‹ Etude des Brulures Etendues: Leurs Traitement Actuel Par Les Methodes NouvellesChapitre 11 sur 26 · FORMES CLINIQUES · texte numérisé non relu

FORMES CLINIQUES

L'aspect clinique des brûlures étendues varie selon différents facteurs. Nous savons que la gravité des symptômes est surtout fonction de la superficie des lésions; mais la profondeur de la plaie imprime aussi sa marque dans le tableau clinique. Les atteintes superficielles des téguments ou la carbonisation ne provoquent que peu de phénomènes toxiques. Ce fait nous explique que la calcination d’un membre est moins dangereuse que sa brûlure étendue du 2° ou du 3° degré.

Le siège de la plaie peut modifier l’évolution clinique des lésions. Les brûlures des régions périnéales et fessières sont difticiles à maintenir propres; l'infection souvent impossible à éviter est fréquente dans ce territoire. Les accidents de la face ont des suites fâcheuses. Les cicatrices donnent quelquefois à ces blessés un aspect hideux que la chirurgie autoplastique et esthétique s’efforce de corriger. Les lésions siégeant dans les plis de flexion produisent des impotences fonctionnelles gênantes. Au niveau du membre supérieur, la cicatrisation peut souder les différents doigts en un seul bloc et constituer la main palmée rétractée, Lorsque la brûlure intéresse le cou et le visage, on a pu observer la fixation du menton sur la poitrine, réalisant « l’abaissement irréductible du menton ». Enfin de vastes blessures du thorax et des membres supérieurs ont amené un accollement du bras au tronc à la suite de grosses rétractions cicatricielles. Celles-ci peuvent étrangler un membre le rendant affreusement douloureux et complètement impotent.

Les vieillards présentent dans l’ensemble les mêmes symptômes que les adultes. Le tableau clinique montre certains points particuliers à l'enfance qui valent d’être mis en relief, Nous

verrons dans létude du pronostic l’effroyable gravité des brûlures chez les enfants, même lorsqu'elles sont peu étendues, Les manifestations nerveuses sont très marquées. Les symptômes de méningite ou d’encéphalite ont été constatés à la suite de coup de soleil. L’agitation et les convulsions sont fréquentes. L’azotémie est accentuée; l’oligurie et l’anurie sont d’observation courante.

L’albuminurie est précoce et massive. La fièvre apparaît en général vers le 2° ou 3° jour et monte à 39°. Les complications infectieuses de nature pulmonaire (broncho-pneumonie) ou digestive (entérite) viennent assombrir dans de nombreux cas l'évolution de la maladie.

Une complication rare, mais bien curieuse est la « scarlatine des brûlés » propre à l’enfance. Elle entre dans le même cadre que la scarlatine chirurgicale ou puerpérale, D'ordinaire il ny a pas d’angine, ou si elle existe, elle n'apparaît qu'à titre de manifestation secondaire. Il n’y a pas de contagion connue. A ces deux réserves près, elle se comporte exactement comme la scarlatine classique. Elle est probablement causée par la présence dans la plaie du streptocoque hémolytique.

Les brûlures sont déterminées par de multiples causes dont chacune imprime un caractère spécial au tableau clinique. Nous étudierons plus particulièrement, vu les circonstances actuelles, les lésions cutanées produites par certains gaz de combat et les brûlures électriques.

a) Les gaz de combat à propriétés vésicantes attaquent les téguments et les muqueuses. Leur extrême contagiosité les rend très dangereux pour l’entourage du gazé.

L’Ypérite, appelé aussi gaz Croix jaune ou gaz moutarde, est très soluble dans les lipoïdes, ce qui explique sa pénétration facile dans les téguments, Son action est insidieuse et prolongée. Le gazé passe d’abord par une période de latence durant laquelle il ne présente aucun trouble. Il perçoit parfois une odeur anormale de moutarde, d’ail ou de caoutchouc brûlé.

Les premiers symptômes n'apparaissent qu'après 3 à 6 heures. Ils consistent en vomissements constants d’abord alimentaires, puis bilieux et en troubles oculaires. Le gazé accuse une vive

sensation de chaleur de la peau. À la période d’état, les brülures sont du 1°’ et 2° degré. L'érythème est constitué au bout de 6 à 8 heures. Il siège à certains endroits de prédilection où la peau présente une sensibilité particulière : régions où la peau est fine (plis de flexion), zones riches en glandes sébacées et sudoripares (organes génitaux, aisselle, pli inter-fessier) et dans les parties découvertes (face, cou, parties supérieures du thorax). Le gaz imprègne facilement les zones humides ou moites de sueur, Si l'atteinte des téguments ne dépasse pas le 1°’ degré, la rougeur intense initiale pâlit peu à peu, et le 2° jour la peau a déjà une teinte cuivrée. Dans la suite elle devient brunâtre et bistrée. La pigmentation persiste pendant plusieurs mois; puis disparaît par desquamation furfuracée. Lorsque le contact de l’ypérite a été prolongé, les lésions sont plus graves. Au bout de 24 heures se constituent de petites vésicules qui conîluent pour former de grosses phlyctènes à contenu séreux, citrin et limpide. Leur apparition est favorisée par les frictions et les frottements des régions contaminées.

Les arsines vésicantes, dont le type est la Lewisite, possèdent des propriétés multiples qui les rendent terriblement dangereuses. La lewisite est à la fois irritante, suffocante et toxique. On l’a appelée « la rosée de la mort », Ce gaz a une odeur de géranium. Son action est plus violente et plus rapide que lypérite. Il est d’une agressivité immédiate. Son absorption cutanée se fait en cinq minutes. Le gazé ressent presque instantanément une sensation de brûlure intense. Au bout de 30 minutes, les régions atteintes sont le siège d’un érythème qui est hémorragique par endroits. La vésiculation survient après 12 heures. Les phlyctènes sont remplies d’une sérosité trouble et opalescente, riche en leucocytes. Le derme est souvent entamé à l’emporte-pièce; l’infection se développe rapidement : le contenu des «ampoules » devient alors franchement purulent, Les brûlures étendues par gaz de combat laissent en général des séquelles formées de cicatrices pigmentées et rétractiles. La région périnéo-scrotale est une localisation fréquente de complications telles que : phimosis, adhérences balano-préputiales, rétrécissement du méat urinaire,

b) Les brûlures électriques sont causées par les courants de haute tension de 5.000 à 50.0000 volts. Les températures très élevées sont obtenues par l’effet Joule. Les lésions siègent en général au point d'entrée et de sortie du courant, au point de contact du corps avec le conducteur électrique ou la terre : la tête et les membres sont le plus souvent atteints. Les accidents se produisent en général dans l’industrie.

L’escarre est de couleur noire ou gris ardoisée, Elle est dure, sèche et parcheminée. Elle sonne comme du bois quand on la percute et ne saigne pas, si on la pique. La peau est inaltérable et imputrescible, véritablement « momifiée ». La surface du derme est déchiquetée et dentelée. Dans son épaisseur, on trouve des fentes qui réalisent la « formation caverneuse intradermique ». Les téguments présentent un «état poreux ». La brûlure électrique creuse dans la peau des cratères, des cavités faites à l’emporte-pièce. Les bords sont nets et taillés à pic.

Les symptômes offrent quelques particularités intéressantes : l'absence de douleur et de réactions générales. Les signes de Vintoxication sont inexistants; la suppuration est rare.

L'état de sécheresse de la plaie est incompatible avec le développement des microbes; elle empêche aussi la résorption de substances toxiques.

La chute de l’escarre a lieu au bout de 15 jours et la guérison de cette brûlure aseptique est assez rapide.

Les complications consistent surtout en troubles nerveux d'ordre vaso-moteur (æœdème électrique blanc et dur) ou trophique (extrémités froides et violacées). Quelqueïois la cicatrice présente de l’hyperesthésie et devient le siège de douleurs violentes.

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