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ALCALOÏDES NOUVEAUX

Le procédé Grégory et Robertson, que nous avons pris pour guide dans l’exposé que nous devons faire, nous a déjà fourni les six principaux alcaloïdes de l’opium.

Les autres, plus nombreux, plus récents, mais d’une, importance moindre, rentreront encore dans le même cadre. Cependant, avant de poursuivre purement et simplement l’examen des

eaux-mères, résidu des opérations précédentes , nous devons dire un mot au point de vue historique d’un produit retiré par Merck de ces mêmes eaux-mères, produit auquel il a donné le nom de Porphyroxino.

Cette porphyroxine n’est pas une espèce chimique unique et définie, ainsi que cela a été établi par les travaux d’Anderson et de Hesse.

Elle se résout en plusieurs autres corps, et ce dernier chimiste en particulier, la considère,comme un mélange des bases découvertes par lui,, telles que la lauclaixlxi©, la inéconidiue, la la ri t liopi ne, la coHamiixo, la laudanosino. etc., séparées au moyen d’un traitement spécial qu’il nous faut maintenant faire connaître.

Ce traitement se relie à celui qui a fourni déjà la thébaïne et la papavérine, dont il n’est pour ainsi dire que le développement et la continuation. L’ensemble embrasse en définitive l’étude des alcaloïdes contenus dans,les eaux-mères de la préparation de la morphine et de la codéine par le procédé Grégory et Robertson.

Il faut évidemment ajouter à ceux queM. Hesse a fait connaître, la pryptoplra.© découverte par MM. Smith à côté de ,1a protopira© et de la doutéropin© qui prennent également naissance dans les mêmes conditions.

En tout cas ces bases nouvelles sont fort peu abondantes ainsi que le prouvent les chiffres suivants empruntés à M. Hesse. 100 kilogr. d’opium lui ont fourni: laudanine 0 gr. 58 lanthopine Ogr. 58 et codamine 0,33.

préparation. — Les eaux mères sont agitées avec de l’éther qui se charge de l’ensemble des alcaloïdes. Un traitement alcalin les subdivise en deux catégories: les uns solubles les autres insolubles. Pour y arriver, la solution éthérée est soumise d’abord à l’action de l’acide acétique, puis chauffée pour chasser l’éther. On la verse alors dans une solution alcaline en agitant continuellement pour empêcher l’agglomération de la masse. On obtient ainsi au bout de 24 heures : 1° un -précipité résineux formé par les bases insolubles ;

2° une liqueur alcaline contenant les bases, so lubles.

1° Précipité insoluble dans les alcalis. — Le mélange d’alcaloïdes insolubles dans un excès d’alcali contient de la TliéTbaïne, de la j?apavérino, de la Narcotino» et, parmi les bases nouvelles, la Oryptopine, la Laudaiiosiiie et l’i On com¬

mence par dissoudre le précipité dans de l’acide acétique; par neutralisation exacte on élimine la papavérine et la narcotine. C’est ainsi, comme nous l’avons vu, qu’on prépare la papavérine. La Thébaïne est ensuite éliminée au moyen de l’acide tartrique. Le bitartrate se dépose. L’acide chlorhydrique à son tour s’empare de la Cryptopine, et, par diverses modifications Fauteur a encore pu isoler la Protopine et laLaudauoslivo.

2° Solution alcaline , — On la sursature par l’acide chlorhydrique et on la précipite immédia-

tement par l’ammouiaque, ce qui sépare la plus grande partie de la MiécoixidLino. La liqueur alcaline, non filtrée, est agitée avec du chloroforme qu’on décante.

Ce chloroforme est ensuite débarrassé par l’acide acétique, des produits qu’il a dissous, et l’ammoniaque, par neutralisation exacte, en précipite la Lanthoplno, d’abord rougeâtre et résineu e, puis, bientôt cristalline. On redissout ensuite dans la potasse qui se charge de la Laudanine de la OodaiTiiïie avec des traces, de méconidiii© et d’une base distincte désignée par M. Hesse sous le nom deTbas© X. Un traitement à l’éther enlève un peu de codéine. On ajoute alors du chlorhydrate d’ammoniaque à la solution alcaline, qu’on agite ensuite avec de l’éther en excès, et, par simple évaporation, la laudanine cristallise. Il faut éviter de laisser l’éther s’évaporer complètement. Dans ces conditions, on a une eau mère dans laquelle on verse du bicarbonate de soude, ce qui détermine la séparation de la codamine cristallisée. Les nouvelles eaux mères agitées avec de l’acide acétique, débarrassées de l’éther et additionnées de sel marin donnent du chlorhydrate de Môconitlin© qui cristallise et la Tbas© X reste en dissolution.

Donnons maintenant les principales propriétés de ceux de-ces alcaloïdes qui n’ont pas encore été décrits, en commençant par ceux qui sont insolubles dans la potasse.

Laudanosine, C i1 H S7 Az0 8 (Hesse). — La lauda-

nosinecristallise en prismes; elle fond à 89° et se décompose dès 110°. Sa réaction est franchement alcaline. Elle est so’uble dans l’éther, l’alcool, l’acétone et le chloroforme, insoluble dans l’eau et les alcalis. C’est un homo’ogue supérieur de la laudanine. Le perchlorure de fer ne la colore pas, elle se dissout dans l’acide sulfurique avec une nuance rose qui passe au violet à -\- 170 u . Ses sels sont amers, très solubles et difficilement cristallisables. On a décrit le chlorhydrate, le chloroplatinate, l’iodhydrate et les deux oxalates.

CfVYPTOPiNE. C**H 53 Az0 10 (Smith). — Découverte par T. et H. Smith dans les eaux mères de chlorhydrate de thébaïnt . Jusqu’à présent cet alcaloïde n’a pas été complètement purifié, de sorte que les analyses de M. Hesse offrent toujours un déficit en carbone qu’il attribue à la présence de l’homologue inférieur C 40 H ai Az0 10 ou dLeutéropine.

C’est un alcoïde énergique, peu soluble dans le chloroforme, dans l’alcool et insoluble dans l’éther. Elle fond à -4-217°. L’acide acétique concentré la dissout avec coloration jaune et formation d’un produit substitué, la xxitr*oci'yptopino.

—Les sels decryptopine se présentent d’abord à l’état gélatineux mais finissent par devenir cristallins.

Les principaux sels préparés jusqu’à présent sont les suivants : Le chlorhydrate, Yazotate, Yiodhydrate, le chloroplatinate, le chloromercurate.

Les acides organiques se combinent également

à la cryptopine. On connaît Yacétate, les oxaLates, les lartrates et le 'picrate de cryptopine.

La nitrocryptopine à son tour fournit des sels cristallisés : Azotate, chlorhydrate, iodydrate, acétate, oxalate, etc.

La cryptopine paraît douée de propriétés hypnotiques et excitantes supérieures (?) à celles de la morphine. Quand la dose est suffisante pour causer la mort il y a dilatation des pupilles, contrairement à ce que produisent les autres alcaloïdes de l’opium.

Protopine. C 10 H' 9 AzO 10 (Hesse). — Cet alcaloïde se rencontre à côté de la cryptopine, à laquelle il demeure mêlé, dans le traitement qui sert à les préparer. C’est un isologue de la deutéropine. On les sépare en dissolvant les mélanges de chlorhydrates dans une solution d’acide oxalique. La protopine reste dans les eaux mères. On la déplace par l’ammoniaque et on l’isole au moyen de l’éther. — Elle se présente en poudre blanche, amorphe, insoluble dans l’eau, l’alcool, la benzine, soluble dans le chloroforme et l’éther. EUe n’est pas colorée par le perchlorure de fer, mais un mélange de perchlorure et d’acide sulfurique,lui donne une couleur violette. C’est un corps fusible à 202°. Ses sels paraissent cristallisés.

Lanthopine. C“H îg Az 0 8 (Hesse).—La lanthopine se présente sous forme d’une poudre blanche,constituée par des aiguilles microscopiques prismatiques ; elle est presque totalement insipide. Sa réaction est alcaline. Ce corps est peu soluble dans

l’alcool, la benzine et dans l’éther, difficilement dans l’acide acétique. L’acide sulfurique la dissout sans coloration. Le perchlorure de fer ne la colore pas, ce qui permet de la distinguer de la morphine. On a décrit le chlorhydrate, le sulfate, le chloroplatinate et l’iodomercurate de lanthopine; enfin l’oxalate et le tprtrate, tous les deux à l’état de sels acides très-solubles dans l’eau.

Ce corps se place non loin de la narcéine, à cause principalement de l’action de l’acide sulfurique.

Laudanine. C 40 H S3 AzO s ("Hesse). — La laudanine cristallise en prismes hexagonaux groupés en étoiles, et à sommets pyramidés. Elle est soluble dans l’alcool bouillant, le chloroforme et la benzine. L’alcool froid, de même que l’éther la dissolvent très difficilement. Elle est fusible à

166° et non sublimable. Récemment précipitée de ses solutions elle passe d’abord par l’état amorphe et devient ensuite cristalline.

L’acide sulfurique la colore à peine en rose ; le chlorure de ter lui donne une nuance verte. On la sépare de la cryptopine au moyen de la soude caustique dans laquelle la laudanine est soluble. On la précipite ultérieurement par addition de sel ammo • niac. Avec la potasse elle forme une combinaison aiguillée qui cristallise en houppes. On a décrit le chlorhydrate, l’iodydrate, le bromydrate, le sulfatent aussi le chloroplatinate et le chloromercurate .de..laudanine. Ayec les.acides organiques, l’acétate, l’oxalate et le tsrtrate. Ces différents sels sont tous cristallisés.

Codamine. C 40 H s!i AzO s (Hesse). — La codamine est isomère avec lalaudanine dontellese distingue par son point de fusion situé à + 120°, et par la coloration verte qu’elle prend au contact de l’acide sulfurique. Le perchlorure de fer et l’acide acétique, à froid, la colorent aussi en vert. Cette nuance, à cnaud, vire au violet. On connaît le chloroplatinate, l’iodydrate de codamine.

La Méconidine, C 4! H a3 Az0 8 est peu connue. On a obtenu cependant un chloroplatinate cristallisé. Elle se trouve dans la porphyroxine de Merck à côté d’un corps voisin qui s’y rencontre en forte proportion la Ri-iæadine, alcaloïde peu connu jusqu’à présent, découvert également par Hesse dans le coquelicot et retrouvé dans l’opium, à moins que ce ne soit un isomère.

La rhæadine répond à la formule C**H*Az0‘* ce qui la place à côté de la papavérine. Elle fond à -f-232°. Elle est caractérisée par la couleur rouge de sang qu’elle donne en présence des acides minéraux, et qui est sensible encore à la dilution de 1/800.000 (1). Les alcalis la font disparaître.

Nous ne développerons pas davantage cette revue des alcaloïdes de l’opium. Le nombre et la diversité de ces principes en fait un ensemble des plus touffus, et la liste, comme on sait s’accroît encore tous les jours.

(1) L'acide sulfurique étendu donne la réaction colorée ci-dessus, mais 1/100 seulement de la substance y est employé, le reste est transformé en un isomère la lue.

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