ÉTUDES ANTÉRIEURES A
La première fois que l’on trouve mentionnée la coexistence de rhumatisme et de grossesse est la thèse de Charcot 1853. I! n’aifache du reste aucune importance particulière à cette coïncidence et ne la relève que comme le réveil d’une diathèse rhumatismale à l'occasion de la puerpéralité.
C’est du reste à cette époque et pendant une vingtaine d'années la théorie la plus admise que celle d’une diathèse rhumatismale qui trouve dans la puerpéralité pour les uns un réveil, pour les autres sa cause immédiate.
En dehors des discussions pathogéniques on retrouve les descriptions cliniques de Simpson en 1854, puis en 1856, qui dans ce dernier mémoire crée le terme de rhumatisme puerpéral.
En 1858, Thoweat refait à nouveau une description très complète de la question. Mais son mémoire est un peu
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confus car l’auteur ne distingue pas les rhumatismes infectieux aigus des arthrites tuberculeuses et autres.
En France on vivait alors sur les idées d’Ollier. Pour lui il n’y a pas d’arthrite puerpérale. En réalité les arthrites sont de deux sortes.
Ou bien ce sont des arthrites rhumatismales ordinaires qui se développent après l'accouchement mais ne revètent pour cela aucun caractère particulier, ou bien ce sont des arthrites pyohémiques consécutives à la phlébite de sinus utérins. Il n’y à pas d’arthrites liées à cet état et par suite comportant un cachet spécial.
Comme toutes les affections débilitantes l’état puerpéral expose les articulations à subir l'influence du froid surtout lérsqu’il y a une disposition rhumatismale héréditaire ou acquise, L'appauvrissement du sang, la pléthore séreuse des femmes nouvellement actouchées modifient la physionomie de l'arthrite mais ncles créent pas, et bien que les arthrites arrivent plus facilement à la suppuration que les arthrites rhumatismales ordinaires, il ne faut pas y voir pour cela une différence de nature.
En 1866 à la Société Médicale des Hôpitaux la diseussion fut ouverte sur la spécificité du rhumatisme blennorragique à propos de la communication de Péter, Pêter soutenant la coïncidence d’un état blennhorragique et d’un état rhumatiemal.
A ce propos Lorain attira l'attention sur l’état génital dans cette étiologie.
Chez l'homme et chez la femme il se produit souvent par les organes génitaux externes un écoulement catarrhal où purulent de nature blennhorragique ou non qui par sa seule
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présence est susceptible de réclamer notre attention. Ces accidents n'ont une durée aussi longue que parce qu'ils sont sous l'influence d'un vice constitutionnel acquis et passager dans la blennorragie, héréditaire ou autre dans les cas de flueurs blanches chez ces malades, nous avons à redouter des complications articulaires névralgiques, ou viscérales, qui, dans leur ensemble ou dans leur forme se rapprochent des manifestationsarthritiques, mais qui à d’autres points de vues'en éloignent beaucoup. |
Lorain y rattache les complications articulaires survenues au cours de la grossesse et chez les femmes nouvellement accouchées. L'état génital se trouve en effet dans ces derniers cas jusqu’à un certain point modifié par l'influence puerpérale.
Plus tard même (Gazette des hôpitaux 1875) il dit précisant encore sa pensée
Avant l'accouchement déjà il existe chez la femmeenceinte un étatmorbide des voies génito-urinaires qui plus où moins marqué peut les prédisposer à des arthrites analogues aux arthrites blennhorragiques. Le col utérin, le vagin ne sont pas seuls en cause, chez la plupart il existe un certain degré d'urétrite. En effet ayant examiné à ce propos toutes.les femmes entrées dans mon service pour y accoucher, j'ai montré que même fort peu après la miction on pouvait faire sourdre de l’urètre une goultelette d’un liquide blanchâtre semblable à du pus.
Ce neserait point dù à la coexistence de quelque ancienne blennnorragie réveillée par la congestion générale de la muqueuse due à la grossesse. Le pus urétral de même que le pus qui s'écoule en quantité souvent considérable du col utérin et qui baigne le vagin serait le résultat normal de la grossesse.
M. Lorain n'en doute pas car il a obtenu de mêmes écoulements chez des femmes incontestablement saires de sa clientèle. Aussi la femme enceinte est-elle à ses yeux toujours une femme malade en ce qui concerne les organes génilo-urinaires. Le rhumatisme génital est chez elle aussi peu surprenant que chez un homme qui vient d’être sondé.
Et repoussant le terme de rhumalisme biennhorragique Lorain voit l’origine de l’arthrite puerpérale dans l’état génital de la femme s
Si nous insistons sur ces théories c’est que malgré l'opinion d'Hervieux, elles ont dominé toutes les idées sur le rhumatisme pendant 20 ans.
En effet il inspire successivement sur ce sujet les thèses de Vaiile, Tison, Alexandre, Brauenberger.
Vaille en 1867 développe les idées de Lorain. Au point de vue étiologique, cliniquement il lui reconnait des caractères analogues au rhumatisme blennhorragique mais une tendance à la purulence pendant les suites de couches « élat dù à la diathèse puerpérale ».
Brauenberger en 1870 sépare les arthrites de la grossesse où il voit l'influence de l’état général et les arthrites du puerpérisme infectieux dont il donne une intéressante description.
Tison en 1876 dans une thèse inspirée par Verneuil fait une revue très complète du rhumatisme puerpéral et pense que la grossesse agit de deux manières dans la production du rhumatisme : par le changement profond que la fécondation amène dans l’état génital de la femme et par l'écoulement qui existe chez la plupart des femmes enceintes.
Alexandre en 1883 s'occupe de préférence des arthrites anciennes réveillées par la grossesse. Il voit une influence à point de départ nerveux sur le rhumatisme et se ralliant aux idées de Lorain et Tison sur l’influence de l'écoulement leucorrhéique, il y voit d'autre part une cause dans l'excitation locale de l’utérus gravide.
Cependant Hervieux en 1858 d’abord dans la Gazette Médicale, puis en 1866 dans une réponse à Peter et Lorain et enfin en 1870 dans son Traité sur la maladie puerpérale souligne la parenté de ces arthrites avec la blennhorragie.
Reprenant les caractères du rhumatisme blennhorragique il en démontre la spécificité clinique. Il démembre le rhumatisme génital de Lorain chez la femme enceinte et décrit 3 formes.
La première catégorie comprend le rhumatisme articulaire vrai. [état puerpéral en raison de l’appauvrissement qu'il détermine dans l'organisme livre pour ainsi dire celui-ci plus débile et plus désarmé à l’action de toutes les causes susceptibles de développer ou réveiller les diathèses rhumatismales. L'état général n’a rien à voir dans ce cas.
La deuxième variété est relative à ces douleurs articulaires qui reconnaissent pour cause avérée incontestable, la phlébite et l'infection purulente. Elle reconnaît pour cause un empoisonnement résultant de la viciation du milieu où les malades sont plongés, |
Quant à la troisième variété qui se rapporte à l’arthrite mono-articulaire des femmes en couches, il se
rallie à l’opinion de Lorain. Il rapproche les caractères de celte arthrile puerpérale de ceux de l'arthrite blennorrhagique mais n'ose pas conclure à leur identité faute d’avoir trouvé constamment des lésions blennhorragiques.
Le premier donc, Hervieux pressent la parenté de certaines formes de l'arthrite puerpérale au cours de la grossesse et de l’arthrite blennhorragique. Le premier enfin il sépare nettement le rhumatisme blennhorragique de l’arthrite purulente post puerpérale liée à la diathèse purulente.
A la suite de ces travaux, les théories de l'identité des rhumatismes, pucrpéral et gonococcique et celle de l'existence d’un rhumatisme génital vont à nouveau s'affronter.
Nous citerons à ce propos la thèse de Barral 1885, qui recherche avec soin les différences avec le rhumatisme blennhorragique.
Le travail de Fournier, en 1885, qui décrit les diverses formes d’arthrites blennhorragiques.
Les thèses de Celles 1885 et de Georgiadès sur le même sujet n’amènent aucun élément nouveau.
Nous citerons enfin deux thèses : celle de Ben]. Dubois (1879) qui dans une étude très complète met au point la question des arthrites pelviennes et la thèse de Cubertafon qui, sur le même sujet oppose avec soin les arthrites de la grossesse non purulentes et celles des suites de couches purulentes confondant dans une même description les arthrites traumatiques pyohémiques post-puerpérales et gonococciques.
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Mais de plus en plus l'entité clinique du rhumatismeé blennhorragique s'affirme et en 1881 paraît la magistrale description de la mono-arthrite pseudo-phlegmoneuse dans la thèse de Brun inspirée par Duplav.
Bouchard, dans son Traité sur les maladies de la nutrition, discute de l'existence d’un rhumatisme puerpéral.
On décrit sous le nom de rhumatisme de ia grossesse une inflammation le plus souvent monoarticulaire avec tendance à l'ankylose qui ressemble étrangement au rhumatisme blennhorragique ; qui n’est certainement, pas du rhumatisme vrai et que j'ai bien de la peine à considérer comme gravidique. Je me fonde sur l'extrême rareté de ce rhuma” tisme comparé à l'extrême fréquence de la grossesse.
Enfin en 1884 parait la thèse de Patenostre qui le premier sur des arguments purement cliniques affirme l'identité d’une certaine forme d’arthrite gonococcique et de l’arthrite puerpérale. Il affirme leur identité et les distingue des arthrites succédant à une métropéritonite. Il reprend la description de Brun et démontre à l’aide d'observations personnelles l'identité.
Ce n’est cependant que longtemps après que l'identité de la majorité des arthrites puerpérales et des arthrites blennhorragiques sera démontrée. Il faut pour cela la découverte du gonocoque de Neisser et l’extension des méthodes bactériologiques modernes.