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CHAPITRE IV

NARCÉ1NE C 40 H 29 Az ,8 2HO.

En 1832, Pelletier, poursuivant le cours de ses recherches sur l’opium, examinait les liqueurs ammoniacales d’où la morphine et la narcotine s’étaient séparées. En rapprochant ces liqueurs environ à la moitié de leur volume, éliminant d’abord l’acide méconique au moyen de baryte, puis la baryte par le sel ammoniac, il obtint une solution qu’il évapora en consistance de sirop, et au bout de quelques jours il la vit se prendre en une masse pulpeuse dont il parvint à extraire, par des traitements répétés' à l’alcool bouillant, un corps nouveau dont il reconnut la nature alcaloïdique et auquel il donna le nom de Narcéme (de NapxT) assoupissement).

préparation. — Actuellement on prépare cette

(1) La bromotarconine est, comme on voit, le produit bromo substitué de la tarconine C**H 9 AzO°. Corps peu connu, mais parmi les dérivés azotés c'est celui dont la formule est la plus réduite.

substance de préférence au moyen des eaux mères du procédé de Grégory et Robertson, après qu’on qu’on en a successivement retiré la morphine, la codéine et la narcotine.

Ces eaux mères contiennent encore une certaine quantité de narcotine. On précipite par l’ammoniaque, ce qui élimine en même temps la thébaïne et les matières résineuses. On filtre et on précipite à nouveau par de l’acétate de plomb. La liqueur filtrée est débarrassée du plomb en excès par de l’acide sulfurique ajouté jusqu’à cessation de précipité. On filtre une dernière fois, on neutralise par l’ammoniaque, et l’on évapore à pellicule. En abandonnant au repos, on obtient, au bout de quelques jours, une masse cristalline qu’on lave à l’eau froide et qu’on dissout ensuite dans Veau bouillante, laquelle, par refroidissement, abandonne la narcéine cristallisée.

La narcéine ainsi préparée est souvent mélangée de sulfate de chaux, et parfois aussi de mécoconine. L’alcool fort élimine le sulfate de chaux, et l’éther enlève la méconine, sans toucher à la narcéine.

propriétés. — Elle se présente en fines aiguilles très-légères, soyeuses, peu solubles dans l’eau froide, insolubles dans l’éther, solubles dans l’eau chaude et l’alcool. Elle fond à -f- 92°, sa saveur est amère et désagréable.

La narcéine, cristallisée à 50°, retient deux molécules d’eau qu’elle perd à +100°. A +140° elle perd une nouvelle molécule d’eau et se transforme pr. 172. 8

en divers produits amorphes, de nature alcaloïdique, ou même non basiques (Hesse). Ces produits ne sont pas encore suffisamment connus pour y insister davantage.

La narcéine anhydre fond à +145° (Hesse) et se prend par le refroidissement en une masse amorphe.

Les solutions de narcéine sont lévogyres. Son pouvoir rotatoire est de [a]j=—66°,7 (Bouchardat).

La narcéine se dissout difficilement dans la benzine et le pétrole; l’alcool amylique, et le chloroforme surtout, l’enlèvent aux solutions alcalines et même acides. Chauffée jusqu’au moment où il se dégage des vapeurs ammoniacales, la narcéine abandonne à l’eau u ne substance capable de bleuir en présence du perchlorure de fer.

réactions. —L’acide sulfurique dissout la narcéine, et se colore d’abord en gris brun, puis en rouge de sang.

Le réactif deFrohde donne une coloration brune, puis verte et enfin rouge.

Le chlore et l’ammoniaque se comportent isolément comme avec la narcotine. Mélangés, ils donnent avec la narcéine une couleur rouge foncé, qui résiste à l’action de la chaleur et d’un excès d'alcali (Vogel).

Les réactifs généraux manifestent une grande sensibilité. Il en est ainsi pour le phosphomolybdate et les iodures doubles, tels que ceux de mercure et de potassium, de bismuth et de potassium, de cadmium et de potassium, de zinc et de po-

tassium. Ce dernier précipité bleuit rapidement.

La narcéine est particulièrement sensible à l’iode: un centième de milligramme bleuit manifestement par l’eau iodée (Dragendoriî),

Une solution concentrée donne un dépôt brun d’iodure encore mal défini.

La narcéine résiste aux liqueurs alcalines mais les acides concentrés la décomposent. Etendus, les acides se combinent avec elle et fournissent des sels difficilement cristallisables.

La narcéine se colore en bleu quand on la traite par l’iode (Pelletier), et M. Stein tire de là un caractère spécifique pour la narcéine en opérant de la manière suivante : à une solution contenant de la narcéine on ajoute d’abord de l’iodure double de zinc et de potassium, puis de l’eau iodée. Enfin l’on agite avec de l’éther qui s’empare de l’excès de l’iode. Dans ces conditions on voit apparaître une couleur bleue, qui se manifeste encore nettement avec une liqueur contenant 1/2500® d’alcaloïde. Ce caractère ne se rencontre dans aucun autre alcaloïde de l’opium.

sels. — Les principaux sels de la narcéine sont: D’abord le chlorhydrate qui présente une réaction acide. Ce sel cristallise en gros prismes retenant 5HO. Un grand excès d’eau le transforme en sel basique 10 (C 4G H M Az0 18 )HCI. (A. Petit).

Le sulfate; Y azotate; le chloro-platinate.

Le chlorure d’or donne également un chlorure d'or et de narcéine dont la composition n’a pas été étudiée à fond. On connaît aussi différents

composés désignés par M. Jaergensen sous le nom de s esquiiodure et de triiodure de narcéine. Ces corps sont cristallisés. L’auteur les obtient au moyen de l’iodure ioduré de potassium.

dérivés. — Les dérivés de la narcéine sont peu connus; on sait seulement que la narcéine, en présence des agents d’oxydation, donne de l’acide hémipinique et de la méthylamine. Avec la potasse bouillante, mais étendue, elle fournit de la triméthylamine et un acide oxyginé C 46 H- 3 Az0 18 . La potasse en fusion donne l’acide protocatéchique. Ces réactions, récemment indiquées par Wright et Beckett, font présumer que la narcéine se rapproche de la narcotine au point de vue de la constitution.

Oxynarcotine C‘ 4 H î3 Az0 18 . — Dans les résidus de la préparation de la narcéine, MM. Wright et Beckett ont rencontré un corps nouveau, auquel ils ont donné le nom d’Oxynarcotino en raison de sa composition centésimale, et de son dédoublement en cotarnine et acide hémipinique sous l’influence des agents d’oxydation.

C’est un corps cristallisé, peu soluble dans l’eau et l’alcool insoluble dans l'éther, la benzine et le chloroforme.

Ce corps peut servir de transition entre la narcotine et la narcéine.

Les eaux-mères de la narcéine ont encore fourni tout récemment un nouvel alcaloïde, la Gnoscopine. Découverte l’année dernière, elle a fait son apparition à l’Exposition universelle,

en même temps que la Mécoiioïosiix©.

Ce qui suit est la traduction presque littérale de ce que MM. T. et H. Smith ont publié à ce sujet l’année dernière.

Gnoscopine C“H ,8 Az*O m (T. et H. Smith). — Dans les eaux-mères de la purification de la narcéine, nous avons souvent rencontré un corps cristallisé, qui se distingue d’abord des principes plus généralement rencontrés dans l’opium, par son point de fusion et sa légère solubilité dans l’alcool fort. Un examen plus serré l’a fait reconnaître pour un alcaloïde inconnu jusqu’à ce jour et que nous avons nommé gnoscopine. Ce principe est caractérisé par la formation facile de sels cristallisables dont la réaction est acide. La gnoscopine est complètement insoluble dans l’eau et dans les alcalis, çe qui établit des analogies avec le groupe papavérine. Il est facile de la distinguer de la narcéine, qui est notablement soluble dans l’eau bouillante et facilement dans les alcalis.

La gnoscopine pure (après plusieurs cristallisations dans l’alcool bouillant) forme de longues aiguilles blanches et minces ayant un aspect laineux après dessication. Elle est soluble dans 1500 parties alcool froid, elle fond à + 233° en se décomposant cependant un peu ; chauffée sans ménagemeit, la gnoscopine laisse un squelette de charbon qui finit par disparaître à une haute température.

Le chlorhydrate cristallise en prismes vitreux qui paraissent retenir de l’eau de cristallisation.

Le chloroplatinate donne un précipité cristallin de chlorure double, de couleur brunâtre.

L ’iodure de mercure et de potassium donne un précipité blanc. L’acide sulfurique dissout là gnoscopine avec une coloration jaunâtre qu’une trace d’acide nitrique fait virer au rouge carmin, réaction qui la sépare de la RhœadineÇV. p. 76).

La gnoscopine est insoluble dans les alcalis caustiques en solution aqueuse ou alcoolique.

Elle se dissout dans le chloroforme et le sulfure de carbone, un peu dans la benzine, peu ou point dans le pétrole.

Les chiffres fournis par l’analyse conduisent à la formule C GS H 30 Az 2 O 2 b) (T. et H. Smith).

Cette formule paraît rapprocher la gnoscopine de la morphine (celle de M. Wright en particulier) dont elle serait un produit d’oxydation. D’ailleurs, comme le font remarquer plus haut les auteurs de la découverte, l’insolubilité dans les dans les alcalis la rapproche de la papavérine. Ce serait donc un corps intermédiaire entre ces deux groupes.

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