CHAPITRE I
Leltriw.
Les lettres, au nombre de vingt-deux, consonnes ou aspirées, comme celles des Hébreu.x, sont reproduites sur la planche première. Elles s'écrivent de droite à gauche, comme dans toutes ie.s langues sémitiques, excepté l'éthiopienne ; cependant on trouve quelques exemples de légendes dirigées de gauche à droite : ces exceptions sont dues à l’intervention d’un peuple etranger dont l'écriture propre suivait cette marche, les Perses dans l’Asie, les Grecs en Sicile.
Toutes les lettres ont des variantes; quelques-unes en ont de très nontlircuses. Ces variantes sont quelquefois de pures dégradations, d'autres fois des moyens de distinction entre des (igure.s presque .semblables. Les unes et les autres sont d’autant plus prononcées qu’on s’éloigne davantage du berceau de la langue ; ainsi fécrilurc de l'Occident a, sur la plupart de .scs monuments et parlioulièreinent sur ceux de l’époque la plus rapprochée, une physionomie propre. Les dégradation.s tendent le plus souvent à la simplification, et plusieurs arrivent ainsi à la ligne droite, c.xempics : le beth, le daUth, le Min, le lamed, le nun, le resh et le tau. Tous ces exemples, excepié celui du zalR, appartiennent à l’alphabet oixidental ; ceux du lamed, du nun et do reik se rencontrent aussi sur des monuments orientaux. D’autres fois la dégradation consiste en une complication de traits; ainsi, dans l’écrilurc occidentale, le chef qui est, dans un cas, réduit à trois traits verticaux un peu courbés à gaoebe, est, dans plusieurs autres cas, amplifié d’une manière toute particulière.
Parmi les lettres similaires ou presque similaires, les unes le sont dans leurs formes originelles, les autres dans leurs formes dégradées ; d’autres, primitivement similaires, conservent cette condition an milieu des modifications qu’elles reçoivent. Il y a presque toujours cependant des moyens de distinction soit primitifs, soit ajoutés consécutivement.
!?6 DE LA I.ANGl E PnÉNIClENNE
Le belh. le dalelh el le resk ont primilivement une gr&nde ressemblance ; mais, dans l'éiat parfaitement correct, ils se distingnent par la branche descendante qui est, dans le belh, coarbée vers la gauche, dans le dalelh rectiligne aussi bien que dans le reih, mais pins courte et un peu oblique vers la droite, tandis que dans le reih elle est plus longue et abaissée verticalement. Cependant ces précautions, particulièrement à l'égard du dalelh cl du reth, devaient souvent ne pas suflirc, surtout aux époques et dans les contrées on la langue n’clait pas généralement bien connue; c'est pourquoi une petite ligne perpendiculaire ou oblique fut ajoutée au côté gauche de la branche principale <lo resh, ce qui produisit, dans une direction opposée, notre K. Noos devons toutefois rappeler ici la dénégation nouvellement opposée à celte opinion par M. de Saulcy. Ce cas est le seul dans lequel il y ait divergence entre les déterminations de ce savant académicien et les nrtircs.
Les trois consonnes mentionnées en dernier lieu conservent leur ressemblance, malgré les dégradations qu’elles subissent, parliculièremenl sur les monnments occidentaux; cependant le belh est ordinairement encore plus concave.
La variante 4 du ghimel. la variante 3 du rau el le phè ont aussi une grande similitude ; mais l'extrémité supérieure du ghimel est llécbie à angle aigu, tandis qu'elle l'est à angle obtus dans les deux autres caractères.
Le cou et le eaph seraient très difTiciles à distinguer dans leur première forme, mais ce sont les lettres qui nous ont fourni les exemples les plus frappants de l'attention que l’on avait de ne réunir dans un même texte que des variantes qui ne pouvaient point entraîner la confusion. Ainsi encore une médaille de Lixns présente la variante 30 du tchin qui est identique à la variante 13 do caph, et précisément, dans la légende de cette médaille, le eaph se trouve à cdié du schin ; mais ce n’est point la variante précitée de la première de ces consonnes qui est employée, c’est la variante 6, et il en résulte cela de très remarquable que le rapprochement, loin de noire à la clarté, prouve que l’autre figure, dans le cas dont il s’agit, n’est point on caph, comme on aurait pu le croire sans celte circonstance.
.Vu surplus ce sont les inconvénients de cette similitude qui ont fait introduire, dans l'écriture occidentale, les iranformations de l’une el de l’autre lettres indiquées à la variante 5 du caph et aux variantes 11, 13, 13. U du cou. Par cet artifice toute confusion est devenue impossible.
Le lamed et le «un, dans la forme normale, ne diffèrent qu’en ce que, dans le premier, la brandie supérieure l‘em|yirle en longueur sur la branche inférieure, el que 1e contraire a lieu d,ins le second de ces caractères. Ij ressemblance se maintient malgré les modilieaiions que chacune de ces consonnes reçoit, mais en même temps le Irait distinctif se conserve, c’est-à-dire que le lamed se dévclt^pc dans la partie supérieure et s’élève au-dessus de la ligne; le nuit, au contraire, s’allonge inférieurement et descend au-dessous de la ligne. En outre, dans la plus grande simplification, l’extrémité supérieure du lamed est souvent courbée vers la droite et toute la lettre incline vers ce côté, de bas en haut, tandis que lenun est rectiligne et vertical. La ressemblance entre les figures de ees deux liquides se remarque aussi dans récriture démotique des anciens Égyptiens cl dans colles des Libyens. Cher ceux-là, ce sont deux lignes inclinées, dont l'une, un peu plus longue, diffère surtout de l'autre par l'opposition d'on point diacritique correspondant an milieu de l’un de ses côtés; chez les antres, ce sont une barre verticale pour le «un et deux barres verticales pour le lamed'. Ce rapport entre les deux lettres reporte la pensée
(I) Lm deux barres loni évidranM iil la forme priroiüre qui a été, dans l'écriture cursive dra fgypiirns, abrégeeen uue ligoe laiéralcmcui poucluér; nous voyons aussi, pour plusieurs leurcs de l'ûcriiure des Bvrberes, les ligocs dégônsrtr eu points. L'alptiaboi libyea avait en outre de rommuii avec relui des Égyptivas le mrm M le reih. Is heth drt Libyeos. qui rcpréssnlr l'iril, pa-
rait â cc tiire dériver dirocleroent des hiéroglyphrs, et il semble par ronséqiieat se rattacher, conforuiéneol au système phonétique des liiéroglyphes, au mot égyptien bal, qui signilie en effet crif Les valeurs o, ou de l'srif humain, dans le système phonitique des hiéroglyphes égyptienise rapportent f.icilemeot à cette détermùuuoa, car ce sont des altérations fréquentes de l'srtirulalioN I.
ET OE LA LANGEE LlUVQUE.
ver^ l«s langues orientales dans lesquelles ces lettres se ronfondent, ou mieux, dans lesquelles le l n'existe pas, mais est remplaeé par le n. Je ne puis, à celte occasion, m’empêcher de faire observer que les deux Ogures phéniciennes, de même que le nun éthiopien, représenient le prolil de l’organe qui donne au n sa désignation caractéristique.
Le me RI et le ichin, dans l'écriture primitive, ont aussi une grande ressemblance -, le moyen de disiinction consiste dans le plus ou le moins de longueur de la branche latérale; cetle branche est toujours plus longue dans le inem; quelquefois elle est eniièrement suppriinée dans le tchin.
Le tnem, dans l’écriture occidentale, a une similitude marquée, non plus avec le scliin, mais avec Valepk; lonterois il y a encore un signe constanl de distinelion : c'est, pour Yateph, un crochet ajouté à l’extrémité de l’une des branches cnlre-croisées ; quelquefois, cependant, le Mem a un pareil crochet ; alors Yaleph en a deux , un à l’extrémité supérieure de chaque branche.
Tout ce qui précède, relativement à la forme des lettres, témoigne des précaution.s que l'on prenait pour maintenir entre les caractères alphabétiques, nonobstant des ressemblances générales, les distinctions nécessaires an discernement du lecteur ; mais, par surcroît de prudence, une règle supérieure, que nous avons rappelée à l’occasion de la ressemblance du t au et du caph, suppléait à ce qui restait d’insufUsance dans les précautions de détail indlt|uées ci-dessus ; c'était d'éviter d’employer les variantes similaires dans le même texte.
Ijts lettres se suivent ordinairement sans aucune distinction entre les mots. Quelquefois cependant cette distinction est marquée par un intervalle plus grand ; d’autres fois par un point. Aucun autre signe diacritique n'est usité. Cette absence de signe diacritique m’a fait confondre constamment le sut et le irhin.
Il existe quelques ligatures, par exemple entre u et J, l et s et s et
Les lettres sont susceptibles des permutations qui ont été remari|uées dans toutes les langues sémitiques. Ainsi le ké est souvent remplacé par YaUpk ou le tau, et c'est particulièrement un trait d'afOnité avec les langues cbaldéenue et syriaque. Rhenferd dit en effet, Gramm. harm. : • Hebræi Ue amant, reliqui vero cognati populi illud uderunt, ac proinde, ejus loco, in formatione vooum, akph et aliquando tau usurpant. > Dans un cas, c'est le rhft qui est substitué au ké Dans un autre cas, le cket est lui-même remplacé par le capk. La mutation de Yalepk en aiu, dont on a des exemples sur les monuments de la Phénicie proprement dite, était fréquente dans l'Occident, particulièrement en Numidie. Ce fait conrirme d'une manière fort curieuse une conjecture de Rhenferd, qui l’avait déduite de ce qu’étant en relation à Amsterdam avec des juifs de différentes contrées, il comprenait parfaitement ceux d’.\llemagne, de Pologne, d’Italie, mais o’eii entendivit point un d’Oran, à cause de sa prononciation gutturale.
Le zain parait n’avoir été que rarement employé ; il était remplacé par le sametk L’inscription de Marseille fait cependant une exception remarquable.
Kn Afri(|ue, on parait avoir eu aussi une grande répugnance pour le rkel. car nou.s l'avons « u souvent supprimé en tête du mot jcn, et quelquefois à la fin de nzc.
Comme dans lechaldéen, le tkit est qnelquefois mis pour le Isadédans les mots qui, en hébreu, ont cette dernière lettre, ou. au contraire, le tiadé pour le lelk. et le tau pour le trkin.
On trouve enlin le lamed pour le reik et le nun pour le nun.
Pour la forme, les lettres phéniciennes avaient, dans le dessin normal, une ressemblance pres- <)ue complète avec les anciens caractères hébreux, tels qu'ils sont reproduits sur les médailles as uionéenoes ; c'est dire qu'elles out aussi une similitude prononcée avec les caractères samaritains. On en retrouve presque tous les traits dans l’écriture p,almyrèennc et dans les anciens caraclère.v grecs. Elles ont aussi des aflinités, mais moins nombreuses et moins immédiates, avec les alpdiahets éthiopien et himyarite. La poursuite de celte comparaison serait, je crois, suscepiibbd'intérêt ; mais elle entraînerait dans des développements qui n’auraient point ici leur place ; c'est un sujet qui mérite d’être traité à part.
OE LA LANGl'E PHÉNICIENNE
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