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Cette manière d’envisager les faits s’accorde d’ailleurs complètement avec les expériences effectuées sur la narcotine elle-même au moyen des acides chlorhydrique et iodhydrique.
On sait, en effet, que l’acide chlorhydrique lui tait successivement perdre une molécule, puis deux, d’éther méthylchlorhydrique.
La troisième molécule méthylée est plus difficile à enlever, elle ne cède qu’à l’action énergique de l’acide iodhydrique concentré, ou à celle delà potasse caustique.
En tout cas il y a deux sources distinctes, qui fournissent les composés méthylés, c’est pourquoi il nous semble difficile d’admettre la dénomination de narcotine normale, Nornarcotino pour le corps C 38 H‘ 7 AzO u privé des trois molécules méthyliques. On sait, en effet, que MM. Matthiessen et Foster admettent la série suivante :
Nornarcotine C s8 H 17 Az0‘ 4 .
Méthylnorn arcotin e C 30 H ,6 (C*H S ) AzO u .
Diméthylnornarcotine C 38 H“ ('C’H 3 )*AzO' 4 .
Triméthylnornarcotine (ou narcotine ordinaire) C M H ,4 (C*H l ) f AzO“.
En tout cas les expériences de M. Matthiessen et Foster, qui s’accordent avec ce qu’on sait de l’action delà potasse sur la narcotine, vont à l’encontre de l’opinion émise par Wertheim qui admettait l’existence d’une éthylnarcotine et d’une propylnarcotine. Il est tout probable que cet auteur avait confondu l’étbylamine et la propyla-
mine avec leurs isomères, la diméthylamine et la triméthylamine.
Les notions qui précédent ont reçu dernièrement un nouvel appui, en même temps qu’un degré de précision plus grand, à la suite d’un ensemble d’expériences basé principalement sur l’action de la potasse fondante. L’acide hémipinique, de même que la méconine et l’acide opianique, donne avec la potasse fondante de l’acide protocatéclaique, c’est-à-dire un dérivé de la pyrocatéchine. L’acide iodhydrique conduit à des résultats identiques (Wright et Beckett). Ce groupe de corps a donc son point de départ à cet endroit de la série aromatique.
Et c’est en même temps un point de contact avec l’acide vanillique (acide méthyprotocatéchique) obtenu par l’oxydation de la vanilline. Seulement les composés méthylés, (acides opianique, hémipinique etc.) provenant de la méconine sont isomères et non identiques avec ceux de la série vanillique (Tiemann et Mendelsohn) où l'on rencontre les acides isopianique et isohémipini que .
Cette rapide énumération des produits de dédoublement de la narcotine nous conduit, en somme, à un ensemble assez vaste et de nature à faire concevoir combien la constitution des alcaloïdes de l’opium est chose complexe et jusqu’ici obscure et inconnue.
Les remarquables travaux de MM. Matthiessen et Foster, Wright et Beckett etc. qui contien-
nent des résultats si précieux au point de vue analytique, ont donc conduit la question jusqu’au point où l’on commence à voir clairement la possibilité de tenter la synthèse.
Toutefois le mécanisme lui-même de la réunion de laméconine avec la cotarnine, ou plutôt de l’acide opianique et de l’hydrocotarnine, n’est pas complètement élucidé. Cette première synthèse partielle n’a pu encore être effectuée, et l’on sait que M. Wright, tout dernièrement encore, a cherché, mais en vain, à franchir ce premier pas en combinant l’acide opianique avec l’hydrocotarnine de M. Hesse.
Les expériences du même auteur et celle de Jœrgensen sur le tarconium (V. p. 47) sont de nature à montrer que la constitution de la cotarnine n’est pas suffisamment éclaircie.
Néanmoins, tout fait espérer que les efforts dans ce sens seront prochainement couronnés de succès, et l’on ne peut que manifester le regret de voir que l’étude analytique des autres alcaloïdes naturels soit si éloignée encore d’être faite au même degré que celle de la narcotine.
Opianine, C 13I H 7i Az*0" (Hinterberger). — Immédiatement à côté de la narcotine, mentionnons, pour mémoire seulement, l 'opianine de Hinterberger, extraite par lui de l’opium d’Égypte. Les formes cristallines de ce composé se rapprochent tellement de celles de la narcotine (Schabus) ; ses autres propriétés, de même que sa composition sont si conformes que, jusqu’à plus ample Infor-
mé, il ne paraît pas nécessaire à ce propos de créer une nouvelle espèce chimique (Hesse).
Cependant son action physiologique la rapproche de la morphine.
Peut-être est-ce simplement un polymère de la narcotine, ainsi que cela paraît ressortir de Informulé de Hinterberger.
Cotarnine. C ai H l3 AzO\ — En étudiant l’action du peroxyde de manganèse et de l’acide sulfurique sur la narcotine, Wœhler a découvert la Cotarnine; mais il lui attribuait la formule C*®H l!l AzO 0 , tandis que d’après des expériences plus récentes de MM. Matthiessen et Foster le dédoublement doit être représenté par la formule suivante : C ï4 H ,s AzO li +O*=C S0 H 10 O 10 +C S4 H l3 AzO 6 , c’est-à-dire en acide opianique et cotarnine. En dehors du procédé de Wœhler, les différents agents oxydants tels que: l’acide azotique étendu, et le bichlorure de platine peuvent donner naissance à la cotarnine.
M. Blyth fait bouillir une solution de narcotine dans l’acide chlorhydrique dilué en présence du perchlorure de platine. La liqueur devient rouge de sang, et il se sépare des cristaux de chloroplatinate de cotarnine ; mais dans cette réaction il se produit un autre composé, que M. Blyth désigne sous le nom de chloroplatinate de narcogonirae, qui pourrait être tout simplement formé par la combinaison de chloroplatinates de cotarnine et de narcotine (1).
(1) Tous ces modes de formation de la contarnine peuvent se concilier avec ce qui a été dit relativement à la production de l'hydrocotarnine.
Enfin, M. Anderson en chauffant de la narcotine avec de l’acide azotique dilué obtient de l’azoture d’opianyle insoluble et de la cotarnine que la potasse précipite. Finalement on arrive à l 'acide cotamique C SJ H'*0 10 , à l’acide apophyllénique C ,s H 7 AzÛ 8 .
sels. — Les sels de cotarnine se préparent par combinaison directe au moyen des acides étendus. Les principaux sont : le chlorhydrate ; le chlorophxtinate ; le chloromercurate. — La cotarnine cristallise nettement dans la benzine.
dédoublement. — Une particularité de l’histoire de la cotarnine (sur laquelle nous avons eu occasion déjà d’appeler l’attentionj, c’est son dédoublement sous l’influence de l’acide azotique étendu en acide cotarnique et azotate de méthylamine (C**H 13 AzO°-j- 2E*0’ + AzH0 8 = A z (OH 5 Àz)H0 6 + C”H l, 0‘°. — On opère À une très-douce chaleur.
Cette réaction, due à MM. Matthiessen et Foster, montre que la cotarnine rentre dans la catégorie des imide s.
Avant de terminer ce paragraphe il convient d’insister sur ce fait important que l’hydrogène naissant transforme la cotarnine en hydrocotarnine identique à celle que M. Hesse a tirée des eaux mères d’opium et dont nous allons maintenant dire quelques mots. Ces deux bases, si étroitement unies au point de vue chimique, sont pourtant très-dissemblables au point de vue physiologique. En effet, la cotarnine. môme à la dose de Cl gr 50, est san s action sur les chats et les la-
pins, tandis que l’hydrocotarnine produit de violents accès épileptiformes ordinairement suivis de mort (Wright et Beckett).,
— Hydrocotarnine C sl H 15 AzO° (Hesse). — On vient de voir que ce composé est inséparable du précédent au point de vue théorique.
Hesse l’a découvert à côté de la laudanosine de la protopine dans le traitement qui se trouve plus loin (V. p. 71). La formule ci-dessus correspond dans le corps cristallisé à une molécule d’eau.
L’hydrocotarnine fond vers +50°, et se volatilise à partir de 100°, en se décomposant partiellement. La chaleur brusque la dissocie en différents composés répandant l’odeur de l’acide phénique. Elle est soluble dans l’alcool et dans l’éther.
sels. — On connaît le chlorhydrate d’hydrocotarnine contenant une molécule d’eau, Yiodhy drale anhydre, le chloraurate et le chloroplatinate, etc. Ces sels cristallisent difficilement.
réactions. — L’action du brome sur le bromhydrate d’hydrocotarnine a été récemment étudiée par Wright, qui en a dérivé la bromohydrocotarnine, la tribromohydrocotarnine et la bromocotarnine.
Le dédoublement du bromhydrate de tribromohydrocotarnîne, sous l’influence delà chaleur à + 200°, s’effectue avec production de bromhydrate de bromotarconine: C“H l *Br a AzO ( 'IIBr=HBr-(-DH I Br C**H 8 BrAzOHBr,il se dégage de l’acide bromhydrique
et de l’éther méthylbromhydrique (1). — L’hydroeotarnine (de même que la cotarnineet la narcotiue), fixe une seule molécule d’éther iodhydrique pour passer à l’état de base quaternaire.
L’anhydride acétique n’a donné que des résultats négatifs (Wright et Beckett).