‹ Étude des alcalis de l'opiumChapitre 10 sur 16 · GÉNÉRALITÉS ET RAPPROCHEMENTS · texte numérisé non relu

GÉNÉRALITÉS ET RAPPROCHEMENTS

Abordons maintenant l’exposé des déductions que suggère la comparaison des faits qui précèdent.

Tout d’abord se pose la question de la préexistence de ces nombreux principes dans le produit naturel. Bien qu’il ne soit pas possible, au moins pour le plus grand nombre de ces alcaloïdes, de trancher la question d’une manière absolue, leur multiplicité remarquable, la mobilité, et si l’on peut dire, la plasticité de leur molécule qui se prête à la fois à la polymérisation et aux dédoublements les plus variés, tout cela est de nature à inspirer à cet égard la plus grande réserve.

Les procédés de préparation, qui tous empruntent le secours des acides puissants, et des alcalis caustiques, appuient fortement cette manière de voir. Ils nous présentent en outre un grand nombre de ces corps comme dérivés les uns des autres par oxydation ou hydratation.

Les nombreux cas d’homologie et d’isomërie parlent encore dans le même sens.

Mais c est ici le moment d’insister quelque peu sur les considérations d’ordre chimique, tirées en premier lieu des formules.

Il n’est bien entendu question que des formules

ordinaires, formules brutes, les autres seraient au moins prématurées, sauf peut-être pour la narcotine.

Nous voyons tout d’abord que ces alcaloïdes offrent un premieripoint de contact : ils contiennent tous une seule molécule d’azote, et même les plus énergiques d’entre eux sont tous mtyioaçides.

. Le carbone varie de G”-et C’ 4 (tarconipe et éotarnine) à C 40 (narcéine). Ce sont en effet les termes extrêmes. L’hydrogène va de H 3 et H 15 à H !9 , le plus grand nombre étant compris entre IT ,B .et H". Quant à l’oxygène, on peut dir ; e que tous les alcalis énergiques sont en 0°, et à mesure que l’exposant de cet élément s’élève, le corps, perdant graduellement ses propriétés alcalines tend, vers la neutralité ou l’indifférence chimique (parcotine et narcéine). Parfois même on constate la production d’acides.

La narcéine avec 0 1S est encore le terme supérieur. Dans l’intervalle se placent tous, les autres eti nombre de corps diffèrent des voisins,: seulement par la quantité d’oxygène.; Ils peuvent donc être envisagés comme dérivés par oxydation ou par i réduction.

Les formules que nous. avons employées sont celles des auteurs traduites, quand il a éténpécessaire, dans la notation des, équivalents. Ces formules, isontloin d’êtredéfinitives, au moins pour la;plupart ides 'derniers venus ; (Pious.-pe voulons pas parler ici du doublement général de; laimoléiçule proposé d’une manière, générale par ' M. Wright,

et Cpïé nous n’avons pas adopté dans ce travail pour nous conformer aux habitudes reçues).

La valeur de l’exposant, pour un même corps, n'est pas toujours irrévocablement acquise. Nous citerons la thébaïne pour laquelle le chiffre de l’hydrogène n’est pas absolument fixé.

Le carbone lui-même, ou l’oxygène, peuvent varier, ainsi que cela s’est vu dernièrement à propos de la papavérine, de la laudanine et de la codamine. Ce qui est, du reste, à peu près inévitable quand la purification des corps n’est pas absolument certaine, et que l’étude des dérivés n’a pu être encore complète.

Si maintenant nous nous attachons plus particulièrement aux composés les plus importants par leur masse, leur stabilité et aussi leur usage médical et pharmaceutique, nous verrons se dessiner trois groupes.

Le premier, dont les usages Sont très-restreints, comprend la narcotine, édifice déjà complexe qui a pour base l’hydrocotarnine ou la tarcônine. C’est le mieux défini au point de vue chimique.

Le second comprend la morphine et ses homologues parmis lesquels la côdéinë. Il est très-important au point de vue médical, mais moins connu dans ses dédoublements.

Le troisième comprendra la narcéitie, c’est le plus cotnpliqué et le moins étudié jusqu’à ce jour.

Cette première notion est d’ailleurs entièrement conforme à ce que nous a déjà appris le mode de préparation, c’est-à-dire le côté pratique. Pour

compléter cette division primitive, nous chercherons ensuite à faire entrer en ligne de compte les réactions, les dérivés, les relations chimiques etc.

Commençons par emprunter une première répartition à Hesse qui a tant contribué à développer l’histoire chimique des bases de l’opium.

Hesse, faisant la récapitulation des alcaloïdes de l’opium, s’attache à comparer les réactions coloréesobtenues au moyen de l’acide sulfurique et classe les plus importants en quatre groupes:

I. Groupe de la morphine, a (Coloration vert foncé): morphine, codéine, pseudomorphine.

/3. (Rouge violet) : laudanine, codamine, laudanosine.

II. Groupe de la thébaïne. (Vert sale ou vert brunâtre): thébaïne, cryptopine, protopine.

III. Groupe de la papavérine. (Violet foncé): papavérine;—(brun foncé): narcéine, lanthopine.

JV. Groupe de la narcotine. (Rouge violet) : narcotine, hydrocotarnine.

L’inspection de ce tableau montre qu’on pourrait opérer les rapprochements d’autre manière. Les points de contact étant d’ailleurs nombreux entre les différents groupes, dont le dernier offre seul de la consistance au point de vue chimique.

Il est facile, en particulier, de le combiner avec la division précitée, en y comprenant toutefois un moins grand nombre de corps, et fais mt trois groupes au lieu de quatre.

La thébaïne, en effet, et les corps voisins, paraissent devoir faire retour au groupe de la mor-

phine. Et la papavérine occupe une place à part en tant que composé quaternaire (How). Elle se rapproche d’ailleurs autant du groupe morphinecodéine que du groupe narcéine.

Voici donc le tableau modifié.

Page 1