aucune inscription antique ne fournit pour rexplie.ation autant de facilités matérielles.

Gesenius qui, après un essai malheureux d'Hamaker, peut être considéré comme ayant le premier apporté quelque lumière sur la signification de cette double épigraphe, a cependant, en grande partie, manqué le but pour n’avoir pas tenu compte de tons les indices que nous venons de relever ; il a négligé, par exemple, la distance du premier interligne, ainsi que l’identité du groupe formé par les A*. 5', 6' et 7" lettres de la première ligne avec celui constitué par les 6% 7*, 8' et 9' lettres de la troisième ligne. Il s'est d’ailleurs trompé dans la détermination de plusieurs caractères. 'Voici sa version du texte phénicien :

qo P ryc3' p oV>nK: ;i3(ï2)

.mpaiay p anou ran

‘ -p p ,T,’ïT3' p navs p TC-.T

Vana p

hjo TatS »v3 Tvi . . . ttVa na rttaa ’aNV pVio paa Sa bacs ■vsca a-’.i •aa p ’aaa Sha p yaa rm tap Ta .;n Cippus Maolami, lilii lophLsch'aU lllii regis Banasæ ex Banasâ Tobarami, lilii Abd-Hocarthi Principis, A-ebed, fîlii Jophiscb'at, filii regis Sclilagi, lilii Cactachal.

Quiim intràsset in domum plenam ... et esset luclus ob memoriam Sapientis Prindpis, sdamante lortioris, qui tulit omnis generis conculcaliones ut viduns malris mes.

Ecce positum est lioc sepulcrtnn à PhoJ, filio Balali eipipits, filii Babi.

Qonnl »u texte libyqge, il en rend une partie comme il soit :

T TOCS' T — — —

lil. Jophi.'^hat Gl.

ip3 0

T ÜT

Abdmoc.ir

fîl. ram +0 1

n*gis ni. Jophischat lil.

CaraiMrhal fil.

sdialgi.

Sto’ ’nn q .

^allicnti^ ini'morüc mæror eral quum œortTClur

'CoVo ^03

bo

'?.3is .n.oS

Ut viduuÿ conculc’

omnes

qui por- prai ada

principis

mairie mcéc ationes

lavit mante

'33 T ’iïM

Sbo

T ’ÛO —

Babi ni. Cipupensis

Balai

fil. a Plioa —

On remarque d’abord c|ue sur la partie phénicienne, ainsi que sur la partie libyqnc. la première li^e est liée à la suivante.

D’un antre côté, dans le texte phénicien, à l’égard de la 3' et de la 12* lettres de la première ligne, de la 13' de la même ligne et de la 10* de la seconde ligne, ainsi que dans tous les antre* endroits où ces ligures reparaissent, r.e.scnius adopte des déterminations inverses à celles qu’il a reconnues sur tous les antres monuments, c’est-à-dire qu’il prend le premier de ces quatre caractères pour un iMcBi et le second pour un schin, bien que la différence de longueur des deux queues ail toujours fait jusqu’alors établir les valeurs opposées, le troisième pour un ain et le quatrième pour un Ulh, bien que le contraire, d’après tous les antécédents, résulte des différences de développement et de la présence, dans l’intérieur du troisième, de quelques petits traits qui ne se trouvent point dans le quatrième et qui ont toujours distingué le Ifth. Le docte écrivain reconnaît cette contradiction dans les termes suivants ; • Præ cætcris memorabilc est discrimen litterarum c et tr, « et ï. Iliæ cnim magnæ in utroque exemplo constantia distinguumur ut v sit □, et a, contra prioris ætatis ronsuetudioem, obi otraqoe hæc Ggnra longius caudata est n ; hæ (13 cl ï), ita ut major Agora, intos signis monila, cadem ipsa quæ in Carthaginensi quinta 13 erat, in hoc titulo constantes y sit, b contra minoris moduli et intus non omatom. •

Cesenius a été poussé à se démentir d’une manière aussi dépourvue de motifs plausibles par l’opinion préconçue qu’il a exprimée ainsi, p. 12 : « Ac Libycsc qoidem lingotc ratio in universum valde obscora est : nec satis probabilis corum opinio qui in hodiema Berberorum lingna vestigia cjus superesse volunt. Punieam autem ex Asie adventam in universa Africa? ora eandem Punis et ISomidis commonem fuisse, neque (quod nonnullls, re nondom invesligala, probabilo lisnm) Pcenorum linguam a Numidica discrepasse, et velcrom testimonla doceni, et nominum propriornm origine, nostraque monumentorum numidicorum illustratione, abonde conArmator. •

C’est donc pour traduire le texte libyque lui-même par la langue phénicienne, c’est pour trouver dans ce texte des mots qui donnassent en phénicien un sens correspondant à celui do texte phénicien proprement dit, que notre auteur, étreint d’un autre côté par la transcription évidemment littérale des noms propres, a violemment brisé l’analogie paléographique dont il avait luimême jusqu’alors démontré la certitude.

Dans un article publié dans le Journal dci SavanU, juillet 1838, M. Et. Quatremère a fait justice do paradoxe de Cesenius sur l’identité des deux langues dans les termes suivants : » Comme

ET DE LA LANGIE LIBYgLE. io7

le monumeni bilingue de Thougga se trouve dans une ville qui faisait partie de l'ancien rovaume des Numides, il est probable que l'inscription inconnue qui accompagne l'inscription punique est véritablement numide. Or il n’est guère à présumer (|ue les deux inscriptions soient tracivadans la même langue et seulement en caractères différents; on peut croire, avec beaucoup plus de vraisemblance, qu'une des inscriptions est la traduction de l’autre. »

Les observations précédentes mènent directement à une conséquence importante. Nous avons dit que les articulations des quatre lettres dont il a été parlé ci-dessus faisant partie de plusieurs noms propres, doivent se retrouver dans la transcription bomophone de ces mêmes noms sur le texte libyque; il en résulte que les caractères de ce texte auxquels Gesenius avait donné les valeurs □, o et v. c’est-à-dire 3 et doivent reprendre, comme sur le texte phénicien, les valeurs c’, 3 et ï.

l,es antres déterminations de Gesenius sont :

ir = ^ ^ ■

Il 1

Nous verrous que douze de ces dix-sept déterminations doivent être maintenues; c’est un service que ne doivent pas faire perdre de vue les critiques dont noos n’avons pu nous dispenser.

Plusieurs de ces critiques ont été déjà pré.sentécs par M. de Saulcy dans un article plein d'intérêt publié dans le Journal asiatique, en février 1813.

A la suite d’une analyse rigoureuse des deux textes, ce savant et sagace académicien est arrivé aux résultats suivants.

Voici sa version du texte phénicien :

. iSü . P . ntîoa’ . P . pcNu; . navo

. mrunav . p . c^s3ÿ . o:3Nt’ . njnn ,'ha . P . rv>y . p . poN . p .

. pm . p .

. pDin . poi . — ah'c . n"OK3i

•. . p . P3N1 . . p . VtOO . n’UtOüTin

. *33 . p ’s»! . SSa . p . i13ï? . *^333® . CTIOSI

TO.MBRAU D’ATAB.tN, HI.S D’iOFMATIIAT, HUS DE FAt.Ot.

Ceux qui ont fait élever ce mausolée sont : Abaras, fds d’Abtia-t irei ; (>>mor. Ois d'Aiaban, fils d'iufmaihat, lîlsde Palou;

Mouegi, Gis d’Ourasoun.

Kaki et Taman et Ourasoun.

.... Me.sedil, fds de Nenifsen, et Anoun, fds d’Asi. .Suffi, fds do Bêlai, et Fafy, fils de Baby.

Et pour la partie libyque :

DK LA LANGKK PIIKMCIENNE ■ . . t . noos’ • 1

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